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D'une passion ils ont fait leur profession

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Vivre de sa passion. De nombreux entrepreneurs se sont jetés à l'eau et ont développé le business de leurs rêves. Mais la passion est-elle toujours bonne conseillère? Tour d'horizon des forces et des faiblesses de ces dirigeants pas tout à fait comme les autres.

@ PROD. NUMERIK - FOTOLIA/LD

Président de la République, pompier ou vétérinaire. Ce sont les métiers dont rêvent la plupart des enfants. Petit, Gérard Ochem se démarquait déjà. Il voulait travailler dans le secteur de la psychologie et des sciences humaines. Pourtant, avec un père à la tête d'une entreprise spécialisée dans le transport de marchandises, la voie du jeune adolescent semblait toute tracée. C'était sans compter avec le destin. «A 23 ans, j'ai eu un grave accident d'alpinisme lors de mon service militaire. Je suis resté en fauteuil roulant pendant neuf mois, puis j'ai fait trois ans de rééducation», raconte Gérard Ochem. Un coup dur qui s'est finalement révélé être une bénédiction. L'homme peut enfin devenir ce qu'il a toujours rêvé d'être: «Un rat de bibliothèque.» Sa décision est prise: il ne reprendra jamais les rênes de l'affaire familiale. Après plus de 20 années de recherche dans les sciences humaines, Gérard Ochem est, depuis peu, à la tête de sa propre entreprise. Il a mis au point un outil qui permet de «révéler les talents innés de chaque personne»: la méthode Map'up. Ce procédé a même obtenu, en 2008, le Trophée d'or de l'innovation en management. Le dirigeant, qui coache aussi bien des cadres que des chefs d'entreprise, compte embaucher une dizaine de consultants pour développer son concept. Aujourd'hui, Gérard Ochem est heureux: «Je vis mon rêve d'enfant», confie-t-il. Comme lui, de nombreux entrepreneurs ont réussi à développer leur business dans un domaine qui les passionne.

PASCALE REINHARDT, présidente de la Société française de coaching

Certains entrepreneurs ont tendance à sous-évaluer le prix de leurs prestations, s'estimant heureux de faire un métier qui les passionne.

Des ressources supplémentaires.

Selon Pascale Reinhardt, présidente de la Société française de coaching, «un entrepreneur peut se nourrir de sa passion pour surmonter les premières difficultés rencontrées». De fait, créer son entreprise peut parfois être décourageant, surtout les premiers mois. Il faut, en effet, convaincre les investisseurs, démarcher ses premiers clients, dénicher de bons fournisseurs, etc. Bref, une montagne de travail et, dans certains cas, une source de désillusions. Un chef d'entreprise passionné trouvera une motivation supplémentaire pour surmonter ces obstacles. C'est cette passion qui a permis à Rémi Demersseman-Pradel, p-dg de La Part de Rêve, une entreprise de 35 salariés spécialisée dans la création et la gestion de crèches, de mener à bien son affaire: «J'aurais baissé les bras depuis longtemps si je n'avais pas créé une entreprise dans un secteur d'activité que j'adore. Quand je n'ai plus le moral, je vais recharger mes batteries dans l'une de mes crèches. J'adore regarder les enfants jouer!», raconte-t-il.

Il faut dire que l'homme a toujours été passionné par la petite enfance. Lorsque naît sa première fille, en 2003, il décide, avec sa femme, de changer de vie: ils quittent Paris et leurs postes d'ingénieurs et partent s'établir en province. Dans un premier temps, ils rachètent une crèche, avant de créer leur propre structure, baptisée Violette, le prénom de leur fille. Depuis, leur affaire a grandi: aujourd'hui, ils sont à la tête de cinq crèches et réalisent un chiffre d'affaires de 1,7 million d'euros. La passion, c'est également ce qui a poussé Sabrina Zerbib à fonder sa société. Cette jeune auto-entrepreneuse de 27 ans a créé Objectif Home en février 2009. Le créneau de cette société: le home staging. Sa mission? Relooker et dépersonnaliser des maisons et des appartements afin d'en faciliter la revente. «En quelque sorte, je les transforme en maisons témoins», résume la jeune dirigeante. Pour vivre de son rêve, Sabrina Zerbib a réalisé un virage professionnel à 180°. Elle n'a pas hésité à quitter sa place de responsable commerciale dans l'électronique pour créer son entreprise. «J'ai toujours été une mordue de décoration, explique-t-elle. Aujourd'hui, je joins l'utile à l'agréable.» Au-delà de la satisfaction personnelle, la dirigeante se sent aussi plus efficace. «Il est plus facile de vendre une prestation ou un produit qui nous enthousiasme. Le courant passe plus facilement avec les clients», affirme-t-elle. Les faits semblent d'ailleurs corroborer ses dires. En seulement quelques mois d'exploitation, Objectif Home a déjà réalisé plus d'une dizaine de chantiers. Sabrina Zerbib compte désormais mettre en place un plan de communication pour accroître la notoriété de son métier, «encore récent et méconnu en France».

GERARD OCHEM, dirigeant de l'Institut Map'Up

«J'ai besoin d'être entouré par des collaborateurs eux-mêmes passionnés. Sinon, j'ai l'impression d'être seul à porter le projet...

Une passion parfois aveuglante.

Alors, la passion est-elle un vecteur de croissance pour une PME? Pas forcément. Etre complètement «toqué» de son métier n'est pas toujours un atout pour un dirigeant. Au contraire, la passion peut même amener à commettre des erreurs d'appréciation. «Un bon chef d'entreprise doit être lucide. Or, une personne passionnée a parfois du mal à garder la tête froide», prévient Marc Pagezy, président d'Eurosearch & Associés, un cabinet de ressources en management. Ce manque de recul peut s'avérer préjudiciable pour l'entreprise. Par exemple, un passionné pourra surestimer la taille d'un marché sur lequel il compte se lancer ou encore se tromper sur les besoins de ses clients.

Laurent Pewzner, dirigeant de Scène Expériences, une entreprise de formation par l'improvisation théâtrale, peut en témoigner. Intermittent du spectacle et passionné par le théâtre, il crée, en 2005, sa société. A l'époque, il vient de remporter un franc succès à l'Ecole des Mines où il a animé un stage sur la négociation. Celui-ci reposait, en partie, sur de l'improvisation. «Le bouche à oreille a été immédiat. Très vite, d'autres grandes écoles, telles qu'HEC ou Polytechnique, m'ont sollicité», se souvient Laurent Pewzner. Parallèlement, l'acteur est contacté par des entreprises pour former leurs cadres. Malheureusement, les premières formations ne se déroulent pas très bien: «Ma passion m'aveuglait et je voulais transformer les stagiaires en véritables comédiens. En réalité, ils souhaitaient seulement acquérir quelques techniques d'improvisation, pour les appliquer à leur quotidien de manager.» Le dirigeant se remet alors en question. Avec des étudiants d'HEC, il fait évoluer ses cours d'improvisation, afin que ces derniers répondent aux attentes des entreprises.

Se faire épauler.

Laurent Pewzner prend aussi conscience qu'il lui manque quelques compétences pour développer sereinement sa société. «Passionné, je parle avec entrain de mon entreprise et de mes prestations. Mais, si je suis un bon vendeur, je ne suis pas un bon gestionnaire», reconnaît-il. Pour remédier à ce problème, le chef d'entreprise a recruté un étudiant d'HEC. Sa mission? Assurer le développement de l'entreprise. Un pari gagnant. Scène Expériences compte désormais cinq salariés et dispose d'une trentaine d'intervenants extérieurs. L'entreprise travaille avec de grandes entreprises (Danone, Total, L'Oréal, SFR, etc.) et espère tripler son chiffre d'affaires d'ici à 2010, pour atteindre 1 million d'euros.

Pour Pascale Reinhardt (Société française de coaching), le cas de Laurent Pewzner n'est pas isolé. De nombreux entrepreneurs se laissent aveugler par leur passion. Pour éviter les écueils, l'experte leur conseille de soigner leur business plan: «La passion ne débouche pas toujours sur une réussite professionnelle. Certains perdent, par exemple, de vue qu'une entreprise doit réaliser des profits, souligne la coach. Ils ont tendance à sous- évaluer le prix de leurs prestations, s'estimant heureux défaire un métier qui les passionne.» Un manque de pragmatisme qui peut s'avérer fatal sur le long terme.

Reste que ces passionnés sont avant tout des stakhanovistes. «Ils ont le souci du détail», décrypte Matthieu Poirot, psychologue du travail chez Stimulus. «Depuis cinq ans, je ne dors que six heures par nuit, avoue Rémi Demersseman-Pradel (La Part de Rêve). L'aventure entrepreneuriale est à la fois fabuleuse et épuisante. Mais le jeu en vaut la chandelle.» Une qualité qui peut parfois être source de problèmes. Certains dirigeants ont tendance à attendre de leurs salariés qu'ils soient, eux aussi, passionnés. Or, cette exigence peut aboutir à des tensions managériales. Gérard Ochem (Institut Map'Up) n'envisage pas de recruter des collaborateurs qui ne partagent pas le même engouement que lui: «Nous sommes une petite structure et j'ai besoin d'être entouré par des passionnés. Sinon, j'ai l'impression d'être seul à porter le projet, et cela m'use moralement», avoue le chef d'entreprise. Ce dernier attribue, d'ailleurs, le flop de son premier réseau de consultants, en 2003, à ce décalage entre ses équipes et lui: «Ma méthode de coaching les intéressait, mais ne les passionnait pas. Or, à cette époque, l'outil que j'avais créé était très novateur. Il fallait cette qualité pour convaincre les clients. Des tensions sont donc vite apparues entre nous.» Résultat? Le chef d'entreprise a affiné son mode de recrutement. Désormais, il explique davantage le fonctionnement de Map'Up à ses futurs partenaires. Il n'hésite pas non plus à les tester. Il s'assure ainsi que ses collaborateurs adhèrent totalement à son projet.

ALIX GRANDEL, coach professionnel pour cadres et chefs d'entreprise

Certains passionnés partent tête baissée, sans analyser leurs forces et leurs faiblesses.

Elargir son champ de recrutement.

Mais cette exigence restreint grandement les possibilités de recrutement d'une PME. Une limite que Laurent Pewzner (Scène Expériences) a rencontrée. Le dirigeant cherche, en effet, des profils très particuliers. Ses formateurs ont une double casquette: ils sont à la fois acteurs et diplômés de grandes écoles de gestion et de commerce. «Jusqu'à présent, je recrutais directement parmi mes élèves. Mais le vivier est épuisé et je dois me résoudre à embaucher des personnes que je ne connais pas», explique, un brin anxieux, le dirigeant. Sa crainte? Que ses nouvelles recrues soient moins enthousiastes et donc moins performantes. Pour Marc Pagezy (Eurosearch & Associés), cette remise en cause est logique : «Ces dirigeants cherchent à créer une tribu autour d'eux. Mais, quand l'entreprise grandit, ils doivent se structurer et passer à un management moins passionnel. Cette transition s'avère parfois difficile et source d'angoisses.»

Garder un loisir pour évacuer la pression.

Enfin, si une passion peut jouer un rôle de catalyseur dans la création d'une entreprise, les dirigeants doivent veiller à ne pas trop s'impliquer. A la barre du navire, ils effectuent souvent de longues journées. «L'entrepreneur, en faisant de sa passion son métier, se réalise professionnellement en développant sa société. Il risque alors de s'enfermer dans son quotidien et d'y exclure ses amis, voire son conjoint», analyse Pascale Reinhardt (Société française de coaching). Une situation complexe, car l'aventure entrepreneuriale tient plus du marathon que du sprint. Or, s'il n'a plus d'activité annexe, le dirigeant va éprouver des difficultés à évacuer la pression.

Ce que confirme Anne-Marie de Couvreur-Mondet, présidente de Mediameeting Groupe, une agence de communication spécialisée dans les radios d'entreprise (lire témoignage p. 34). La dirigeante reconnaît que vivre de sa passion est à double tranchant: «J'aime tellement le monde de la radio que, lorsque je travaille, je ne vois plus les heures passer. Du coup, j'ai tendance à négliger mon environnement extérieur», dévoile-t-elle. Son prochain objectif n'est donc plus d'ordre professionnel: «Je compte retrouver un juste équilibre entre mon quotidien de dirigeante et mes activités extraprofessionnelles!», affirme l'entrepreneuse, qui vient d'ailleurs de faire un premier pas dans ce sens. Elle fait désormais partie d'une association, le Centre des jeunes dirigeants d'entreprise (CJD). «Ce réseau me permet de sortir de mon quotidien», assure Anne-Marie de Couvreur-Mondet.

Si la passion peut se révéler une alliée dans les moments difficiles, elle peut aussi devenir une ennemie lorsqu'elle prend le pas sur la raison, le bon sens. «La passion ne suffit pas pour qu'une entreprise prospère, résume Marc Pagezy (Eurosearch & Associés). Il faut que son dirigeant possède d'autres qualités, telles que le pragmatisme, une grande force de travail, la capacité à s'organiser et à s'entourer des bonnes personnes.» En général, la passion est une béquille lors de la création d'une société. Elle peut, aussi, engendrer des vocations chez certaines personnes qui, sans cela, n'auraient jamais franchi le cap de l'entrepreneuriat. Mais elle ne transformera pas un projet boiteux en success story.

MARC PAGEZY, président d'Eurosearch & Associés

Quand l'entreprise grandit, les dirigeants doivent se structurer et passer à un management moins passionnel. Cette transition s'avère parfois difficile et source d'angoisses.

TEMOIGNAGE
Mon amour de la radio est une source d'énergie
ANNE-MARIE DE COUVREUR-MONDET, présidente de Mediameeting Groupe

«A 11 ans, j'écoutais déjà la radio en cachette dans mon lit», raconte, avec humour, Anne-Marie de Couvreur-Mondet, dirigeante d'une société de communication spécialisée dans ce média. Mais si la vocation est précoce, la dirigeante devra attendre l'année 2004 avant de vivre de sa passion. C'est en effet à cette date qu'elle crée Mediameeting Groupe, via un essaimage chez France Télécom. Un virage professionnel qui réjouit Anne-Marie de Couvreur-Mondet: «J'ai une véritable passion pour la radio, plus pudique que la télévision et plus chaude que l'écrit», explique-t-elle. Cette passion lui «donne de l'énergie au quotidien.» Un plus non négligeable, puisque la dirigeante avoue «travailler près de 14 heures par jour». Toutefois, l'entrepreneuse reste lucide sur le développement de sa société : «La passion est un plus, mais nous vendons avant tout des projets et des produits. D'ailleurs, pendant notre première année d'existence, nous avons été conseillés par Ernst & Young.» Un pragmatisme qui porte ses fruits. Depuis sa création, le chiffre d'affaires de Mediameeting Groupe croît de 50% tous les ans.

MEDIAMEETING GROUPE - Repères

- ACTIVITE: Agence de communication spécialisée dans les radios d'entreprise
- VILLE: Toulouse
- FORME JURIDIQUE: SAS
- ANNEE DE CREATION: 2004
- DIRIGEANTE: Anne-Marie de Couvreur-Mondet, 42 ans
- EFFECTIF: 60 salariés
- CHIFFRE D'AFFAIRES 2008: 2,2MEuros
- RESULTAT NET 2008:15 kEuros

EN BREF
Les clés pour faire d'une passion un métier

1 FORMALISEZ VOTRE PROJET
C'est l'étape préliminaire. Vous avez une passion et aimeriez en faire votre profession? Faites un tour d'horizon des différents métiers qui gravitent autour. Surtout essayez d'analyser si le marché n'est pas déjà surexploité. «Vous devez confronter votre rêve aux réalités du métier», explique Alix Grandel, coach professionnel pour cadres et chefs d'entreprise. Pour vous aider dans cette démarche, vous pouvez faire appel à la chambre de commerce et d'industrie (CCI) de votre région. Vous pouvez aussi entrer en contact avec des réseaux de professionnels.


2 EVALUEZ VOS COMPETENCES
Etre passionné, c'est un bon début. Mais êtes-vous certain d'avoir les compétences requises pour devenir chef d'entreprise? Car créer sa société demande de nombreuses qualités, notamment en termes de gestion et de management. Sans parler des compétences techniques. Alix Grandel conseille ainsi de réaliser un bilan de compétences, pour éviter les mauvaises surprises et, le cas échéant, pouvoir travailler sur vos points faibles. Lors de cette étape, vous devez aussi envisager le pire: que faire si votre projet tombe à l'eau? Prévoyez très tôt une porte de sortie.


3 REDIGEZ VOTRE BUSINESS PLAN
Comme pour tout nouveau projet, vous n'échapperez pas à la mise au point de votre business plan. Cependant, cette étape est encore plus importante pour les entrepreneurs passionnés: «Ils peuvent partir tête baissée, sans prendre le temps d'analyser les forces et les faiblesses de leur projet», prévient la coach. Le risque étant que l'envie prenne le pas sur la raison. Une solution consiste à vous faire aider par un tiers «qui a les pieds sur terre» (expert-comptable, CCI...). Si vous souhaitez limiter vos risques, vous pouvez aussi vous lancer sous le statut d'auto-entrepreneur.


4 PRENEZ DU RECUL
Faites la part des choses. Un jeune dirigeant a tendance à considérer sa société comme «son bébé». Et la passion accentue ce comportement. Cette conduite est problématique, car elle peut aveugler le chef d'entreprise lors de ses prises de décisions. Celui-ci peut aussi devenir sourd aux critiques extérieures. «Certains passionnés prennent personnellement les critiques formulées contre leur projet. Ils ont du mal à prendre du recul par rapport à leur société», analyse Alix Grandel. Ce comportement doit être gommé. Car les caractéristiques d'un bon entrepreneur sont avant tout le sang-froid et le pragmatisme.

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TROIS QUESTIONS A ...
«Les passionnés sont souvent des précurseurs»: Matthieu Poirot, psychologue du travail (Stimulus)

- Comment se comportent les chefs d'entreprise passionnés?
Ils ont souvent un rapport ambigu avec l'autorité. Très autonomes, ils aiment sortir des sentiers battus. Ainsi, il n'est pas rare que ces chefs d'entreprise soient des précurseurs, qu'ils innovent et créent de nouveaux business. Par ailleurs, ce sont aussi des hédonistes: leur ligne de conduite tourne souvent autour du plaisir.


- Ont-ils plus d'atouts dans leur manche pour réussir leur projet d'entreprise?
Pas forcément. Les passionnés présentent à la fois des forces et des faiblesses. Par exemple, ils sont souvent charismatiques et arrivent plus facilement à convaincre des partenaires de les suivre dans leur aventure. Ils dégagent une forme d'énergie fédératrice. Le revers de la médaille, c'est qu'ils sont rarement de bons gestionnaires. Ils excellent pour développer le chiffre d'affaires, mais n'arrivent pas toujours à pérenniser leur société. Plus que les autres entrepreneurs, ils doivent s'entourer, voire se faire coacher.


- Leur arrive-t-il de trop s'investir dans leur entreprise?
C'est un risque, car le plaisir de vivre de sa passion peut aboutir à une forme de dépendance et à une incapacité à décrocher. Or, un chef d'entreprise est comme un sportif de haut niveau, il a besoin de plages de repos pour rester en forme. Il doit donc veiller à garder des activités secondaires pour décompresser. Gare au surmenage!

TEMOIGNAGE
Je m'efforce de travailler de manière cartésienne
GEOFFROY DE BECDELIEVRE, directeur général de PlanetVeo

Le coeur ou la raison? Geoffroy de Becdelièvre a choisi les deux. Ce «fondu de voyages», comme il se décrit, a créé en 2004 PlanetVeo, un tour-opérateur spécialisé dans les destinations lointaines. Il faut dire que le chef d'entreprise parcourt le monde depuis près de 20 ans. A 18 ans, il a sillonné l'Inde pendant quatre mois, avec son seul sac à dos. L'année suivante, le globe-trotter s'attaque à l'Amérique du Sud et découvre la Colombie, le Pérou et la Bolivie. Pour autant, lorsqu'il a décidé de monter sa propre affaire, le dirigeant a prisses précautions pour que sa passion ne l'aveugle pas dans son business. «J'ai tout de suite créé un poste de responsable de production. C'est lui qui confectionne nos voyages et les teste», explique-t-il. Parallèlement, le choix des destinations repose sur des études et des benchmarks : «Je travaille de façon très cartésienne et j'évite de me laisser embarquer par des produits coup de coeur qui ne plairaient pas forcément au grand public», souligne le chef d'entreprise. Aujourd'hui, cet ancien spécialiste de l'audit chez KPMG ne regrette pas sa reconversion professionnelle. Car le succès est au rendez-vous. L'année dernière, l'entreprise a multiplié par trois son chiffre d'affaires. Actuellement, PlanetVeo réalise entre 700 et 800 devis par mois et compte embaucher une quinzaine de personnes

PLANETVEO - Repères

- ACTIVITE: Tour-opérateur spécialisé dans le sur-mesure et les long-courriers
- VILLE: Paris (XVearr.)
- FORME JURIDIQUE: SAS
- DIRIGEANT: Geoffroy de Becdelièvre, 37 ans
- ANNEE DE CREATION: 2004
- EFFECTIF: 40 salariés
- CHIFFRE D'AFFAIRES 2008: 3,5 MEuros