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L'affacturage inversé, une solution anti-crise?

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Dans les relations entre fournisseurs et donneurs d'ordres, l'affacturage inversé (ou reverse factoring) gagne doucement du terrain. Ce système, qui consiste à payer en avance le fournisseur, est particulièrement intéressant pour les PME qui souhaitent recevoir le solde de leurs factures au plus vite.

Vous êtes le fournisseur d'un grand donneur d'ordres? Le reverse factoring peut vous intéresser. Que permet-il? D'être payé tout juste 48 heures après l'émission de vos factures. Un rêve? Non, une réalité. Le reverse factoring (ou affacturage inversé, en français) est une appellation un peu barbare pour une solution qui en arrange plus d'un.

Concrètement, comment se déroule l'opération? Votre client, un grand groupe généralement, passe commande pour une marchandise ou un service. Vous lui adressez votre facture, qui sera automatiquement retransmise à une société d'affacturage. C'est cette dernière qui se charge de vous régler le plus rapidement possible (en général sous deux jours ouvrés). Le client, quant à lui, payera la société d'affacturage à échéance convenue de la facture que vous lui avez envoyée. Ainsi, comme dans l'affacturage classique, le contrat est établi entre trois parties: le donneur d'ordres, le fournisseur et la société d'affacturage (ou l'établissement bancaire dans certains cas). Mais la ressemblance s'arrête là. Alors que dans l'affacturage traditionnel, ce sont les fournisseurs qui démarchent l'établissement financier pour être payés par anticipation, là, ce sont les clients qui sollicitent le factor pour mettre à la disposition de leurs fournisseurs un système pour qu'ils soient payés plus tôt. Les fournisseurs volontaires n'ont alors qu'à signer une convention de cession de créances, qui va autoriser le factor à financer les factures validées comme bonnes à payer. Pour Philippe Lepoutre, directeur général de CGA (Compagnie générale d'affacturage, filiale de la Société Générale), il s'agit d'un système gagnant-gagnant. « D'un côté, le donneur d'ordres préserve sa trésorerie à court terme puisqu'il ne sort les fonds qu'ultérieurement, explique-t-il. De l'autre, le fournisseur traitant en direct avec l'établissement financier, est assuré d'être payé plus vite. » Un atout confirmé par Valérie Gaultier, consultante en gestion de BFR: « Le but du reverse factoring est de faire bénéficier un fournisseur, généralement une petite structure, de meilleures conditions de règlement. » C'est donc une solution avantageuse pour les PME, qui peuvent choisir de bénéficier, ou non, des avantages du reverse factoring, moyennent des frais (lire encadré ci-dessus). En effet, vous pouvez choisir soit de «programmer» le paiement systématique de vos factures par ce biais, soit de demander un règlement à la carte, qui ne concerne que quelques-unes de vos factures. Tout dépend des termes entendus dans le contrat de reverse factoring passé avec le donneur d'ordres et le factor. « Avec ces sommes mises à sa disposition, le fournisseur peut même demander à l'établissement financier de solder directement ses créances », ajoute Philippe Lepoutre (CGA).

Sans oublier l'argument «pratique» du système (l'information transitant par une plateforme dématérialisée et protégée par un mot de passe propre à chaque utilisateur), vous pouvez, d'un coup d'oeil, consulter vos factures, connaître celles qui sont déjà réglées, celles qui le seront prochainement, etc. Vous pourrez ainsi piloter votre trésorerie, voire anticiper les litiges: si une facture n'apparaît pas sur l'écran, pourquoi?

Une somme déblocable à tout moment

Avec autant d'avantages, le reverse factoring, forcément, gagne du terrain, même s'il reste encore très peu répandu. L'Observatoire des délais de paiement a dressé un rapide état des lieux dans son rapport 2011. Aussi, sur un marché de l'affacturage évalué à 150 milliards d'euros en France, seuls 15 milliards d'euros de créances sont payées par le biais du reverse factoring en 2010. Ce qui représente tout de même une progression de 30 % par rapport à l'année 2009. « C'est encore un produit en phase de décollage, mais qui séduit, surtout par les temps actuels où il devient de plus en plus difficile de trouver des financements », commente Philippe Lepoutre (CGA). Adapté à la loi de modernisation de l'économie (LME) qui impose aux entreprises, depuis le 1er janvier 2009, de régler leurs factures à 60 jours, le recours au reverse factoring devrait croître rapidement. Pour l'instant, les PME ne peuvent bénéficier du reverse factoring que dans la position du fournisseur. Pourquoi? Car il existe une condition sine qua none pour que le système fonctionne: « La solidité financière de l'acheteur, car ce programme génère une concentration de risques sur celui-ci », affirme Philippe Lepoutre (CGA). Autrement dit, le donneur d'ordres doit présenter des niveaux de garantie compris entre 20 et 30 millions d'euros, auxquels s'ajoute une obligation de volume d'achats qui se situe généralement aux alentours de 30 millions d'euros par an.

Valérie Gaultier, consultante en gestion de BFR

Le but est de faire bénéficier un fournisseur de meilleures conditions de règlement. »

ZOOM. Soyez attentif aux termes du contrat d'affacturage inversé

La contractualisation d'un système de reverse factoring incombe à la société d'affacturage, selon les modalités vues avec le donneur d'ordres. A partir de l'instant où il accepte d'être payé par ce biais, le fournisseur ne peut, quant à lui, négocier les modalités du contrat, il doit les accepter telles quelles. De plus, aussi idéale semble-t-elle, la solution du reverse factoring n'est pas gratuite.
Elle induit certains frais, qui diffèrent selon les établissements financiers. Aussi, avant de vous engager, surveillez quelques points, notamment les frais de commission de paiement: en demandant le solde de vos factures en avance, vous serez prélevé de frais de commission situés entre 0,5 et 1 % du montant versé (cette somme fait partie de la rémunération du factor, qui prélève, côté donneur d'ordres, une commission de services comprise entre 0, 1 et 0,7 %). « Puisque le fournisseur ne peut pas décider du montant des différents frais, il est important de s'assurer qu'ils n'évoluent pas dans le temps », met en garde Valérie Gaultier, consultante en besoin de BFR.

CE QU'IL FAUT RETENIR

- Le reverse factoring, ou affacturage inversé, est généralement instauré à la demande du donneur d'ordres (souvent un grand groupe)qui met en place un contrat avec la société d'affacturage. Au fournisseur, alors, de donner son accord ou non quant au règlement par ce biais.
- Avec le reverse factoring, le fournisseur est payé rapidement (deux jours ouvrés environ) par un factor, lui-même réglé à échéance de la facture par le client.
- La solution du reverse factoring est le plus souvent dématérialisée: tout transite par une plateforme sécurisée et protégée par un mot de passe personnel.