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Ces patrons qui prennent le large

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Ils embarquent tous les étés avec leur famille, régatent le week-end, s'offrent un break de quelques mois pour réaliser un rêve et traverser les océans.... Comment ces dirigeants toqués de voile allient passion et responsabilité dans leur entreprise?

@ Jérôme Castel/Fotolia

La 31e édition du Spi Ouest France, la plus importante régate européenne, s'est achevée le 13 avril dernier. Parmi les 405 concurrents de cette course à la voile mythique, figurait un bateau aux couleurs de la banque d'affaires Wagram Corporate Finance et de l'association qu'elle soutient, Alis Alis est l'association du Locked-in syndrome, état neurologique rare pendant lequel le patient est éveillé et totalement conscient, mais souffre d'une paralysie complète, excepté des paupières. , pour la recherche sur une maladie orpheline. Sur le pont, Paul Le Clerc s'affaire: président de cette société de conseil en fusion-acquisition, il est aussi le skipper du voilier. Comme 16% des chefs d'entreprise français, ce quinquagénaire est passionné de voile. Selon la dernière édition de Top Management France, l'annuaire des dirigeants français, parue en juin 2008, ce sport serait le quatrième plus pratiqué par les dirigeants dans l'Hexagone, après le golf, le tennis et le ski. Havrais d'origine, Paul Le Clerc a passé, dès son plus jeune âge, ses après-midi libres sur l'eau. Par la suite, il a concouru au Championnat de France de Requin, un bateau de régate de 9 mètres de long, pendant dix ans. Après un break, correspondant à la naissance de ses quatre enfants, il a renoué avec la voile, il y a une dizaine d'années. «La Corse, les Baléares, la côte Atlantique... Depuis que notre petit dernier est en âge de naviguer, nous partons chaque année en famille, pendant une quinzaine de jours, sur un bateau de location», raconte Paul Le Clerc. Mais ce n'est pas assez. S'il participe, depuis deux ans, au Spi Ouest France, c'est aussi pour créer une occasion de concilier la voile et son emploi du temps chargé de patron. «Gérer un équipage, c'est une bonne école en termes de management, ajoute-t-il. Sur un bateau, dans un espace confiné, les différences de caractères se font encore plus ressentir. Il faut alors savoir écouter et donner le bon cap.»

Un état d'esprit. Concilier entreprise et passion, c'est aussi ce que cherche Laurent Gilbert, p-dg d'une agence de marketing opérationnel. Son amour de la mer se reflète jusque dans le nom qu'il a donné à son agence: Lame de Fond. Créée en 1989, la société a logiquement adopté une identité visuelle et une communication inspirées des voiliers: des photos de bateaux apparaissent dans ses publicités, ses clients reçoivent une chemise fabriquée par l'un ses fournisseurs officiels de la Coupe de l'America et ses cartes de voeux sont parées de demi-coques miniatures. Le dirigeant a même installé son entreprise à Issy-les-Moulineaux, au bord de l'eau. Les salariés disposent d'un ponton flottant sur la Seine et de canoës-kayaks. Ce n'est pas tout. Comme il était impossible de mettre un voilier sur la Seine, il a acheté un bateau à moteur pour promener ses clients. Lorsqu'il était étudiant, la vitesse le grisait et il partait souvent en expédition sur l'Atlantique ou la Méditerranée. Aujourd'hui, il s'intéresse davantage à la qualité et à l'histoire des bateaux et regrette de ne pouvoir passer plus de quelques week-ends par an sur l'eau. Mais la voile est aussi un état d'esprit, qu'il tente de faire partager à ses salariés. Il y a trois ans, ses chefs de projet marketing ont participé à une régate interentreprises de la communication et par deux fois, il a organisé avec ses salariés une sortie en mer sur un voilier. «Comme dans une entreprise, sur un bateau, chacun a sa mission, mais tous doivent se coordonner pour être en condition de réussir et de gagner», commente-t-il.

La voile peut, en effet, aider à fédérer des équipes. Xavier Desmaret l'a bien compris: tous les ans, il organise l'Outremer Cup, du nom de son entreprise de construction de voiliers, permettant ainsi à ses salariés, à leurs amis et famille de naviguer, durant trois jours, sur les bateaux qu'ils construisent. C'est d'ailleurs pour vivre sa passion au quotidien qu'il a repris, avec Stéphan Constance, ce chantier naval. Les deux compères se connaissent bien et depuis longtemps. Issus de la même promotion, à Centrale, les deux dirigeants partaient à l'époque une fois par an sur un voilier, direction les Grenadines dans les Caraïbes, les îles espagnoles, le golfe du Siam en Thaïlande... Puis, en 2003, ils créent Allures Yachting, qui construit des monocoques de croisière. La voile, qui était au début une passion, est ainsi devenue leur quotidien. Du coup, convoyer des bateaux entre le siège social de Cherbourg et les salons de France et de Navarre ou accompagner les prospects lors des essais relève d'un heureux mélange de travail et de plaisir. «C'est vrai que nous avons meilleure mine que la moyenne des dirigeants», admet, sourire en coin, Xavier Desmaret. Grâce à leur métier, les deux associés croisent également des navigateurs d'exception, tel Michel Desjoyaux, qui fut pilote d'essai de leur premier bateau. Mais ces skippers avertis manquent de temps pour pratiquer la voile en dehors du cadre professionnel. Cet été, ils partiront une semaine en bateau ensemble, avec leurs familles, pour la première fois depuis la création d'Allures Yachting. «Aujourd'hui, je passe plus de temps à la barre de Ventre-prise et à m'occuper de son développement, que sur un bateau», regrette Stéphan Constance. Alors sont-ils prêts pour un tour du monde? «Quand l'entreprise aura trouvé son rythme de croisière, je pense que nous prendrons chacun une année sabbatique pour naviguer en famille», répond le dirigeant. «Le bonheur qu'en retirent nos clients qui le font nous donne envie», renchérit Xavier Desmaret.

Le temps, c'est ce qui manque également à Daniel Kurbiel pour pratiquer son sport favori. Depuis qu'il a créé Polaar, une société qui conçoit des produits cosmétiques à base d'algues polaires, l'ancien champion olympique de voile se fait plus rare sur les ponts des bateaux.

@ Jérôme Castel/Fotolia

«L entreprise est un sport de haut niveau, et il m'était difficile de continuer les deux de manière assidue», estime-t-il. Il se contente de partir occasionnellement, sur les bateaux d'amis ou pour rendre visite à ses parents, explorateurs des pôles. Il a quand même acheté un petit voilier de 13 mètres l'année dernière, et passe un week-end par mois à Marseille pour le restaurer. «La voile est un sport complexe: il n'est pas seulement physique, il est aussi intellectuel et technique», affirme le chef d'entreprise. D'où le parallèle qu'il dresse entre le monde de l'entreprise et celui de la voile: recherche de l'excellence, importance de l'équipe - sur le bateau et à terre -, respect de l'adversaire... Satisfait, avec le recul, des réflexes que la voile lui a apportés dans son quotidien de chef d'entreprise, Daniel Kurbiel en recommande vivement la pratique à ses pairs: «C'est un sport complet qui permet de s'oxygéner à coup sûr et de sortir le nez du guidon.»

« Sur un bateau comme dans une entreprise, tout le monde doit se coordonner pour gagner.»

Laurent Gilbert,
p-dg de Lame de fond

« La voile est un sport complet qui permet de s'oxygéner et de sortir le nez du guidon.»

DANIEL KURBIEL,
p-dg de Polaar

@ Jérôme Castel/Fotolia

«La voile était notre passion. C'est devenu notre quotidien depuis que nous avons créé notre entreprise.»

STEPHAN CONSTANCE,
président d'allures Yachting

Témoignage
J'ai couru la transat Jacques Vabre
PIERRE VAN DEN BROEk, président de Nim

C'est sur un trimaran aux couleurs de son entreprise d'intérim de managers et de dirigeants, Nim, que Pierre van den Broek a embarqué pour la transat Jacques Vabre, en 2007. Il a construit son propre bateau, avec Lalou Roucayrol, son coskipper professionnel. Six mois de préparatifs, dont la moitié à temps plein, pour 19 jours d'une course inoubliable entre le Havre et Salvador de Bahia, au Brésil. Décision d'un mordu de voile, cette escapade n'avait pourtant rien d'un coup de tête. Surtout, sa PME n'a pas pâti de son absence: «C'est mon métier d'expliquer que personne n'est indispensable, raconte le dirigeant. J'ai simplement appliqué à mon entreprise ce que j'explique chaque jour à mes clients!» Pierre van den Broek installe dans son fauteuil un manager de transition, aidé par l'un de ses frères, Bernard van den Broek, chargé des questions financières au sein de la PMe. Une bonne opération de communication au bénéfice de Nim, car l'histoire a intéressé les médias et participé à développer sa notoriété. au final, Pierre van den Broek et son coskipper sont arrivés quatrièmes dans leur catégorie sur huit bateaux inscrits, un classement qu'il juge «honorable». «Outre l'adaptation à mon environnement et la gestion de mon énergie et de mes ressources, les courses de voile m'entrainent à élaborer une stratégie globale et tactique vis-à-vis de mes concurrents...Comme dans le monde de l'entreprise» , souligne le dirigeant. Aujourd'hui encore, pour profiter (presque) tout au long de l'année de son petit trimaran personnel, il habite au bord de l'eau, près de Quimper, en Bretagne. Président physiquement 3 à 4 jours par semaine au siège de Nim, situé en région parisienne, il travaille à distance le reste du temps. Le choix de vie d'une passionné.

NIM - Repères

- ACTIVITE: Intérim de managers et de dirigeants
-VILLE: Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine)
- FORME JURIDIQUE: SAS
-DIRIGEANT: Pierre van den Broek, 50 ans
- ANNEE DE CREATION: 2001
- EFFECTIF: 8 salariés
- CA 2008: 2,5 M Euros

@ Jérôme Castel/Fotolia

«Gérer un équipage est une bonne école. Dans l'espace exigu d'un bateau, les caractères se font davantage sentir. il faut savoir écouter et donner le bon cap.

PAUL LE CLERC,
président de Wagram corporate finance