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Faites «parler» vos comptes

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Les comptes annuels constituent le reflet exact de l'activité de votre entreprise. Savoir les interpréter vous permettra de procéder aux ajustements nécessaires pour la faire progresser.

Le haut du bilan, notamment, fait état des capitaux propres, qui témoignent du niveau d'autonomie financière de l'entreprise. Le compte de résultat mesure, lui, l'activité d'une année. Il ne permet pas d'analyser la composition du résultat au-delà du simple constat du niveau de l'exploitation (différence entre les produits et les charges) et de la situation financière (charges financières moins produits financiers). Il n'a de sens que s'il est mis en perspective avec les résultats précédents.

Pour surveiller la santé financière de votre entreprise, il faut calculer les soldes intermédiaires de gestion. En général, c'est l'expert-comptable qui se charge de les présenter.

@ (c) OLLY - FOTOLIA.COM

1. Les principaux indicateurs du compte de résultat

On distingue la marge commerciale, la valeur ajoutée, l'excédent brut d'exploitation et la capacité d'autofinancement.

La marge commerciale est la différence entre le montant des ventes et leur coût d'achat. Elle est l'indicateur privilégié des entreprises de négoce et varie en fonction des prix d'achat. Avec la crise, dans certains secteurs, le chiffre d'affaires diminue. Par conséquent, l'entreprise a tendance, pour maintenir son activité, à abaisser sa marge.

La valeur ajoutée exprime la création de valeur. Elle est produite par l'entreprise avec le concours de ses salariés. Il faut la comparer avec les frais liés à la masse salariale pour avoir une idée de la productivité de votre organisation.

Par exemple, si, en employant davantage de salariés, vous n'augmentez que faiblement votre valeur ajoutée, vous perdez en rentabilité.

L'excédent brut d'exploitation se calcule en additionnant la valeur ajoutée et les subventions d'exploitation et en soustrayant les impôts et taxes, les salaires et traitements, et les charges sociales. C'est un indicateur-clé de performance, à suivre mensuellement.

La capacité d'autofinancement est la capacité de l'entreprise à générer des fonds pour autofinancer ses investissements. Elle inclut le résultat net, mais aussi la dotation de l'exercice aux amortissements et aux provisions (ces deux derniers éléments ne donnant pas lieu à des sorties immédiates de trésorerie). Elle est ainsi une sorte d'épargne pour le développement de l'entreprise.

2. L'analyse détaillée du bilan et ses différents calculs

Une fois que l'activité annuelle a été bien expliquée, vous pouvez en vérifier les conséquences sur le bilan. Elle vous renseigne notamment sur les capacités d'autofinancement de votre entreprise. Pour connaître sa solvabilité financière, il suffit de calculer un ratio, en divisant le montant des capitaux propres par le total de l'endettement. Pour zoomer sur la solvabilité à court terme, analysez les éléments du bilan liés au cycle d'exploitation, en divisant les achats circulants moins les stocks par la dette hors emprunt. Cette partie du bilan, particulièrement éloquente, vous permet, entre autres, de comprendre pourquoi le résultat affiché n'est pas présent en trésorerie. L'analyse du compte client permet ainsi de calculer le délai de crédit client effectivement accordé: le rapport entre la créance client et le chiffre d'affaires TTC, multiplié par 360 révèle le nombre de jours durant lequel le chiffre d'affaires est à l'extérieur au lieu d'être encaissé.

Faudra-t-il le réduire? Sans doute, surtout s'il dépasse le délai moyen de paiement. En 2009, les délais de paiement «clients» des entreprises (PME ou non PME) s'établissent à 49 jours de chiffre d'affaires, et les délais fournisseurs passent à 56 jours, selon le rapport annuel 2010 de l'observatoire des délais de paiement de la Banque de France. De la même façon, vous devez vérifier votre encours fournisseurs. Peut-être réglez -vous vos factures trop rapidement? Comment financez-vous vos investissements? Le bilan permet de répondre à ces questions et donc d'expliciter le décalage constaté entre le résultat et la trésorerie. Décalage qui, d'ailleurs, n'est pas forcément le signe d'une mauvaise passe. Il se peut que votre besoin en fonds de roulement (BFR) ait progressé à cause des créances clients et des achats, ou diminué parce que vous avez autofinancé l'acquisition d'une machine.

3. L'importance d'établir un tableau de bord

Quoi qu'il en soit, il serait dangereux, pour la pérennité de votre entreprise, d'attendre la publication des comptes annuels pour vous faire une idée de sa santé. Vous avez intérêt à mettre en place un tableau de bord pour suivre quelques indicateurs mois par mois. Comme lorsque vous êtes au volant de votre voiture, les «clignotants» du tableau de bord vous alertent en cas de souci. Votre système comptable est une source inépuisable d'indicateurs pertinents.

Sans vous laisser accaparer par le suivi hebdomadaire de vos ratios financiers, vous avez intérêt à adopter une cadence mensuelle pour l'analyse fine de la rentabilité de votre entreprise. C'est un bon rythme pour surveiller votre marge brute, votre valeur ajoutée, votre résultat d'exploitation, votre résultat net et votre capacité d'autofinancement.

Pour finir, si vous avez contracté des emprunts, vous avez intérêt à surveiller régulièrement votre niveau d'endettement et à le comparer aux fonds propres. La cote d'alerte est atteinte quand le premier égale ou dépasse les seconds. Disposer d'un «clignotant» vous permettra de prendre les mesures nécessaires au bon moment.

Ralph Bonan

Ralph Bonan

LE TEMOIGNAGE DE Ralph Bonan, gérant d'Abscisse Sécurité
« Les comptes annuels nous permettent de rectifier le tir »

« Nous avons créé un service comptable en interne qui suit et exploite les éléments et les explications fournis par notre expert-comptable en matière de trésorerie, besoin en fonds de roulement, etc. », indique Ralph Bonan, gérant d'Abscisse Sécurité. Pour lui, « les indicateurs annuels sont suffisamment lisibles et permettent, au fil de l'eau, de modifier la stratégie ». En 2010, par exemple, les comptes ont permis de mettre en évidence une augmentation significative des charges salariales, dues à un recours excessif aux heures supplémentaires. « Nous avons tout remis à plat, revu les contrats et finalement décidé d'embaucher trois personnes. Cela nous a permis de pallier les manques et de gérer les heures supplémentaires de manière plus rationnelle, en se fixant pour objectif de ne pas dépasser les 20 heures supplémentaires par mois et par salarié », explique Ralph Bonan.

Abscisse sécurité

- Activité
Prestations de sécurité
- Ville
Saint-Priest (Rhône)
- Forme juridique
SARL
- Dirigeant
Ralph Bonan, 41ans
- Année de création
2005
- Effectif
105 salariés
- CA 2010-2011
3,2 MEuros

ZOOM
Les experts-comptables mobilisés en faveur du financement des PME

Un accord a été signé entre l'ordre des experts-comptables et le CDC-FSI (Caisse des dépôts et consignation, fonds stratégique d'investissement) pour un fléchage direct vers deux fonds d'investissement: le Fonds de consolidation et de développement des entreprises (FCDE) et le Fonds de co-investissement direct II (FCID II). Le premier finance le développement de PME à fort potentiel ; il est doté d'environ 200 millions d'euros. Le second a pour objet de faire émerger des entreprises de grande taille, compétitives sur les marchés européens et internationaux, et de faciliter la transmission. Il intervient de façon minoritaire sur des opérations de capital-développement pour financer des projets de croissance interne ou externe, ou de réaménagement d'actionnariat ou de reprise de PME. Il intervient également sur des opérations de capital-risque dans des PME «technologiques».

A lire
Comprendre les comptes des entreprises

L'ouvrage permet au lecteur d'acquérir une méthodologie pour comprendre l'état de santé de l'entreprise à travers ses comptes et non l'inverse. Ce n'est pas un manuel de comptabilité, mais un guide pratique pour découvrir à quoi elle sert. Il analyse l'activité et la performance (compte de résultat, soldes de gestion) puis l'équilibre financier et les flux (bilan, financement) avant de laisser place à des cas pratiques.


D'Odile Barbe et Philippe Barré, Ed. l'Ordre des Experts-Comptables, coll. l'Expert en poche, 160 pages, 10 Euros.