Solutions pour éliminer vos déchets

Artisans Mag' N°54 - 01/10/2008 - NELLY LAMBERT

Construction, rénovation ou démolition, quelle que soit votre activité, vos chantiers génèrent des déchets de toutes sortes, parfois dangereux. Leur élimination est à votre charge... Zoom sur les solutions qui sont à votre disposition.

Le bâtiment est le secteur qui génère le plus de déchets, loin devant les ménages et l'industrie.

© PHOVOIR/CD

Le bâtiment est le secteur qui génère le plus de déchets, loin devant les ménages et l'industrie.

Selon le constat dressé en avril dernier par l'Institut français de l'environnement, l'activité du bâtiment a généré, à elle seule, 343 millions de tonnes de détritus en 2004, la plaçant en première position des producteurs de déchets, loin devant les ménages et l'industrie. Tous les secteurs d'activité sont confrontés à cette problématique.

Mais alors, que faut-il en faire? Au-delà de l'aspect réglementaire (voir l'encadré A savoir), la nécessité de trier, voire de valoriser ses déchets, commence aujourd'hui à se développer, estime-t-on à la Fédération française du bâtiment (FFB). A condition de régler, au préalable, la question du manque de connaissances des dirigeants et de leurs salariés. Bien souvent, en effet, ceux-ci ignorent la nature des déchets produits et mélangent ceux qui sont dangereux ou souillés à ceux qui ne le sont pas (voir le tableau). Toutes ces informations sont disponibles dans les Chambres de métiers. Le manque d'information comblé, deux épineux problèmes restent à régler: le coût du traitement et la facilité d'accès aux solutions existantes. D'après la direction des affaires techniques à la FFB, il ne faut pas se leurrer: «L'élimination des déchets a un coût et implique un minimum d'effort de la part des artisans.» A commencer par une organisation en amont du chantier: il convient de déterminer le mode de stockage (nombre de contenants, taille), ainsi que la fréquence des enlèvements ou du transport aux centres de tri. Encore faut-il savoir à qui s'adresser...

Consciente de la nécessité d'apporter des solutions concrètes aux petites entreprises, la FFB a mis en place un site internet pour aider les acteurs du bâtiment à localiser les lieux d'élimination. Sur le site www.dechets-chantier. ffbatiment.fr, sont recensés, en libre accès, les 5, 10 ou 20 centres de traitement et de recyclage les plus proches de votre entreprise ou de vos chantiers, la recherche s'effectuant dans un rayon de 200 kilomètres.

Les solutions d'élimination

Globalement, trois solutions existent pour éliminer vos déchets de chantier. Premier réflexe des artisans: la déchetterie communale. Elle peut accepter les entreprises, dans une certaine mesure, avec de fortes variations d'une localité à l'autre: parfois l'accueil est gratuit, parfois il est facturé au tonnage, avec un système de carte à puce ou de paiement mensuel. De leur côté, les déchetteries professionnelles offrent des avantages aux entreprises, en termes de fonctionnement, que ce soit au niveau des horaires que des typologie de déchets... Mais les autorisations de création de sites sont encore difficiles à obtenir. Et le maillage du territoire est largement insuffisant, surtout dans les zones rurales. Les artisans travaillant dans les zones urbaines ont plus de chance. Ils peuvent, le plus souvent, accéder à des plateformes de regroupement. Dernière solution: s'adresser à ses fournisseurs. Certains peuvent, en effet, reprendre vos déchets. C'est le cas de la Plateforme du bâtiment ou de Point P, par exemple. Chez ce dernier, une centaine d'agences réparties de manière inégale proposent de récupérer gravats et déchets industriels banals (DIB), à des conditions tarifaires elles aussi variables d'une déchetterie à l'autre.

Faire payer la facture à vos clients?

Reste à savoir s'il faut ou non répercuter les coûts d'élimination auprès des clients... «Les entreprises ont encore du mal à le faire», observe le Centre national d'innovation pour le développement durable et l'environnement dans les petites entreprises (Cnidep). Avec ce surcoût, certains craignent de ne plus être concurrentiel. Pourtant, c'est une solution, «à condition que le coût soit clairement identifié sur la facture et que l'entreprise communique sur sa démarche».

Néanmoins, pondère-t-on au Cnidep, «il n'existe pas aujourd'hui de solution miracle de traitement des déchets». Les centres de collecte et de traitement n'incitent pas forcément les petites entreprises à se déplacer. Elles ne génèrent pas suffisamment de déchets pour que cela soit rentable.

Dans ce cas, il peut être intéressant d'envisager un regroupement. Sur un même chantier par exemple, mais aussi de manière plus systématique avec des entreprises du même secteur. «Cela permet une mutualisation des coûts, avec une répartition au prorata», explique-t-on à la direction des affaires techniques de la FFB. En Alsace, l'Agence de l'environnement et de maîtrise de l'énergie (Ademe) a ainsi accompagné la démarche de six corporations, notamment des entreprises de peinture ou des professions du bois. Celles-ci se sont engagées à assurer l'enlèvement des déchets au siège de leurs adhérents, voire directement sur les chantiers. Mais là encore, les professionnels émettent des réserves... Pierre- Robert Boedec, animateur du secteur Entreprises à l'Ademe Alsace, constate, en effet, que l'enlèvement au siège de l'entreprise est jugé «trop chèr et trop contraignant» par des artisans qui préfèrent se servir de leur propre véhicule utilitaire, pour un coût moindre. Néanmoins, si les réticences sont encore nombreuses, les entreprises artisanales risquent de ne plus avoir longtemps le choix. Quitte à devoir aller encore plus loin dans leur démarche. Ainsi, d'après la Fédération française du bâtiment, «si les filières de valorisation des déchets (NDLR: transformation en énergie et en matériaux réutilisables - lire l'encadré Témoignage) ne sont pas forcément moins chères aujourd'hui que la simple collecte, elles devraient le devenir dans un avenir proche.»

Les conclusions récentes du Grenelle de l'environnement, en France, mais également la politique européenne en matière d'écologie, incitent ainsi l'émergence de ces filières, soucieuses d'agir en faveur du développement durable. Progressivement, les coûts de mise en décharge devraient donc augmenter, notamment à travers la hausse de la Taxe générale sur les activités polluantes (TGAP). De quoi réfléchir dès aujourd'hui à une alternative à la décharge classique...

Fédération française du bâtiment

«Si les filières de valorisation des déchets ne sont pas forcément moins chères, aujourd'hui, que la simple collecte, elles devraient le devenir dans un avenir proche.»

A savoir
La réglementation en vigueur

Les entreprises doivent éliminer elles-mêmes ou faire éliminer leurs déchets pour éviter leurs effets nocifs sur l'environnement ou la santé humaine (article L.541-2 du Code de l'environnement). Leur abandon ou leur dépôt dans des conditions contraires à la réglementation est passible d'une amende de 75 000 euros ainsi que d'une peine d'emprisonnement pouvant aller jusqu'à deux ans. En juin dernier, le Parlement européen a adopté une directive obligeant les professionnels du bâtiment à recycler 70% de leurs déchets. Cette directive devrait être transposée en droit national dans un délai de deux ans.

TEMOIGNAGE
Gilles Somme, menuisier à Dieuze (Moselle)

Le dirigeant des Escaliers Somme a entraîné son entreprise dans une démarche écologique, il y a trois ans, au moment de la rénovation de ses locaux. Le bâtiment a été reconstruit de manière à pouvoir recycler les déchets de l'activité, essentiellement des chutes et copeaux de bois. Le menuisier a fait installer des aspirateurs ainsi qu'un broyeur qui transforme les déchets en briquettes dont l'entreprise se sert pour se chauffer. 100 000 euros d'investissement, qui seront rentabilisés fin 2009 grâce à l'économie de chauffage réalisée, 22 000 litres en équivalent fioul. L'entreprise trie ses autres déchets, essentiellement des résidus de vernis à eau, non nocifs, et de décapants et durcisseurs. «Nous travaillons avec la Fédération française du bâtiment et envoyons, trois fois par an, des palettes en traitement dans le Nord.» Une opération qui induit un coût que l'artisan assume volontiers, sans le refacturer à ses clients. Son seul regret? «On ne maîtrise pas les coûts à l'avance, ils varient d'une fois à l'autre selon la composition des palettes

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