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Faut-il bannir l'alcool au bureau?

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Le code du travail prohibe la consommation d'alcool pendant les horaires de bureau. En cas d'accident, c'est donc la responsabilité pénale du dirigeant qui peut être engagée. Pourtant, attachées à la convivialité, certaines entreprises hésitent à bannir totalement l'alcool et optent pour des solutions préventives...

Pot de l'amitié, danger! Selon Jean-Paul Jeannin, alcoologue et auteur de l'ouvrage Gérer le risque alcool au travail Gérer le risque alcool au travail, éditions Chronique sociale, 2003, 24,50 Euros ), «un accident du travail sur cinq serait lié à l'alcool». Alors, faut-il bannir l'alcool au travail? La question est d'autant plus sensible que l'article L232-2 du code du travail prohibe l'introduction, et a fortiori la consommation, d'alcool au sein de l'entreprise. Bref, si l'on suit les recommandations du législateur, il faudrait arroser les pots de départ à la retraite au jus d'orange et les naissances au Champomy. Seule incartade tolérée: un peu de vin, de bière ou de cidre, au moment des repas. Bertrand Fredenucci, président de Baobaz, une agence parisienne de marketing interactif, fait partie de ces dirigeants qui ont dit «stop» aux pots alcoolisés. Sa motivation? Ne pas engager sa responsabilité en cas d'accident d'un salarié. Et pour cause. Si l'employeur laisse un collaborateur en état d'ébriété prendre le volant, il encourt une amende de 45 000 euros et jusqu'à trois ans de prison ferme en cas d'accident de la route. Quant au chauffard, il risque six points en, une amende pouvant atteindre 150000 euros et jusqu'à dix ans de prison...

Pour éviter le pire, la direction de Baobaz se charge elle-même des achats de victuailles. «C'estun moyen légitime de contrôler ce qui est consommé. Les salariés en ont été informés en réunion et, pour l'instant, pas de dérapages.» Pour les dirigeants qui ont du mal à adopter une attitude aussi tranchée, Sandro Mantovani, le président de l'association Promotion et suivi de la sécurité routière en entreprise (PSRE), préconise des solutions de transition: par exemple, la tenue de réunions d'informations sur les sanctions réservées aux conducteurs dont le taux d'alcoolémie est trop élevé. «Quand on leur parle des conséquences d'un accident en état d'ébriété, les gens réfléchissent», témoigne-t-il. Sans compter qu'un comportement anormal - injures ou tapage - sous l'emprise de l'alcool est une cause réelle et sérieuse de licenciement. Pire: si l'intéressé encadre des équipes - et a donc un rôle d'exemplarité - et que l'interdiction de consommer de l'alcool pendant le temps de travail figure noir sur blanc dans le règlement intérieur, alors l'employeur peut vraisemblablement invoquer la faute grave.

Mettre des éthylotests à disposition lors des pots peut être une bonne solution préventive. Mais vous ne pouvez forcer personne à souffler dans le ballon. L'arrêt Corona du 1er février 1980 pose que «l'éthylotest ne peut être pratiqué de façon systématique sur l'ensemble du personnel. Il est à réserver à des conditions de travail particulières (postes de sécurité)». Spécialiste des questions d'alcoolisme au travail, Jean-Paul Jeannin invite les chefs d'entreprise à se montrer vigilants: «Le dirigeant, en concertation avec les organisations représentatives du personnel et sous le contrôle de la Direction départementale du travail doit mentionner Yusage des éthylotests dans le règlement intérieur. Il doit aussi utiliser des appareils fiables et offrir au salarié visé la possibilité de demander un contre-test»

CONSTANCE RIETZLER, associée gérante de La Belle Ecole

CONSTANCE RIETZLER, associée gérante de La Belle Ecole

NON

«Boire quelques bulles fait partie de la convivialité au bureau
Dans les locaux de La Belle Ecole, on débouche le Champagne à chaque grande occasion. Un anniversaire, un gros contrat, Noël... Pour la gérante, Constance Rietzler, «l'entreprise est un lieu de vie qu'il n'est pas question d'aseptiser». L'alcool, et plus particulièrement le Champagne, ont donc droit de cité. «Cela contribue à la motivation de nos collaborateurs et à la convivialité ambiante», insiste la dirigeante de cette société parisienne enseignant l'art de vivre à la française à des particuliers et à des collaborateurs français ou étrangers. Toutefois, Constance Rietzler «encadre» la consommation d'alcool au bureau. Sans aller jusqu'à compter les verres que boit chaque salarié, elle fait attention au nombre de bouteilles servies. De plus, les pots se font en général dans l'après-midi, afin d'éviter les retours titubants.
«Et puis, il y a toujours quelque chose à grignoter», précise-telle. Avant d'ajouter qu'elle n'a jamais constaté de débordements en interne. «Nous avons déploré quelques dérapages avec des clients... L'équipe est donc sensibilisée à ce problème.»


LA BELLE ECOLE - Repères


- ACTIVITE: Ecole d'art de vivre
- VILLE: Paris
- FORME JURIDIQUE: SARL
- DIRIGEANTE: Constance Rietzler, 36 ans
- DATE DE CREATION: Novembre 2004
- EFFECTIF: 7 salariés
- CA 2007: 1 MEuros

DIDIER GEORGET, p-dg de Gape

DIDIER GEORGET, p-dg de Gape

OUI

«Plus une goutte d'alcool dans mon entreprise
Depuis maintenant quatre ans, plus une goutte d'alcool ne circule dans les locaux de Gape, une entreprise poitevine de conception et de fabrication de biens d'équipement. Ni au déjeuner, ni pour les pots. Pourquoi une interdiction aussi radicale? «L'un de mes confrères a rencontré de gros soucis à la suite d'un accident de la route d'un salarié faiblement alcoolisé. Ce jour-là, j'ai réellement pris conscience de ma responsabilité en cas d'accident. D'autant qu'à l'époque, l'un de mes collaborateurs avait pris l'habitude d'apporter du vin pour le déjeuner et, à mon goût, forçait un peu trop sur les doses...» Après en avoir discuté avec les délégués du personnel, le patron poitevin a ajouté une clause dans le règlement intérieur, stipulant l'interdiction d'introduire ou de consommer de l'alcool ou de la drogue au sein de l'entreprise. «J'ai officialisé ma décision devant l'ensemble du personnel lors de l'une nos réunions trimestrielles. Personne n'a fait de commentaires.» Désormais, jus de fruit, soda, bière sans alcool et même Champomy coulent à flot durant les pots... Toujours aussi nombreux. Toutefois, Didier Georget garde un oeil attentif sur certains salariés qu'il sait «susceptibles de braver l'interdiction. D'ailleurs, si le cas se présentait, ajoute-t-il, je prendrais les sanctions qui s'imposent.»


GAPE - Repères


- ACTIVITE: Conception et fabrication de bien d'équipements pour automatisme, robotique industrielle
- VILLE: Vouneuil-sous-Biard (Vienne)
- FORME JURIDIQUE: SAS
- DIRIGEANT: Didier Georget, 55 ans
- ANNEE DE CREATION: 1988
- EFFECTIF: 30 salariés
- CHIFFRE D'AFFAIRES 2007: 3 MEuros

EN SAVOIR PLUS

- Entreprise & Prévention: édition d'un CD-Rom de prévention «La gestion des risques alcool en entreprise»
Rens.: www.soifdevivre.com ou 01 53 43 80 75


- Aides Alcool, association de prévention en addictologie dans la région lyonnaise,
Rens.: www.aidesalcool.org ou 04 72 41 76 98