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La langue française en perdition

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«Aurélie, m'avez-vous forwardé l'e-mail de notre outsourcer en supply-chain concernant sa nouvelle politique de pricing?» Ce langage vous paraît abscons? Alors, peut-être préférez-vous cette version, moins tendance mais ô combien plus limpide: «Aurélie, m'avez-vous transmis le courrier électronique de notre prestataire logistique concernant sa nouvelle politique tarifaire?» Le monde de l'entreprise est atteint d'une étrange maladie: l'anglicismophilie. Les comptables ne parlent plus de résultat d'exploitation mais d'«operating profit»; les grands clients ne sont plus des comptes-clés mais des «key accounts» et, sans le savoir, vous vous êtes livré à un «shopping review» lorsque vous avez inspecté les vitrines de votre secteur d'activité, aux Etats-Unis, pendant vos dernières vacances.

STEFANIE MOGE-MASSON Directrice de la rédaction

STEFANIE MOGE-MASSON Directrice de la rédaction

Protestant contre cette dictature linguistique de la langue de Shakespeare, divers syndicats, dont la CFTC et la CGT, viennent de fonder un collectif revendiquant le «droit opposable de travailler en français». Leur mot d'ordre? L'usage intempestif de la langue anglaise en entreprise serait constitutif, selon eux, d'une nouvelle forme de discrimination, susceptible de nuire à l'emploi. Aussi excessive fût-elle, la remarque ne manque pas d'intérêt. Car force est de constater qu'au milieu de ces acronymes barbares et de ces néologismes anglo-saxons, le dirigeant francophone moyen risque fort d'y perdre son latin... Sans parler de son assistante quinquagénaire qui, perdue entre CRM et ERP, tente vainement de décrypter les messages codés de l'employé de la hot-line - pardon, de l'assistance téléphonique. «Ce qui se conçoit bien s'énonce clairement et les mots pour le dire arrivent aisément», écrivait, il y a trois siècles, le poète Boileau. Mais peut-être, justement, l'opacité des mots sert-elle, parfois, à dissimuler certaines incompréhensions...