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L'image des dirigeants en souffrance

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Plus d'un Français sur deux jugerait justifiées les séquestrations de patrons. Au-delà de la solidarité entre salariés, l'image du patronat français risque de pâtir de ce contexte social tendu.

Les séquestrations de patrons se multiplient en France. Chez Scapa dans l'Ain, 3M dans le Loiret, Molex en Haute-Garonne, Caterpillar en Isère, Sony dans les Landes... Les patrons d'usines ont été retenus de force par des salariés ou des syndicalistes à bout de nerfs. Signe que le fossé se creuse entre collaborateurs et patrons, plus d'un Français sur deux juge ces actions radicales justifiées, selon un sondage BVA pour BPI- Les Echos-France Info, publié le 15 avril dernier.

Certes, cette radicalisation de l'opinion n'est pas sans lien avec les scandales des bonus exorbitants empochés, en pleine crise économique, par les dirigeants de certaines entreprises aidées par l'Etat. Mais elle est préoccupante dans la mesure où elle traduit un risque d'amalgame entre les patrons - souvent salariés - d'entreprises du Cac 40 et les centaines de milliers d'entrepreneurs, patrons de PME, actionnaires de leur affaire et percevant des revenus modestes, que compte notre pays. Une confusion qui inquiète la Confédération générale du patronat des PME (CGPME). «Bonus, stock-options et autres parachutes dorés ne concernent pas les PME», soulignait l'organisation patronale dans un communiqué daté du 1er avril. En 2008, le salaire net annuel moyen d'un chef d'entreprise de moins de 250 salariés était de 52 700 euros, soit moins de 4 400 euros par mois, d'après une enquête de l'Insee pour la CGPME... C'est-à-dire 100 fois moins que celui d'un dirigeant d'une entreprise cotée en Bourse, compris entre 5 M Euros et 7 M Euros sur la même période (bonus et stock- options compris).

Un comité des sages. Pour tenter d'encadrer cette question sensible de la rémunération des patrons, un comité des sages vient d'être créé par le gouvernement, suivant la proposition du mouvement Ethic (Entreprises de taille humaine indépendantes et de croissance). Ce conseil supérieur indépendant planchera sur des propositions d'encadrement des rémunérations des dirigeants. D'abord réticente, la présidente du Medef, Laurence Parisot, a finalement accepté, début avril, de porter le projet. A l'heure où nous mettons sous presse, l'organisation patronale, aidée de son comité d'éthique et de l'Association française des entreprises privées (Afep), qui regroupe les grandes entreprises cotées, n'avaient pas encore décidé de la composition de la future instance, ni défini ses missions. Mais les responsables du Medef auraient plaidé pour que le comité émette de simples recommandations, sans fixer de normes, d'obligations, ni de sanctions. «Si les règles d'autodiscipline ne s'avèrent pas suffisantes ou si les circonstances le justifient, l'Etat interviendra», a cependant prévenu la ministre de l'Economie, Christine Lagarde, le 16 avril, devant un parterre de 200 dirigeants.