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Le dépôt de bilan: un marquage au fer rouge!

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Solic, ma petite entreprise, a connu la crise et elle s'en est sortie. Mais, malgré une gestion saine, elle reste, tout comme moi, stigmatisée par son dépôt de bilan. Une situation ubuesque...

Je ne suis pas adepte de la langue de bois. J'ai d'ailleurs confessé toutes mes fautes dans un livre baptisé Ma petite entreprise a connu la crise. En effet, Solic, le cabinet de conseil en ressources humaines que je dirige, a été touché de plein fouet par les turbulences économiques entraînant des licenciements et un dépôt de bilan, en juin 2009. Une épreuve terrible.

Aujourd'hui, la zone de risque s'est éloignée pour Solic. Après une phase d'observation de six mois, le tribunal de commerce a validé notre plan de continuation. Preuve que notre gestion était suffisamment saine pour espérer un redressement rapide. Pourtant, nous traînons ce dépôt de bilan comme une croix. Notre redressement est notamment entravé par deux dispositions stigmatisantes: liées au K Bis et à la Banque de France. Pour ce qui est du K Bis, vous devez en présenter une version spécifique pour répondre aux appels d'offres, et ce jusqu'à la fi n de l'apurement de la dette. Ainsi, pendant cinq, huit, voire dix ans, ce document détaille les points de fragilité passés de l'entreprise. Or, non contextualisées, ces données ont un effet dévastateur sur les clients potentiels. Deuxième stigmate: l'indicateur dirigeant de la Banque de France. Suite au dépôt de bilan, et jusqu'à la fin du plan de continuation, je suis fiché à la Banque de France. Théoriquement, je peux emprunter, mais dans les faits, aucune banque ne prend un tel risque. Les banques sont des soutiens précieux quand tout va bien, mais ce n'est plus le même refrain quand les choses vont mal. Le revirement a été spectaculaire en ce qui me concerne. Les banques préfèrent lâcher une entreprise en difficulté plutôt que de consacrer du temps et des moyens à trouver des solutions appropriées. C'est d'ailleurs pourquoi le plan de sauvetage des PME de 2008 était une coquille vide. Pour solliciter les financements publics, l'entreprise devait d'abord recueillir l'accord de sa banque de tutelle. Allez expliquer à votre banquier que vous avez besoin d'argent parce que vous êtes au plus mal: je doute qu'il vous maintienne longtemps sa confiance...

Bref, le dépôt de bilan n'est pas un acte de gestion ordinaire. Pourtant il devrait l'être! Or ce dispositif est très mal connu des chefs d'entreprise, les principaux concernés! La formation et l'information font cruellement défaut, alors que la procédure est lourde et complexe. En outre, les termes employés sont anxiogènes. Redressement, liquidation, procédure judiciaire: des mots qui donnent le sentiment d'être mis en accusation, alors que le dépôt de bilan vise à offrir une seconde chance à l'entreprise. Mais quand on en prend conscience, il est souvent trop tard. En France, à peine plus de 2 % des entreprises en redressement judiciaire s'en sortent, un taux dramatiquement faible. Mon combat désormais est de tout faire pour que les dirigeants, de PME notamment, ne soient plus seuls face à leurs difficultés, et que la législation évolue vers plus de simplicité et d'efficacité.

Nicolas Doucerain Dirigeant de Solic Groupe

Bio express

Nicolas Doucerain dirige le groupe Solic, cabinet de conseil en recrutement et en ressources humaines. Frappée par la crise, son entreprise est placée en redressement judiciaire en juin 2009. Il tire de cette expérience un livre témoignage, franc et sans tabou, Ma petite entreprise a connu la crise (François Bourin Editeur, 2011).

Mot clés : actions |

NICOLAS DOUCERAIN