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Il rachète l'entreprise avec les salariés

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Mise en liquidation judiciaire, Ceralep ne trouvait pas de repreneur. Cadre dans cette usine d'isolateurs électriques, Robert Nicaise décide de la racheter avec 52 autres salariés. Une opération qui a sauvé la PMI.

L'entreprise aujourd'hui

Robert Nicaise est confiant. Les résultats de Ceralep, la PMI d'isolateurs électriques qu'il dirige depuis 2004, progressent à la vitesse grand V. Entre 2006 et 2007, le résultat net a quadruplé, de 100 000 à 400 000 euros. Quant au chiffre d'affaires, il est passé de 1,8 à 4,8 millions d'euros entre 2005 et 2006 et devrait atteindre 6 millions cette année. «Nous avons fourni un énorme effort de reconquête des clients et investi dans des équipements plus modernes, qui nous ont permis d'augmenter notre capacité de production», explique fièrement Robert Nicaise, qui compte, parmi ses clients, de grands groupes multinationaux.

A SAVOIR

- SCOP, MODE D'EMPLOI
La Scop (Société coopérative de production) est une SA ou une SARL dont les salariés détiennent au moins 51% du capital. De ce fait, ils partagent les risques et les grandes décisions, telles que la désignation des dirigeants, les orientations stratégiques, l'affectation des résultats.

Sa crise

Pourtant, l'entreprise a connu des heures critiques. Née en 1921, Ceralep, filiale de Schneider, est rachetée, en 2000, par un fonds de pension américain, PPCI. Lequel va délaisser l'usine drômoise. «La direction commerciale a été transférée au siège social européen du groupe, en Autriche, afin de récupérer la clientèle de Ceralep et les commandes ont été confiées à d'autres centres de production européens», explique Robert Nicaise, alors responsable de la sécurité au sein de la PMI de Saint-Vallier. L'activité est en chute libre. «Entre 2001 et 2003, la production a diminué de moitié et beaucoup de clients sont partis à la concurrence», relate l'ancien cadre de Ceralep. Conséquence? En 2003, les pertes s'élèvent à 4 millions d'euros. En septembre de la même année, la PMI de 130 salariés est placée en redressement judiciaire.

@ E

CERALEP

- ACTIVITE: Fabrication d'isolateurs électriques
- VILLE: Saint-Vallier (Drôme)
- FORME JURIDIQUE: Scop
- DIRIGEANT: Robert Nicaise, 57 ans


Repères


- ANNEE DE CREATION: 1921
- EFFECTIF: 53 salariés
CHIFFRE D'AFFAIRES 2006: 4,8 millions d'euros
- RESULTAT NET 2006: 120 000 euros

Son rebond

Sans repreneur, l'entreprise est sur le point de mettre la clé sous la porte. Mais Robert Nicaise ne peut se résoudre à voir s'envoler le savoir-faire de Ceralep. Ce syndicaliste CGT, secré taire du comité d'entreprise, a l'idée de constituer une Scop (Société coopérative de production, voir l'encadré ci-contre) pour racheter la société avec le personnel de l'usine. Une initiative aussitôt suivie par 52 salariés. Afin d'assurer la garantie financière de l'entreprise, Robert Nicaise doit constituer un capital social de 100 000 euros, condition exigée par l'Union générale des Scop. Sur leurs deniers personnels, les salariés se constituent un pécule de 52 000 euros.

Insuffisant. Le comité d'entreprise de Ceralep lance alors un appel public à l'épargne dans la région. Quatre semaines plus tard, le Conseil général de la Drôme, quelques communes de la région ainsi que 800 particuliers adhèrent à l'association «Les amis de la Scop» et injectent les 48000 euros manquants. «Cet apport a permis de présenter au tribunal de commerce de Romans un dossier de reprise en Scop, en avril 2004», se souvient Robert Nicaise, qui prend alors la tête de Ceralep. Le nouveau dirigeant et les 52 salariés de l'usine se partagent 80% du capital, le reste étant détenu par «Les amis de la Scop». Grâce à la caution financière de l'Union générale des Scop, l'usine décroche des prêts bancaires à hauteur de 800 000 euros, ce qui lui permet de se constituer un fonds de roulement. Mais il reste à reconquérir les anciens clients. «Les deux commerciaux de Ceralep sont allés rencontrer nos 130 anciens clients.» Un travail de longue haleine qui porte ses fruits. Aujourd'hui, l'usine drômoise gère un portefeuille de quelque 150 clients, parmi lesquels Nexans, ABB, Siemens, Areva et EDF. Et le président de Ceralep a des projets pleins la tête. Le dernier en date? Diversifier ses activités vers l'enfouissement des déchets radioactifs. D'ailleurs, Ceralep vient de conquérir un nouveau client: le Commissariat à l'Energie Atomique. Le début d'une longue série?

Mot clés : euro

Stéphanie Fontana-Bérard