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Anne-Sophie Panseri (Maviflex), madame 100 000 volts

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Persévérante, engagée, observatrice et audacieuse, la dirigeante de la PME familiale lyonnaise Maviflex, Anne-Sophie Panseri, est un modèle d'entrepreneuriat moderne et social. Retour sur un parcours professionnel qui a bien failli s'arrêter tout net voici quelques années.

Dans la carrière d'Anne-Sophie Panseri, il y a un avant et un après 2005. Cette année-là, Maviflex, fabricant de portes souples industrielles, la PME dont elle a repris les rênes cinq ans plus tôt, passe à deux doigts de la liquidation. Plus de 80 salariés auraient pu finir sur le carreau. Son mari Michel, directeur commercial de l'entreprise, et elle-même auraient pu perdre simultanément leurs emplois et craindre pour l'avenir de leurs trois jeunes enfants. Heureusement, la catastrophe est évitée. Mais si la PME existe toujours aujourd'hui et affiche un chiffre d'affaires en croissance, c'est grâce à la force de caractère de sa dirigeante.

Voici sept ans donc, un concurrent l'accuse de contrefaçon et réclame la bagatelle de 1,62 million d'euros de dommages et intérêts. Relaxée en première instance puis condamnée en appel, l'entreprise se pourvoit en cassation et obtient finalement gain de cause. Non sans être contrainte, entre-temps, de solliciter une procédure de sauvegarde qui lui permet, certes, de geler son passif mais complique ses relations avec ses fournisseurs et ses clients. « Je me suis battue comme un beau diable », se souvient la Lyonnaise. Celle qui a repris le flambeau familial, aux côtés de son frère Romain, à la suite de leur père Bernard Simon, s'estime investie d'une responsabilité sociale. « C'est bien simple, je n'avais pas le droit d'abandonner », assène-telle encore visiblement marquée par « le tourbillon » qui a failli l'emporter. Durant cette période noire, la quadragénaire multiplie les rencontres avec des pairs auprès desquels elle obtient conseil et réconfort. Des bienfaits dont elle souhaite continuer à profiter une fois la tempête passée. C'est la raison pour laquelle, en 2006, Anne-Sophie Panseri devient membre de l'association Femmes chefs d'entreprises (FCE) de Lyon, structure dont elle prend la présidence trois ans plus tard. Pourquoi s'entourer de femmes? « Sûrement parce que je pensais cet environnement-là plus sécurisant », explique-t-elle. Après des mois de mal-être, la dirigeante retrouve le sourire et voit sa «niaque» décuplée grâce à un entourage solidaire et à l'écoute. Guère adepte de la demi-mesure, la présidente de Maviflex ne se contente pas de soirées d'échanges. Fidèle aux positions défendues par le réseau FCE, elle organise et participe à des sessions de formation ouvertes aux femmes dirigeantes et tente de peser dans les instances représentatives. Depuis 2009, elle siège ainsi aux commissions industrie et international sur la liste du Medef à la Chambre de commerce et d'industrie de Lyon et de la région. Une fois ces mandats accomplis, hors de question de s'endormir sur ses lauriers. Elle vise un mandat de juge de tribunal de commerce. «J'ai envie de redonner au moins autant que ce que j'ai eu la chance de recevoir», justifie-t-elle.

SES PREMIERES FOIS

Son premier modèle
« Mon père, décédé en 2006, représentait tout ce que j'aime de l'entrepreneuriat », confie la quadragénaire qui le considère comme un mentor. C'est lui qui lui transmet sa passion de l'industrie, du travail bien et joliment fait. Au cours de sa longue carrière, l'homme rachète et redresse plusieurs entreprises, sauvant ainsi des emplois et assurant le développement de l'affaire familiale.

Sa première difficulté
Quand Anne-Sophie Panseri devient patronne de Maviflex, une chose la terrifie: les échéances. « Règlements, paies, factures fournisseurs, entrées et sorties de fonds... J'étais pétrifiée par la peur de ne pas parvenir à joindre les deux bouts en fin de mois », se rappelle-t-elle. Pour mettre un terme à ses frayeurs, une solution toujours en vigueur aujourd'hui est trouvée: le suivi de tableaux de bord qui lui permettent d'avoir une bonne vision de sa trésorerie.

Anne-Sophie Panseri, présidente de Maviflex

Anne-Sophie Panseri, présidente de Maviflex

BIO EXPRESS

1966
Naissance à Paris
2000
Prend la tête de Maviflex aux côtés de son frère Romain
2005
Demande une procédure de sauvegarde pour Maviflex
2006
Intègre l'association lyonnaise Femmes chefs d'entreprises
2009
- Est nommée présidente de l'association lyonnaise Femmes chefs d'entreprises
- Siège aux commissions industrie et international sur la liste du Medef à la CCI de Lyon et de la région

SES DERNIERES FOIS

Sa dernière fierté
Actuellement présente dans une douzaine de pays (en Europe et au Maghreb), l'entreprise passe un grand cap à l'international avec son expansion en Asie. D'ici au début de l'année prochaine, cinq distributeurs proposeront des produits sortis des usines de Maviflex. Pour assurer cette accélération à l'export, l'équipe dédiée est doublée pour atteindre six collaborateurs en quelques mois. La dirigeante table sur un chiffre d'affaires hors France de 30 % l'an prochain.

Sa dernière surprise
«Mes collaborateurs m'ont scotchée!» C'est en ces termes qu'Anne-Sophie Panseri décrit ce qu'elle a ressenti, cette année, au moment de la mise en place d'un important programme de réorganisation de la production. Elle qui craignait que le bouleversement d'habitudes vieilles de plus de 20 ans ne perturbe gravement ses collaborateurs n'est toujours pas revenue de l'implication et de la bonne volonté de ces derniers. Lesquels ont proposé des idées permettant «des gains de productivité incroyables» et «une amélioration notable des conditions de travail».

Favoriser le bien-être au travail

Les différentes missions menées pour le compte de Femmes chefs d'entreprises l'amènent à réfléchir sur les problématiques d'équilibre entre vie privée et vie professionnelle. Ceci dans l'optique du bien-être au travail et, partant de là, de la performance globale de l'entreprise. «Les hommes sont aujourd'hui tout autant concernés mais osent moins évoquer la question», dixit la quadragénaire qui met en place dans sa PME, depuis trois ans, des actions en ce sens. Quelques exemples. Les réunions de travail se tiennent entre 9 h 30 et 17 heures. Jamais avant, ni après. Les salariés peuvent obtenir des aménagements d'horaires suivant les activités extrascolaires de leurs enfants. Cette année, trois salariés sont dans ce cas. Autre mesure: les bureaux ferment à 18 h 30. Fini les remarques du style «Tu pars déjà?» à l'encontre des femmes qui osent éteindre leur ordinateur à 18 heures. Fini les collaborateurs qui attendent le départ de la patronne pour quitter leur fauteuil.

Attentive également aux interactions entre les salariés, Anne-Sophie Panseri accorde un soin tout particulier aux recrutements. Objectif: composer des équipes dans les ateliers qui facilitent l'émergence d'idées et le développement de la créativité. Dernièrement, elle embauche un homme au CV chaotique mais dont «la flamme dans les yeux» et «la rage de s'en sortir» séduisent la présidente de Maviflex. Des caractéristiques dont elle peut s'enorgueillir elle-même...

Mot clés : Femme |

GAELLE JOUANNE