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De la rue au septième ciel

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Il a connu la rue. Il est aujourd'hui chef d'entreprise. Joachim Mendy déploie toute son énergie à aider les jeunes à mieux s'intégrer, notamment dans le monde de l'entreprise. Un parcours atypique que celui de cet entrepreneur, qui prouve que l'on peut toujours réussir à force de volonté.

«Il faut sensibiliser les jeunes au monde de l'entreprise. »

«Il faut sensibiliser les jeunes au monde de l'entreprise. »

«Je suis entrepreneur, noir et issu de l'immigration. Ca a été difficile de s'affirmer, j'ai dû me battre.» Joachim Mendy, 37 ans, créateur de l'entreprise de travaux acrobatiques Septième Ciel, met de côté la rancoeur et l'amertume. Des coups durs, il en a connu, mais il en retire une énergie qu'il partage avec les autres. C'est pourquoi, en juin dernier, la Jeune chambre économique française (JCEF, association-réseau de citoyens actifs) l'a récompensé du prix du Leadership et accomplissement dans l'éducation. En effet, Joachim Mendy a mis à profit sa propre expérience pour aider les jeunes en difficulté. Créée en 2003, sa TPE spécialisée dans les nettoyages de vitres et la peinture de façades, compte aujourd'hui huit salariés, dont deux jeunes apprentis. « Je les forme à ma façon. Ils commencent au bas de l'échelle puis acquièrent des responsabilités au fur et à mesure. Aujourd'hui, de manière générale, les jeunes sont mal orientés, alors qu'il faut leur consacrer du temps, leur faire découvrir des métiers et les sensibiliser au monde de l'entreprise », affirme le dirigeant. La plupart des jeunes qu'accueille Septième Ciel, pour leur donner une chance, sont issus de quartiers populaires, certains sont même déjà passés devant le juge pour enfants. Un juste retour des choses pour Joachim Mendy qui n'oublie pas les années passées.

BIO EXPRESS

1977
Naissance au Sénégal
1996 - 1997
Formation en alternance des métiers à risque au sein de l'entreprise Tetra
1997 - 2002
Employé dans l'entreprise Tetra
2003
Création de Septième Ciel
2010 à 2011
Président de l'association sportive Football Club de la Beaucaire
Juin 2011
Obtention du prix du Leadership et accomplissement par l'éducation, décerné par la JCE

SES PREMIERES FOIS

La première association que vous avez dirigée?
J'ai été élu président de l'association sportive du Football Club de La Beaucaire en 2010. Auparavant, j'y étais éducateur. J'y ai développé l'aspect social, autour du sport et d'ateliers thématiques: nettoyer les terrains ou la plage, repeindre les murs tagués, protéger la nature... Il faut sensibiliser les jeunes à leur environnement. Malheureusement, je passe bientôt la main à mon adjointe, car mon planning est beaucoup trop chargé.
Votre première rencontre avec l'entrepreneuriat?
Ma passion de l'entrepreneuriat, je la dois à mes proches et à ma femme notamment. C'est elle qui m'a fait comprendre que j'avais les capacités à diriger une entreprise. J'avais déjà de l'expérience avec les travaux à risques et j'ai décidé de monter mon entreprise dans ce secteur d'activité... en voyant ma voisine qui avait du mal à nettoyer ses vitres!

Quatre années dans la rue

Arrivé du Sénégal à l'âge de 12 ans, il choisit de privilégier la recherche d'un emploi à l'école. Sans succès. Quatre ans plus tard, séparé de ses proches, il se retrouve à la rue. Hébergé de temps à autre dans un foyer, ce n'est qu'à 18 ans qu'il entrevoit une première lueur d'espoir, grâce à l'association Verticale, basée à Toulon (Var). Cette dernière fait découvrir les métiers à risque aux jeunes en difficulté et prend Joachim Mendy sous son aile en lui proposant un contrat en alternance d'un an. Le jeune homme se passionne alors pour l'escalade et décroche un emploi dans l'entreprise de travaux acrobatiques, Tetra. Avec elle, il voyage sur des chantiers au Luxembourg, en Allemagne et en Suisse. En 2003, il retourne dans le sud de la France et complète sa formation en travaux acrobatiques, durant dix semaines. Puis il choisit de se lancer à son compte en créant son entreprise qu'il baptise Septième Ciel. « Au début, j'ai dû me confronter à beaucoup de portes claquées, se souvient Joachim Mendy. Jusqu'à ce que je rencontre, par hasard, un membre du Conseil général du Var qui m'a donné ma chance. » Et ce premier contrat lui permet d'en décrocher plusieurs autres et de faire grandir sa petite entreprise. Septième Ciel détient désormais les marchés de collèges, de lycées et de l'Hôtel du département à Toulon. Aujourd'hui, entrepreneur confirmé, Joachim Mendy dégage une partie de son temps pour présider le Football Club de La Beaucaire, près de Toulon, qui regroupe une dizaine de jeunes en perte de repères. « Ce sont eux et les jeunes que j'épaule dans mon entreprise qui m'aident à faire le deuil de mes années passées », confie le dirigeant. Combattant certes, il se décrit comme quelqu'un de discret qui a peur que tout ce qu'il a construit s'écroule à tout moment Aussi, a-t-il été vraiment touché par le prix de la JCEF « Ma rencontre avec la JCEF m'a beaucoup apporté, car je me suis rendu compte qu'il y a des gens qui se mobilisent pour une cause, apprécie-t-il. Ils m'ont rassuré, tant sur le plan économique qu'humain. » Joachim Mendy concourt désormais pour le trophée mondial des citoyens actifs: le Ten Outstanding Young People (Toyp). Organisé par la Jeune chambre internationale, il vise à récompenser les dix jeunes les plus brillants de la planète dans autant de catégories différentes. Le prix sera décerné en Allemagne courant octobre. Une occasion supplémentaire pour Joachim Mendy de mettre en avant ses efforts. Une belle revanche sur la vie, aussi.

SES DERNIERES FOIS

Quel est votre dernier challenge?
Faire connaître mon entreprise aux quatre coins de la France, à commencer par Paris! Par la suite, pourquoi ne pas créer des antennes régionales? Je pourrais former mes collaborateurs pour qu'ils aient de nouvelles responsabilités et qu'ils prennent en charge les contrats en dehors de la région Paca.
Quelle est votre dernière fierté?
Les difficultés financières d'une part (beaucoup de pluie durant quatre mois) et, d'autre part, de nombreux contrats ont été annulés ou reportés. Pourtant, je devais maintenir les salaires de mes collaborateurs et j'ai été à deux doigts de mettre la clé sous la porte, mais j'ai continué à prospecter, à garder le contact avec mes clients et, aujourd'hui tout cela n'est plus qu'un mauvais souvenir.