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Entre écologie et économies, il choisit l'écolonomie

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Abandon de produits toxiques, réduction des consommations d'énergie, gestion des déchets, investissement dans les énergies renouvelables... Emmanuel Druon, président de Pocheco, fabricant d'enveloppes de gestion, a tout misé sur l'écologie pour accroître sa compétitivité. Et ça paye!

L'écolonomie: Emmanuel Druon a fait de ce mot-valise (contraction d'écologie et d'économie) le fer de lance de la stratégie de développement de Pocheco. Un positionnement presque paradoxal pour cette PMI spécialisée dans la fabrication d'enveloppes de gestion, et donc gourmande en ressources naturelles. Si pour son dirigeant, s'engager pour le développement durable relève certes de sa conscience citoyenne, il s'agit aussi de réaliser des économies et de gagner en productivité. Durant plus de 15 ans, le dirigeant repense l'ensemble de sa chaîne de production. Du choix des matières premières à la rénovation de l'usine en passant par la gestion des déchets de l'entreprise et l'optimisation des machines, Emmanuel Druon ne lésine pas sur les moyens. Chaque investissement répond à trois objectifs: limiter l'impact sur l'environnement, augmenter la compétitivité et améliorer les conditions de travail des salariés.

« Pocheco est bien la preuve qu'être écologique est rentable et que les solutions sont reproductibles », s'enthousiasme son président, Emmanuel Druon. »

« Pocheco est bien la preuve qu'être écologique est rentable et que les solutions sont reproductibles », s'enthousiasme son président, Emmanuel Druon. »

Pocheco - Carte d'identité

> Activité
Fabrication d'enveloppes de gestion
> Ville
Forest-sur-Marque (Nord)
> Forme juridique
Sasu
> Dirigeant
Emmanuel Druon, 47 ans
> Année de création
1928
> Année de reprise
2008
> Effectif
114salariés


> CA 2011
22MEuros

Des enveloppes 100 % recyclables

Tout commence en 1997, lorsqu'il prend la tête de Pocheco, alors filiale du groupe Le Particulier, dirigé par son père. « Je ne trouvais pas sain de produire en détruisant. J'ai donc cherché des solutions plus durables. C'est ainsi que je suis tombé sur un fabricant de papier finlandais qui, pour un arbre coupé, en replante trois. Je n'ai pas hésité une minute. » Le dirigeant s'attaque ensuite au processus de fabrication. En moins d'un an, il abandonne l'utilisation de l'encre à base de solvant, très polluante, pour une encre à l'eau. Il remplace le plastique des fenêtres de ses enveloppes par du papier. Résultats, les enveloppes sont 100 % recyclables et l'appareil de production est optimisé. Plus propre, l'entreprise s'affranchit d'obligations réglementaires, comme la protection des sols ou le traitement des eaux usées, induites par la manipulation de produits toxiques. Emmanuel Druon régule sa production pour limiter les pertes de matières premières, trie ses détritus, traite, filtre et réutilise ses eaux usées via sa propre station d'épuration et une bambouseraie, régule la température de l'usine grâce à l'optimisation de son système de climatisation...

En 2008, il investit dans la réfection des 13 000 m2 de toiture du site. Il installe 2 000 m2 de revêtement végétal (pour l'isolation et la récupération de l'eau de pluie), pose 600 m2 de panneaux photovoltaïques, installe des ruches, crée des puits de lumière permettant d'économiser sur l'éclairage... La facture se monte à 2 millions d'euros. « Une toiture normale aurait coûté 800 000 euros, récupérables sur 20 ans. Grâce à ces aménagements, nous allons générer des économies d'énergie de 200 000 euros par an. Ce qui nous garantit un retour sur investissement d'ici à dix ans. »

Il faut dire que le dirigeant se donne les moyens de ses ambitions. Depuis 40 ans, l'intégralité des bénéfices est réinvestie dans l'entreprise et 5 % du chiffre d'affaires sont, chaque année, dédiés à la modernisation de l'usine. Le dirigeant, qui revendique ne s'être jamais versé le moindre centime de dividende, poursuit cette stratégie après avoir racheté la PMI en 2008. Si bien qu'aujourd'hui, l'entreprise dispose de 11 millions d'euros de fonds propres et de la plus forte cote de crédit de la Banque de France, lui facilitant l'emprunt. Emmanuel Druon l'affirme, « l'écolonomie nous a sauvés. Nous avons gagné en qualité et en productivité. En 15 ans, notre production annuelle est passée de 850 000 à 2 millions d'enveloppes. Aujourd'hui, nous détenons 70 % des parts de marché sur notre secteur en France, contre 50 % en 2005. » Cette démarche globale payante lui vaut de nombreuses récompenses et une visibilité médiatique qui ne faiblit pas depuis la publication de son livre Ecolonomies, entreprendre et produire autrement (lire l'encadré ci-dessous). Dont les bénéfices sont intégralement reversés à son association Pocheco Canopée Reforestation, qui oeuvre pour le reboisement du Nord - Pas-de-Calais.

ZOOM

De l'amélioration des conditions de travail de ses salariés...
Emmanuel Druon, président de Pocheco, prend très à coeur la santé de ses salariés. En renonçant à l'usage de produits polluants, il limite les risques liés au maniement de produits toxiques tout en gagnant en productivité. Les collaborateurs passent par ailleurs 30 % de leur temps de travail à se former pour « développer leur polyvalence et évoluer plus facilement dans et au-delà de leurs fonctions », écrit-il dans son ouvrage Ecolonomies, entreprendre et produire autrement.

... à l'implication de l'écosystème local
Emmanuel Druon porte son engagement bien au-delà des murs de sa PMI. En 2009, il fonde Pocheco Canopée Reforestation, association à but non lucratif et déclarée d'utilité publique, qui replante environ 7 000 arbres par an dans le Nord - Pas-de-Calais, région sous-boisée. L'entrepreneur souhaite fédérer l'écosystème local derrière ses initiatives. Parmi les projets en cours, la gestion commune des déchets avec une dizaine d'autres entreprises et la création d'une Maison de l'écolonomie pour sensibiliser le grand public. « En Californie, il y a la Silicon Valley. Ici, ce sera la «vallée de l'écolonomie»! », espère-t-il.

Rome ne s'est pas faite en un jour...

Mais l'entrepreneur se sent l'âme d'un évangéliste. « Personne ne m'a ouvertement critiqué à l'usine mais, au début, j'ai pu ressentir quelques incompréhensions. A l'extérieur, on me prenait souvent pour un illuminé et un idéaliste. 15 ans plus tard, Pocheco est la preuve qu'être écologique est rentable et que les solutions sont reproductibles. » Si bien que le dirigeant lance, en janvier 2012, Pocheco Canopée Conseil, une société B to B de conseil en écolonomie. L'entrepreneur, pas si timbré, espère susciter des vocations et surtout faire passer le message qu'en semant de l'écologie, on récolte des économies.

A LIRE

Ecolonomies, entreprendre et produire autrement
Fort de son expérience, Emmanuel Druon a publié un livre témoignage expliquant ses motivations et la stratégie de développement de Pocheco depuis plus de 15 ans. Le dirigeant ne compte pas s'arrêter là. Il prépare déjà un deuxième ouvrage...
Par Emmanuel Druon, chez Pearson, août 2012, 224 p., 21 €.