Mon compte Devenir membre Newsletters

Investir son couple dans l'entreprise

Publié le par

Créer une entreprise quand on est en couple, cela peut paraître plus facile. C'est aussi un pari risqué, lorsqu'on connaît l'espérance de vie des unions et celle des jeunes entreprises. Le jeu en vaut pourtant la chandelle, quand le tandem partage la même passion d'entreprendre.

«Je n'aurais jamais sauté le pas sans lui», confie Nathalie Lebas. Avec Louis-Marie Vautier, son compagnon et associé, elle a fondé, en 2004, «Attitude Développement», qui conçoit une ligne de prêt-à-porter écologique sous la marque Ekyog. Après six ans de vie commune, le couple quitte Paris pour retourner à sa Bretagne natale et créer un projet «porteur de sens». «Pour se lancer dans une aventure aussi risquée que la création d'une entreprise, il vaut mieux que le couple ait déjà testé sa solidité», affirme Fabienne Puons, directrice dAthéna Ressour ces Humaines, un cabinet de coaching qui compte parmi ses clients plusieurs cas d'entreprises «conjugales». Comme pour un bébé, le projet d'entreprise ne doit surtout pas être une compensation, ou une tentative de sauver le couple. Compter quelques années de vie commune à son actif est donc une première garantie de la pérennité de l'affaire. Pour Bertile Burel et Jacques Blouzard, le déclic a eu lieu pendant le voyage de noces, en 2003. «Nous sommes partis pour un tour du monde de six mois, relate Bertile Burel. Nous étions ensemble 24 heures sur 24 sans jamais nous marcher dessus: ça nous a donné envie de travailler en couple.» Une année de gestation plus tard est née Wonderbox, une entreprise qui commercialise des coffrets- cadeaux. «Si nous avions dû nous investir autant dans des carrières professionnelles séparées, notre couple en aurait certainement pâti, estime Bertile Burel. Tandis qu'aujourd'hui, nous avons le même rythme, les mêmes préoccupations et les mêmes priorités.» Se dépenser sans compter pour un projet commun peut donc être également une manière de consolider le couple, à condition, naturellement, que les deux époux soient bien en phase.

Pas facile de décrocher. «il faut surtout éviter que l'un exerce une pression sur l'autre», met en garde Christine Morel. Et d'évoquer ce dirigeant d'une société de services qui empêche sa femme et associé de se séparer de son téléphone portable, au cas où un client appelle. «Le risque est de ne plus avoir de moments d'intimité, d'être perpétuellement happés par le travail», poursuit la conseillère conjugale. Elle préconise aux couples de se fixer des règles strictes pour bien séparer vie de famille et vie professionnelle: «Evitez de parler de l'entreprise à table, et ménagez-vous des coupures pendant les week-ends» Bâtir une muraille de Chine entre le bureau et la maison, ce n'est pas vraiment la recette appliquée par Nathalie Lebas et Louis-Marie Vautier «La création d'une entreprise est un projet de vie à part entière, s'enthousiasme la jeune dirigeante de 33 ans Nous commençons à parler du travail au petit-déjeuner et nous continuons jusqu'au dîner C'est notre fille de quatre ans qui nous rappelle à l'ordre» Entre les banquiers, les actionnaires et les salariés, pas facile de décrocher «Nous avons essayé de nous interdire d'appeler le bureau pendant les vacances, raconte Nathalie Lebas Peine perdue, chacun appelait en cachette pour avoir des nouvelles.» Un investissement à temps plein heureusement récompensé par une belle croissance, puisque leur société compte aujourd'hui 22 salariés (contre deux au départ) et affiche un chiffre d'affaires d'1,6 million d'euros.

Répartition des rôles. Est-ce à dire qu'une entreprise créée par un couple a plus d'atouts pour réussir qu'une PME classique? «Les entreprises conjugales ne sont pas forcément plus performantes, tempère Fabienne Puons L'engagement du couple est souvent contrebalancé par une difficulté à déléguer et un management plus paternaliste, et donc moins rationnel.» D'où l'importance d'une répartition des rôles claire et formalisée et la définition de champs d'action bien distincts C'est le cas dans le couple formé par Yves Casile et Nathalie Chaize, qui ont créé, en 1985, la société C347, plus connue à travers sa marque de vêtements féminins, Nathalie Chaize.

A lui, la gestion financière et commerciale A elle, la création Pourtant, cela n'en fait pas vraiment une PME comme les autres «La force de notre entreprise, c'est d'abord notre couple, et ensuite notre passion partagée pour le métier de la mode», insiste Yves Casile, qui a abandonné la création, il y a douze ans, pour se consacrer exclusivement à la gestion D'ailleurs, la complicité du duo est telle qu'elle ne laisse pas de place à un management intermédiaire «Nous avons essayé de recruter des cadres pour nous seconder, mais ça ne correspondait pas à notre mode de fonctionnement», avoue Yves Casile Car chez C347, les décisions se prennent et s'assument à deux «Nous avons la chance d'échapper à la solitude du chef d'entreprise», conclut Yves Casile Avec la sérénité qu'autorisent ses vingt- deux ans d'expérience.

NATHALIE LEBAS ET LOUIS -MARIE VAUTIER, dirigeants d'Attitude Développement

«La création d'une entreprise est un projet de vie à part entière.»

YVES CASILE ET NATHALIE CHAIZE, dirigeants de C347

«Nous avons la chance d'échapper à la solitude du chef d'entreprise.»

MEMO
Quel régime matrimonial?

Si la séparation de biens met à l'abri le conjoint associé, la communauté peut sembler plus juste.


1
UN REGIME SEPARATISTE POUR PROTEGER L'AUTRE
Le régime de la séparation de biens est le plus fréquemment adopté par les mariés unis en affaires. Son principal avantage est de mettre les biens du conjoint qui n'est pas chef d'entreprise à l'abri du risque professionnel. En revanche, en cas de divorce, si l'un des époux n'est pas associé, il risque de tout perdre, car dans le cadre de ce régime, bénéfices et plus-values réalisées par l'entreprise tombent dans le seul patrimoine de celui qui en est propriétaire. Le conjoint qui a joué un rôle important dans le développement de la société n'a alors pour seul recours que de demander une prestation compensatoire.


2
UNE COMMUNAUTE DE BIENS POUR UNIR LES TALENTS
S il existe une véritable jonction des talents des époux, le régime de la communauté légale, qui prévoit que les conjoints bénéficient ensemble des biens acquis depuis le mariage, semble plus juste. Par ailleurs, en cas de décès de l'un des époux, la totalité des biens revient à l'autre, ce qui évite d'avoir des droits de succession à payer. Au-delà de ces quelques règles, le régime matrimonial doit s'adapter à révolution du patrimoine professionnel, mais aussi familial du chef d'entreprise, et peut donc changer en cours de route. Notez tout de même qu'un changement de régime a un coût, qui oscille entre 2 500 et 3 000 euros.

Mot clés : projet |

Houda El Boudrari