Des formations adaptées aux dirigeants

Artisans Mag' N°55 - 01/11/2008 - SOPHIE SANCHEZ

Montée en compétences. Souvent perçue comme une perte de temps, la formation est pourtant l'occasion pour le chef d'entreprise de développer ses connaissances. Diversité des stages, souplesse et possibilités de financement, autant de raisons pour retourner sur les bancs de l'école.

 

© DAVID DE SOUSA

La formation n'a pas la cote dans les très petites entreprises. Salariés comme dirigeants y ont encore rarement accès. Elle ne constitue généralement pas une priorité pour les chefs d'entreprise, et les raisons invoquées pour fuir les bancs des organismes de formation sont souvent les mêmes. Si le manque de temps apparaît comme le principal frein, les formateurs se voient opposer de nombreux autres arguments. «J'ai toujours eu du mal à trouver des formations en adéquation avec mon coeur de métier et mes attentes», regrette Eric Petitpoisson, tailleur de pierre dans l'Oise. «Des contenus peu adaptés aux réalités de l'entreprise artisanale, des durées de formation trop longues, l'éloignement géographique et les problèmes d'hébergement, la difficulté de laisser les salariés seuls, la perte de chiffre d'affaires, les problèmes de financement... La liste est longue, souligne Robert Le Roux, reponsable formation de la branche métiers du bois et du bâtiment de la chambre régionale des métiers et de l'artisanat (CRMA) de Bretagne. Mais de nombreux dirigeants se basent sur des a priori, sans jamais avoir suivi de formations et sans vraiment connaître les possibilités offertes pour leur faciliter l'accès à celles-ci.»

Se former pour évoluer et pérenniser son activité

Il faut garder en tête que la formation n'est pas exclusivement réservée aux salariés. Les chefs d'entreprise, qui la perçoivent souvent comme une contrainte, ont pour tant tout intérêt à se pencher sur la question. En effet, des connaissances et de la performance du dirigeant dépend la réussite de l'entreprise. «Se former est vital, surtout dans le secteur artisanal où les métiers, les techniques et les normes évoluent rapidement», souligne Blandine

Tupinon, codirigeante de l'Atelier du Thau, ébénisterie implantée à Régnié-Durette (Rhône). Après sa formation initiale, elle n'a pas hésité à se perfectionner, notamment en histoire de l'art, grâce à la chambre de métiers de Lyon et en suivant un stage pointu sur l'expertise des meubles dispensé par un maître ébéniste. «C'est aussi l'occasion de se remettre en question, de sortir de son atelier, de croiser d'autres professionnels, d'échanger des expériences et même des adresses... En un mot, se former, c'est évoluer.» Face à un environnement technique, juridique et social de plus en plus complexe, il est nécessaire que le chef d'entreprise s'informe et s'adapte. Pour rester dans le coup, il est important que vous renforciez vos connaissances et vos compétences. La maîtrise technique ne représente qu'un pan infime de tout ce que vous devez connaître. Ainsi la comptabilité, la législation, les nouvelles normes et technologies, les ressources humaines, les achats, la relation client, la communication ou encore la gestion du temps et du stress sont autant de domaines dans lequel vous pouvez envisager de vous remettre à niveau ou de vous perfectionner.

Des contenus adaptés et des stages plus souples

Conscients des multiples besoins et des contraintes des dirigeants, les organismes formateurs se sont adaptés et ont sensiblement fait évoluer leurs offres. «Grâce à nos relations avec les organisations professionnelles, nous mettons en place des formations en phase avec les besoins réels des artisans, en tenant compte des problématiques économiques et technologiques relatives à chaque métier, insiste Jean Poulet, directeur du service de la formation professionnelle de la chambre des métiers et de l'artisanat (CMA) du Rhône. Et ceci est valable tant sur les besoins en compétences techniques, que sur ceux qui relèvent de l'interprofessionnel, c'est-à-dire tout ce qui concerne le pilotage de l'entreprise.» Les chefs d'entreprises artisanales craignent souvent que les formations ne soient trop scolaires et éloignées de leurs préoccupations quotidiennes. Or, sachez que les organismes de formation s'efforcent d'entretenir des relations privilégiées avec les entreprises et les branches professionnelles, notamment pour rester en phase avec les préoccupations des artisans. «Nos formateurs sont des professionnels qui connaissent bien les entreprises artisanales et s'adaptent à leurs besoins, assure Robert Le Roux (CRMA de Bretagne). Par ailleurs, à quelques exceptions près, nos formations sont essentiellement pratiques et se déroulent le plus souvent en atelier ou sur chantier...» De plus en plus de stages combinent en effet théorie et terrain, l'objectif étant d'être opérationnel à la sortie. Et pour que les dirigeants se tournent plus volontiers vers la formation, les centres misent sur la personnalisation des stages. «Notre rôle est d'accompagner les dirigeants et de les aider à surmonter les difficultés qu'ils peuvent rencontrer au quotidien, explique Nadia Taieb, responsable de la gestion de la formation professionnelle continue de l'Organisme professionnel de prévention du bâtiment et des travaux publics (OPPBTP). C'est pourquoi les dispositifs de «formation-action» sont de plus en plus courants et séduisent de nombreux artisans qui peuvent venir en stage pour répondre à un besoin précis et immédiat.» Diagnostic, adaptation et personnalisation des cours sont à l'ordre du jour. Les organismes reconnaissent volontiers que se former nécessite un effort particulier de la part des dirigeants de TPE: ils ont, en effet, les mêmes exigences que les chefs d'entreprises de plus grande taille, mais ne disposent pas des mêmes moyens matériels et humains. Les centres de formation tiennent compte des difficultés et des emplois du temps surchargés des dirigeants. Mis à part les formations qualifiantes et diplômantes, à l'image du Brevet de maîtrise ou du Brevet de collaborateur de chef d'entreprise artisanale (BCCEA), qui nécessite des centaines d'heures de cours réparties sur deux ans, les formations durent généralement moins d'une semaine. Les stages se déroulent souvent en discontinu, par exemple trois lundis de suite, plusieurs demi-journées ou tous les soirs durant une semaine. Il arrive également que les formateurs se déplacent sur le lieu de travail. Et comme le souligne Nadia Taieb, «quelle que soit la durée de la formation, elle ne doit pas être perçue comme une perte de temps, mais comme un investissement, un pari sur l'avenir».

© DIGITALVISION/CD

Les organismes de formation s_efforcent d_entretenir des relations privilégiées avec les branches professionnelles pour être au plus près des besoins des dirigeants.

« Se former est vital, surtout dans le secteur artisanal où les métiers, les techniques et les normes évoluent rapidement.» Blandine Tupinon Atelier du Thau (ébénisterie)

Les financements et les conseils ad hoc

Autre frein évoqué par les petites entreprises: l'investissement financier trop lourd. Si les tarifs affichés par les centres de formation peuvent certes sembler onéreux, sachez que vous avez droit à un coup de pouce. Tout d'abord, en tant que dirigeant, vous bénéficiez d'un avantage fiscal (lire l'encadré ci-dessous). Par ailleurs, les dirigeants bénéficiant du statut de travailleur non salarié peu vent obtenir le financement total ou partiel de leur formation. «Les coûts pédagogiques, mais aussi parfois les firais annexes, comme le déplacement et l'hébergement, peuvent être pris en charge, informe Nadia Taieb. Ce que peu de dirigeants savent, c'est que même s'ils n'entreprennent aucune démarche pour se former, ils versent tout de même une contribution formation à un organisme collecteur.» Cette contribution au financement de la formation professionnelle est égale à 0,29 % du montant annuel du plafond de la Sécurité sociale (soit

96,50 Euros pour 2008), sauf pour les départements du Bas-Rhin, du Haut-Rhin et de la Moselle, où elle est de 0,17%. Alors autant profiter d'une partie de ces fonds en faisant prendre en charge vos actions de formation. Concrètement, les contributions versées sont mutualisées et gérées par le Fonds d'assurance formation des chefs d'entreprises artisanales (FAFCEA) dédié aux artisans non salariés . Créé en janvier 2008, il est le résultat de la suppression de trois fonds nationaux: le fonds d'assurance formation national du secteur du bâtiment (FAFAB), du secteur des métiers et des services (FAFMS) et du secteur de l'alimentation de détail (FAFAD). En contrepartie de ce versement, vous pouvez obtenir le financement total ou partiel de votre formation. Pour ce faire, il vous faut retirer un dossier auprès du FAFCEA et le déposer dûment rempli, au moins un mois avant le commencement du stage. Le délai de réponse varie de quatre à huit semaines. «Les démarches administratives sont parfois longues et nécessitent une certaine anticipation», met en garde Jean Poulet (CMA du Rhône). Par ailleurs, les conditions de prise en charge par le FAFCEA répondent à des critères précis, qui évoluent régulièrement. Les formations techniques sont généralement prioritaires et bénéficient d'une meilleure prise en charge. A noter qu'il existe également des aides régionales et parfois départementales. N'hésitez pas à vous rapprocher et à vous appuyer sur votre chambre de métiers ou sur des organisations professionnelles telles que la Fédération française du bâtiment, la Confédération des artisans et petites entreprises du bâtiment ou l'OPPBTP. Ces dernières vous aideront à formaliser vos besoins (diagnostic et cursus adéquats), à rechercher les stages et formateurs, et à trouver les financements ad hoc.

A savoir

Un crédit d'impôt pour les dirigeants qui se forment Le saviez-vous? Toutes les entreprises peuvent bénéficier d'un crédit d'impôt sur les dépenses engagées au titre de la formation de leurs dirigeants. Et peu importe le mode d'exploitation ou encore la nature des activités de votre société. Ce crédit d'impôt est égal au nombre d'heures passées par le chef d'entreprise en formation, multiplié par le taux horaire du Smic. Il est plafonné à quarante heures de forma tion par année civile et par entreprise. Le crédit s'impute sur l'impôt sur le revenu dû par l'entrepreneur ou sur l'impôt sur les sociétés dû par l'entreprise, au titre de l'année au cours de laquelle les heures de formation ont été suivies par le dirigeant.

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