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4 astuces pour faire travailler votre trésorerie

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Ne laissez pas dormir votre argent. Un excédent de trésorerie inactif n'est pas un très bon indicateur pour votre entreprise et peut se traduire par un manque à gagner important. Quatre conseils pour concilier prudence et rentabilité.

PHILIPPE ROUSSELOT, professeur de finance à l'ESC Toulouse

Gérer sa trésorerie, c'est jongler entre trois facteurs: liquidité, risque et rendement.

1 FIXEZ D'ABORD LA DUREE ET LE RISQUE

«Trouver le bon équilibre entre trois facteurs la liquidité, le risque et le rendement», c'est la règle d'or de la gestion du placement de liquidités, selon Philippe Rousselot, professeur de finance à l'ESC Toulouse et coauteur de Gestion de trésorerie (Editions Dunod). Pour prévoir vos besoins en cash, décomposez votre trésorerie en tranches, en fonction de vos échéances naturelles et stratégiques. L'objectif est d'apprécier, de manière aussi certaine que possible, le montant des fonds utilisables et le délai de disponibilité. «Il faut connaître les grandes lignes de la saisonnalité de votre trésorerie à horizon de douze mois et avoir une vision beaucoup précise entre trois semaines et trois mois», estime l'expert.

Vous devez ensuite prendre en compte le risque. Ce dernier doit être maintenu au plus bas. «Il sera nul s'agissant des salaires de vos collaborateurs», met en garde Philippe Rousselot. A bannir, donc, les placements en actions qui peuvent reserver de mauvaises surprises en cas de chute subite des cours. Une fois les contraintes de liquidités connues et les limites de risque fixées, vous disposerez d'un cadre clair à l'intérieur duquel vous pourrez maximiser vos rendements.

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2 MONNAYEZ DES REGLEMENTS ANTICIPES

Si vous avez un excédent structurel de trésorerie, la piste fournisseurs n'est pas à négliger «En France, les délais de paiement sont tellement longs que vos fournisseurs seront ravis d'être payés plus vite, même en contrepartie de remises importantes», affirme Olivier Avril, directeur financier à temps partagé et gérant d'Acting Finances. Cela revient à accorder une avance de trésorerie à vos fournisseurs, à des taux nettement plus intéressants que ceux du marché financier. Seul hic: une fois que vous les avez habitués à des délais très courts, il vous sera difficile de revenir en arrière. «Si vous n'avez pas de visibilité à long terme, il vaut mieux pratiquer des escomptes ponctuels au cas par cas», conseille le gérant d'Acting Finance.

Ce qui consiste à payer une facture comptant ou en avance, en échange d'une remise. Le taux d'escompte appliqué est négocié au moment de la signature du contrat et précisé dans les conditions générales de vente. Il est généralement compris entre 0,5 % et 1 % par mois et dépend des taux d'intérêt et des besoins du fournisseur en liquidités.

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A SAVOIR
Ce que vous pouvez négocier avec votre banque

- Les droits d'entrée
Les droits (ou commission de souscription) prélevés sur les Sicav et les FCP ne font l'objet d'aucune réglementation. Les performances affichées par les établissements qui proposent ces produits, ainsi que celles reprises dans les classements comparatifs, n'en tiennent généralement pas compte. Or, ces frais peuvent altérer significativement les performances réelles d'un produit. Pour savoir s'ils sont négociables, référez-vous à la notice d'information de la Sicav ou du fonds. S'ils sont versés à l'OPCVM, ils ne sont pas négociables (la loi l'interdit). A l'inverse, ils le deviennent à 100 % si la notice n'indique pas la destination des droits ou précise qu'ils sont acquis à la société de gestion.
- Le taux d'intérêt
La rémunération des dépôts à terme et des certificats de dépôt est toujours négociable. Pour optimiser vos rendements, globalisez au maximum vos opérations, tablez sur les durées les plus longues possible et faites jouer la concurrence entre banques.
- Les pénalités de sortie
Les pénalités de sortie en cas de rupture anticipée d'un compte à terme peuvent également être atténuées, pour peu que vous sachiez trouver les mots pour convaincre. Mais ne recourez au retrait avant terme qu'en cas de force majeure: à défaut, vous seriez vite grillé auprès de votre banquier!

3 A MOINS D'UN MOIS, PRIVILEGIEZ LES OPCVM

Selon François Moinier, responsable du pôle offres commerciales pour les entrepreneurs et professions libérales chez BNP Paribas, «les OPCVM de trésorerie sont les plus indiqués à moins d'un mois». Ils se prêtent à une gestion au jour le jour et ne comportent ni droit d'entrée ni droit de sortie. Certains OPCVM exigent toutefois une prime de souscription minimum lors du premier achat. Indépendamment de leur structure juridique, les Sicav et les fonds communs de placement (FCP) ont un mode de fonctionnement similaire et peuvent être souscrits indifféremment. Les fonds placés peuvent être immédiatement récupérés sans pénalité puisque leur terme n'est pas fixé. Le risque pris dépend de la composition de l'OPCVM, mais est toujours minime. Il s'agit plus d'une éventuelle révision à la baisse de sa plus-value que d'une menace sur le capital de départ. Très liquide et sans risque, ce type de placement est aussi peu rémunérateur: environ 2,30 % par an. «Les OPCVM de trésorerie vous prémunissent juste contre la perte de valeur de votre argent, puisqu'ils vous rémunèrent à peu près au taux de l'inflation», résume Philippe Rousselot.

4 AU-DELA D'UN MOIS, OSEZ LES DEPOTS A TERME

«Au-delà d'un mois, vous pouvez envisager des placements bancaires plus rémunérateurs», estime Olivier Avril. La solution la plus courante reste le dépôt à terme. La rémunération est proportionnelle à la durée de l'immobilisation des fonds. Un placement sur dix mois rapporte autour de 2,70 % par an. «En contrepartie, les contrats prévoient une pénalité en cas de sortie anticipée», prévient Philippe Rousselot. Si vous disposez de liquidités importantes (plus de 150000 euros), il peut être intéressant d'investir dans des certificats de dépôt. Négociables sur le marché secondaire, ils sont plus souples que les comptes à terme. Mais mieux vaut privilégier les échéances courtes (de un à trois mois) si vous souhaitez trouver facilement un acheteur. L'investissement en billets de trésorerie émis par d'autres entreprises n'est, en revanche, adapté qu'aux sociétés de grande taille, du fait de leur lourdeur de gestion. «Les moyens alloués à la gestion de trésorerie doivent rester proportionnels aux enjeux», souligne Olivier Avril. Il est donc inutile de se lancer dans des montages financiers compliqués quand l'excédent est faible ou exceptionnel.

OLIVIER AVRIL, gérant d'Acting Finances

Les moyens alloués à la gestion de trésorerie doivent rester proportionnels aux enjeux.