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Bureau: l'avenir est au nomadisme

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Au siège de son entreprise, chez lui, dans un espace de coworking ou dans un télécentre, le salarié français de demain n'aura pas un, mais une multitude de lieux de travail à sa disposition. Et la posture assise ne sera peut-être plus de mise...

Les salariés français sont des habitués de l'open space. « 60 % des bureaux en France sont des espaces ouverts conçus pour accueillir deux, quatre, dix collaborateurs ou plus », rapporte Odile Duchenne, directrice générale d'Actinéo, observatoire de la qualité de vie au bureau. La raison? « Elle est économique, avance l'experte. Avec la flambée du prix du foncier dans les grandes villes, le loyer est devenu le deuxième poste de coût pour les entreprises. Il est logique qu'elles cherchent à réduire le nombre de m2 par salarié. » Mais ce décloisonnement ne fait pas l'unanimité chez les collaborateurs, gênés par le bruit et une promiscuité importante. Qu'ils se rassurent: leur environnement de travail va radicalement changer dans les années à venir. Déjà mobiles grâce aux nouvelles technologies, les salariés vont entrer dans l'ère du nomadisme.

ILS L'ONT FAIT

Le bureau de demain est déjà chez Accenture
Depuis 2010, la société de conseil Accenture déploie le programme Moving Forward destiné à améliorer l'environnement de travail et la mobilité de ses salariés en France. Equipés de la téléphonie sur leur ordinateur portable, les 250 salariés du siège peuvent opter pour le télétravail, un à trois jours par semaine. Une formule qui a séduit la moitié d'entre eux.
Conséquence: un tiers de la surface des bureaux est libéré permettant de créer des espaces collaboratifs adaptés à toutes les situations professionnelles. « Nous avons créé quinze types d'espaces différents, plus ou moins grands, certains fermés, d'autres ouverts et en libre service », explique Marc Thiollier, directeur général d'Accenture France. Les salariés n'ont plus de bureau attitré mais un poste mobile à l'intérieur de leur «village« fonctionnel d'appartenance (marketing, commerce, etc.).

Le travail n'a plus de frontières

« Nous ignorons à quelle vitesse ce changement se produira, mais nous savons qu'à l'avenir le salarié travaillera partout: au bureau, chez lui, dans un espace "lounge" d'un aéroport, etc. », prédit Catherine Gall, directrice recherche et prospective de Steelcase, spécialiste des aménagements de bureaux. Des espaces de travail alternatifs extérieurs à l'entreprise devraient fleurir. A l'image de ce que fait déjà IBM: des bureaux dispersés en région parisienne pour que les salariés aient un point de chute proche de chez eux. Autre possibilité: les espaces de coworking, créés pour permettre aux free-lances de partager un même espace de travail, pourraient s'ouvrir aux salariés. Sans oublier les télé centres ou centres d'affaires. « Il s'agit d'espaces que se partagent plusieurs sociétés. Les salariés disposent d'un abonnement leur donnant accès à un bureau, des équipements et des services, un ou plusieurs jours par semaine », poursuit Catherine Gall. Le spécialiste des espaces de travail flexibles, Regus, en compte 55 en France. Il prévoit d'équiper six gares d'ici à 2014 et les stations autoroutières Shell. Le travail à domicile devrait aussi exploser. C'est un objectif du gouvernement français qui a lancé, en novembre 2011, un plan d'action visant à développer le télé travail. La formule ne concerne aujourd'hui que 9 % des salariés. Et demain? « Le télétravail partiel va se développer si les sociétés mettent en place un management par objectif, souligne Odile Duchenne (Actinéo). Les collaborateurs seront évalués sur leurs résultats et non plus que sur leur présence dans l'entreprise. » Nomades, les salariés n'auront plus besoin d'un bureau fixe. La tendance très minoritaire des bureaux partagés (desk sharing) ou non attitrés (lire l'encadré p. 22) pourrait faire des petits. « C'est toute la question du sentiment d'appartenance à l'entreprise qui sera à redéfinir », analyse Marion Toison, directrice marketing d'Haworth, créateur de mobilier de bureaux.

DEUX QUESTIONS A

Philippe Nieuwbourg, analyste indépendant spécialisé en intelligence d'affaires
« Une tablette suréquipée qui se transportera partout »
Quelles technologies équiperont le bureau de demain?
Le bureau sera constitué d'un support mobile sur lequel le salarié recréera son environnement de travail. Il prendra la forme d'une tablette dotée d'une connexion web, d'une ligne téléphonique et d'un accès sécurisé, par exemple à l'information de l'entreprise (reconnaissance par empreinte digitale).
Quelles innovations sont à venir?
L'innovation portera sur les outils collaboratifs pour travailler à distance: le tableau interactif, les imprimantes 3D permettant d'envoyer un prototype à un client à l'étranger et la téléprésence, version haut de gamme de la téléconférence qui recrée une vraie proximité. Le projet de lentilles de contact avec écran intégré est également prometteur!

 

A lire

Performance et bien-être dans les espaces de travail
Cet ouvrage aborde toutes les questions stratégiques, managériales et sociales liées aux projets d'aménagement des espaces de travail.
De Génie des Lieux, 2011-2012, 25 Euros.
Office Code
Ce livre décrypte la diversité des modes de travail et des espaces de bureaux en Europe.
De Catherine Gall, Steelcase, novembre 2009, 39,90 Euros.

L'entreprise, un lieu collaboratif

Le lien avec l'entreprise sera alors l'humain. « Le siège social deviendra un lieu de convergence des collaborateurs: on y viendra pour assister à des réunions, travailler en équipe, etc. », anticipe l'experte. Des espaces collaboratifs seront proposés aux salariés: une petite salle de réunion pour un brainstorming à trois, un espace «lounge» pour un debriefing informel, etc. « Le salarié pourra tout aussi facilement investir les lieux «publics» de l'entreprise et organiser, par exemple, une réunion à la cafétéria ou envoyer des e-mails depuis la terrasse équipée du wi-fi. C'est le nomadisme interne », explique Odile Duchenne (Actinéo). Grâce à cette mobilité et aux nouveaux mobiliers de bureau, le salarié pourra travailler dans des positions variées. Assis mais aussi debout! Une pratique émergente dans la Silicon Valley. Google a, en effet, intégré le concept du «bureau debout» dans son programme bien-être. Tandis que Facebook s'équipe de postes de travail munis d'un tapis de course. « Ce qui est important, au-delà du buzz, c'est la nécessité pour les salariés de changer de position au cours de la journée», souligne Jean-Pierre Zana, ergonome et expert à l'INRS (Institut national de recherche et de sécurité pour la prévention des accidents du travail et des maladies professionnelles). Une étude réalisée en 2008 par cet organisme pointe du doigt les conséquences néfastes d'une posture figée pour la santé des salariés: douleurs lombaires, mauvaise circulation sanguine, etc. « L'idéal est d'être installé sur un siège assis-debout. Il en existe déjà dans le commerce mais la demande est quasi inexistante. Les entreprises sont peu sensibilisées au sujet mais cela va venir », espère-t-il. Dans quelques années, voire quelques décennies.