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Chez Aralys, les salariés jouent les profs

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Pour former régulièrement son personnel, le dirigeant de cette SSII a eu l'idée astucieuse de profiter des compétences des consultants «maison». Une méthode économique et un levier de motivation pour les trente collaborateurs de l'entreprise.

 

Retrouvez les sociétés citées dans notre carnet d'adresses, page 98.

Ce jour-là, au siège d'Aralys, la plupart des salariés éteignent leurs ordinateurs et rangent leurs bureaux. Les collaborateurs de cette SSII de l'Ouest parisien ont rendez-vous au traditionnel cours du soir bimestriel organisé par la PME depuis trois ans. Le principe? «Tous les deux mois, entre 18 heures 30 et 21 heures, une trentaine de consultants sont invités à venir écouter l'exposé d'un cas client par un collaborateur de l'entreprise, suivi de la présentation d'un produit innovant par un prestataire extérieur», explique Christophe de Becdelièvre, président de l'entreprise.

Et ce soir-là, c'est au tour d'Hubert Pringault, l'un des consultants d'Aralys, d'exposer en détail le système de gestion décisionnel qu'il a installé à la direction informatique d'une grande entreprise Un cours magistral digne d'un professeur d'université, face à un auditoire attentif constitué d'une trentaine de collaborateurs La plupart du temps, ces rendez-vous bimestriels se déroulent en deux phases Dans un premier temps, un consultant «maison», volontaire, détaille un cas d'école réalisé chez un client Ensuite, un prestataire extérieur vient présenter son nouveau logiciel de gestion.

Ce rendez-vous a été initialement instauré pour rapprocher les consultants, qui ne se croisaient qu'occasionnellement «Je voulais créer un état d'esprit commun entre tous les collaborateurs de l'entreprise, tout en les informant des solutions innovantes disponibles sur le marché», explique Christophe de Becdelièvre. La méthode est plébiscitée par les consultants de la PME francilienne «Ces derniers sont souvent plongés dans leurs missions et ont, en conséquence, peu de recul sur l'évolution du marché Ce rendez-vous bimestriel leur permet de se tenir au courant des nouveautés du secteur», renchérit Hubert Pringault.

En tout cas, ces rendez-vous ne désemplissent pas depuis trois ans «Depuis leur création, ils sont suivis par une trentaine de consultants», confirme le président d'Aralys II faut dire que le dirigeant de la PME a pris soin de respecter le rythme de travail de ses collaborateurs «Les sessions ont heu tous les deux mois et en soirée, afin de ne pas empiéter sur les rendez-vous et le travail quotidien des salariés», confie Christophe de Becdelièvre Un choix qui s'avère judicieux Car en imposant des sessions à un rythme mensuel, voire hebdomadaire, le chef d'entreprise aurait pris le risque de voir les rangs des auditeurs s'éclaircir «Au fil du temps, je suis certain qu'elles auraient fini par disparaître», assure-t-il.

Un levier de motivation. Au-delà de leur vertu pédagogique, ces sessions de formation constituent un élément important de la motivation des consultants En effet, en mettant en scène quelques-uns de ses salariés, la PME a trouvé un moyen de repérer les meilleurs talents de l'entreprise «Les collaborateurs sélectionnés pour dispenser les cours sont, en général, des pointures dans leur domaine», ajoute le p-dg Sur les trente consultants de la société, une quinzaine ont dejà joué les professeurs, selon des critères de selection particuliers «Je choisis en priorité les collaborateurs qui travaillent sur des sujets pouvant intéresser le plus grand nombre et qui possèdent des qualités d'orateur», détaille Christophe de Becdelièvre Un levier de motivation «Ces rendez-vous impliquent les salaries encore davantage dans la vie de l'entreprise Ils se voient progresser et gagner rapidement en compétences» Le tout pour un investissement quasi insignifiant les formateurs «maison» et les partenaires prestataires font profiter de leurs compétences gratuitement. L'entreprise débourse seule ment quelques centaines d'euros, à chaque rendez vous, pour offrir un verre de Champagne et quelques petits fours aux auditeurs.

En choisissant une formation «maison», le p-dg d'Aralys a souhaité renforcer la cohésion de son équipe, tout en réalisant des économies.

@ DR

En choisissant une formation «maison», le p-dg d'Aralys a souhaité renforcer la cohésion de son équipe, tout en réalisant des économies.

Cette formation maison porte-t-elle ses fruits? Pour le président d'Aralys, une chose est sûre «Le sentiment d'appartenance à l'entreprise est renforce Les consultants sont fiers car cette pratique leur évoque le fonctionnement de grands cabinets de conseil» Et, sur le terrain, ces partages d'expérience ne restent pas lettre morte. Ainsi, après avoir assis te à la prestation d'Hubert Pringault, deux consultants d'Aralys ont utilise son étude de cas auprès de leurs clients.

ARALYS - Repères

- ACTIVITE: ingénierie décisionnelle
- VILLE: Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine)
- DIRIGEANT: Christophe de Becdelièvre, 33 ans
- FORME JURIDIQUE: SAS
- ANNEE DE CREATION: 2004
- EFFECTIF: 40 salariés
- CA: 2,6 millions d'euros

@ DR

CHRISTOPHE DE BECDELIEVRE»
dirigeant d'Aralys

En incitant au partage des savoirs, on renforce la fierté d'appartenance à l'entreprise.

THIERRY CHAVEL, coach et associé au sein du cabinet de coaching Alter & Coach

@ DR

THIERRY CHAVEL, coach et associé au sein du cabinet de coaching Alter & Coach

L'OEIL DU CONSULTANT
Une initiative judicieuse, mais qui doit rester ouverte sur l'extérieur

Pour Thierry Chavel, l'initiative consistant à créer une formation sur mesure, dispensée par les propres collaborateurs de l'entreprise, est judicieuse. «Souvent dans les formations externes, il existe un décalage entre les cours - généraux - et les problématiques spécifiques auxquelles est confronté le personnel de l'entreprise. Or, ces récits d'expérience sont un apprentissage bien plus concret qu'une recette théorique apprise en stage.» En outre, ces appels à témoins constituent, selon l'expert, un sacré levier de motivation. «Ils permettent en particulier aux jeunes recrues de l'entreprise, de se former en écoutant les cas présentés par leurs collègues.» Mais attention. Pour Thierry Chavel, ce système de formation, certes astucieux, peut entraîner un certain favoritisme. «Si les rencontres se font dans le cadre professionnel d'une même entreprise, elles peuvent inciter les plus ambitieux à se faire valoir. Le partage des connaissances n'est alors qu'un prétexte carriériste.» En outre, il faut également prendre garde à ne pas rester indéfiniment en vase clos. «Il est essentiel d'ouvrir ces événements sur l'extérieur en invitant des partenaires ou des clients, faute de quoi les sujets de formation finiront par se tarir.»