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Il tend la main à un détenu

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Les portes du pénitencier se sont ouvertes, le temps d'un après-midi, pour permettre une rencontre entre détenus en quête d'insertion et chefs d'entreprise prêts à les embaucher. L'occasion pour Thierry Danjou, dirigeant d'une entreprise du bâtiment, d'accueillir un détenu en CDD.

D'un côté, une trentaine de chefs d'entreprise, de l'autre une centaine de candidats à la recherche d'un poste. De courts entretiens en face-à-face se tiennent dans des boxes. La description pourrait s'apparenter à une ordinaire cession de recrutement lors d'un salon professionnel. Pourtant, tout se passe... dans un pénitencier.

Les candidats en question sont des détenus en quête de réinsertion. Parmi les chefs d'entreprise, se trouve Thierry Danjou, dirigeant de Danjou Peinture, une PME de 40 salariés spécialisée dans la peinture en bâtiment. Il participe pour la première fois au forum pour l'emploi à la prison de Vezin-le-Coquet (Ille-et-Vilaine) . Comme ses compères, il se présente, lui et son entreprise, et explique le profil qu'il recherche: un peintre en bâtiment avec une ou deux années d'expérience. « Les détenus n'ont aucun a priori. Ils veulent s'en sortir et se livrent rapidement. Les profils que nous rencontrons sont similaires à ceux que nous aurions sur un salon plus traditionnel », note Thierry Danjou.

Une identité secrète

Le chef d'entreprise discute avec dix détenus, dont l'un de ses anciens intérimaires! Son choix se porte donc tout naturellement sur lui. Quinze jours plus tard, ce candidat atypique passe un nouvel entretien de deux heures avec Thierry Danjou. Accompagné de son assistante sociale, tout se déroule dans les locaux de l'entreprise. Le détenu repart avec la promesse d'un CDD de trois mois, qui doit débuter dans une semaine. « C'est à nous chefs d'entreprise de donner un coup de main, estime Thierry Danjou. Toutefois, pour que ce salarié puisse travailler plus librement, je joue la carte de la discrétion. Seuls trois ou quatre collaborateurs sont au courant de la situation particulière du nouvel arrivant. » Ce dernier, en effet, doit encore rentrer chaque soir à la prison. « C'est peut-être la limite de cette formule: il y a une vraie pression pour qu'il soit à l'heure chaque soir à la maison d'arrêt », confie Thierry Danjou. Autrement, le détenu est un salarié comme les autres. Formé par son chef d'équipe, il fait preuve d'une grande motivation, dans l'espoir d'une remise de peine plus rapide. Thierry Danjou est-il prêt à retenter l'expérience ? « Oui, bien sûr. Mais attention, nous ne sommes pas une entreprise d'insertion. Il vaut mieux suivre un détenu à la fois et le «fondre» dans la masse salariale », nuance le dirigeant.

Président de la Fondation agir contre l'exclusion (Face) depuis quelques mois, Thierry Danjou est très sensible à l'insertion des populations en difficulté. « Il y a beaucoup à faire. Je pense notamment aux jeunes diplômés bac + 5 issus des zones dites «sensibles» : souvent, ils envoient des CV aux sociétés... mais ne reçoivent jamais de réponse. » Sa solution ? Favoriser les stages en entreprise. Pour que le monde des PME s'ouvre à tous.

Thierry Danjou (en médaillon) souhaite tenir secrète l'identité du détenu qu'il a embauché pour ne pas perturber les équipes.

Thierry Danjou (en médaillon) souhaite tenir secrète l'identité du détenu qu'il a embauché pour ne pas perturber les équipes.

- DANJOU PEINTURE - Repères

- ACTIVITE: Travaux de peinture
- VILLE: Chartres-de-Bretagne (Ille-et-Vilaine)
- FORME JURIDIQUE: SARL
- DIRIGEANT: Thierry Danjou, 55 ans
- ANNEE DE CREATION: 1991
- EFFECTIF: 40 salariés
- CA 2010: 2,5 MEuros

Mot clés :

Céline Tridon