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Il fait rimer social avec rentabilité

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Momar Dieng est à la tête d'une entreprise de second oeuvre pas comme les autres. C'est une entreprise d'insertion, qui poursuit un but à la fois économique et social. Accompagner et former des jeunes en difficulté n'est pas de tout repos et a des conséquences notamment financières. Néanmoins, rentabilité et fierté sont au rendez-vous. Explications.

Momar Dieng, dirigeant d'Alliance BTP, possède un atout de taille quand il démarche les collectivités locales. Il s'agit de son statut d'entreprise d'insertion (EI), c'est-à-dire une société de droit commun dont la finalité première est sociale. Momar Dieng emploie en effet deux personnes en situation d'exclusion. Des individus en rupture avec le monde professionnel, que le dirigeant forme et accompagne dans leur nouvelle vie, aidé d'éducateurs spécialisés, en interne et de la ville d'Aulnay-sous-Bois. Ce statut d'EI lui permet de répondre aux appels d'offres comprenant des clauses dites sociales*. Un avantage qui parfois se transforme en point faible, lorsqu'il démarche les entreprises. « Cela pourrait être un argument commercial, mais je préfère ne rien dire car, dans le privé les entreprises d'insertion ne sont pas toujours bien perçues, à tort», précise-t-il. D'autant que rien ne distingue Alliance BTP des autres TPE spécialisées dans le second oeuvre, ni les tarifs, ni la qualité des prestations... Seul son état d'esprit diffère. «J'ai grandi à Aulnay-sous-Bois, où le taux de chômage est galopant, où ily a des problèmes de délinquance. Je trouve normal de pouvoir tendre la main à des personnes en difficulté. C'est ma manière d'apporter ma petite pierre à l'édifice», continue le dirigeant.

Un positionnement coûteux

Un choix courageux pour ce jeune entrepreneur, qui fait sa demande d'agrément à la Direction départementale du travail de l'emploi et de la formation professionnelle (aujourd'hui la Direccte) avant même d'avoir créé sa structure. «J'ai dû batailler durant un an pour obtenir cet agrément, peut-être que mon jeune âge était un frein. Il a fallu prouver que j'étais capable de mener ce projet d'insertion à bien», indique Momar Dieng. Son projet est finalement validé et il décroche l'agrément pour deux postes sur huit. Il obtient une aide de 9 681 euros par an et par poste équivalent temps plein. Un coup de pouce pour compenser le manque à gagner lié à la formation et à l'accompagnement, notamment social (logement, problèmes avec la justice, etc.), de ces collaborateurs. Cette aide ne compense pas en totalité le surcoût estimé à 12 000 euros par le Comité national des entreprises d'insertion. Par ailleurs, la gestion des ressources humaines n'est pas des plus aisées. «Je dois faire preuve de détermination au quotidien, concède Momar Dieng. Ce n'est pas tous les jours facile, mais le fait de pouvoir aider autrui est valorisant. La réussite sociale de ces collaborateurs a un effet boule de neige sur leur entourage. » Le jeune dirigeant se fait volontiers porte-parole des entreprises d'insertion notamment auprès du Medef. Convaincu du bien-fondé de sa démarche, Momar Dieng a déposé une demande pour 15 postes supplémentaires. Mais il n'attend pas le verdict, rendu en février, pour embaucher des personnes issues des cités avoisinantes. La réinsertion dans le monde du travail de publics en difficulté est devenue un leitmotiv pour ce dirigeant, qui devrait embaucher en CDI ses deux collaborateurs, aujourd'hui en CDDI (contrat à durée déterminée d'insertion).

* L'article 14 du Code des marchés permet de prévoir dans un marché public des clauses d'exécution favorisant l'insertion de publics éloignés de l'emploi.

ALLIANCE BTP - Repères

ACTIVITE : Second oeuvre (peinture, électricité, etc.)
VILLE : Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis)
FORME JURIDIQUE : EURL
DIRIGEANT : Momar Dieng 29 ans
ANNEE DE CREATION : 2009
EFFECTIF : 9 personnes
CA 2010 : NC

Mot clés :

Carine Guicheteau