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Le travail jusqu'à 70 ans, un atout pour les PME?

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A partir du 1er janvier 2010, tout salarié pourra travailler jusqu'à 70 ans sans que son employeur puisse s'y opposer. Est-ce une bonne nouvelle pour les PME?

Encourager les salariés à travailler plus longtemps. C'est l'ambition de l'amendement à la loi de finance de la Sécurité sociale, voté par les députés et les sénateurs en novembre 2008 et qui entrera en vigueur au 1er janvier 2010 (avec une période transitoire en 2009). Ce texte permettra aux salariés qui le souhaitent de travailler jusqu'à 70 ans, soit cinq ans de plus que l'âge légal actuel. Concrètement, une entreprise ne pourra plus s'opposer à ce qu'un salarié travaille jusqu'à ses 70 ans. Chaque année, à partir du 65e anniversaire de ce collaborateur, l'employeur devra lui demander s'il souhaite conserver son emploi. A noter que l'âge légal à partir duquel un collaborateur peut prendre sa retraite, lui, ne change pas: il reste fixé à 60 ans dans le secteur privé.

Portée par Xavier Bertrand, ministre du Travail de l'époque, cette réforme vise, d'une part, à encourager l'emploi des seniors et, d'autre part, à alléger le déficit du régime des retraites. Parallèlement, elle permet aux salariés d'atteindre plus facilement leurs 41 annuités de cotisations pour obtenir une retraite à taux plein.

Le projet a, pourtant, suscité une violente polémique, ainsi que de vives réactions de la part de la plupart des syndicats patronaux, notamment de la Confédération générale du patronat des PME (CGPME). Pour Jean-François Veysset, son vice-président, en charge des affaires sociales, «imposer le maintien d'un salarié jusqu'à 70 ans contre la volonté de son employeur», c'est «ouvrir la porte à toutes les dérives». L'organisation souhaitait que le travail jusqu'à 70 ans soit soumis à l'approbation du dirigeant: une entreprise est en «droit d'attendre un taux de productivité minimum» de la part de ses collaborateurs, argumente Jean- François Veysset. En filigrane, apparaît, côté employeurs, la crainte de devoir licencier, au prix fort, des collaborateurs seniors.

Une réticence que ne partage pas Laurence Parisot. La présidente du Medef a qualifié cette mesure de «premier pas historique» qui permet de «changer le regard de tout le monde sur le travail des seniors», ajoutant que travailler plus longtemps n'était pas «forcément un drame», mais «plus souvent une opportunité».

Les retraités français sont les plus jeunes d'Europe. Changer le regard sur le travail des seniors: c'est bien l'enjeu de cette réforme, dans un pays où le taux d'emploi des plus de 60 ans figure parmi les plus faibles d'Europe. Dans l'Hexagone, en effet, seuls 14,5% des 60-64 ans étaient en activité en 2007, contre 27% en Italie, 36% en Allemagne, 54% au Royaume-Uni et 62% en Suède, selon une étude réalisée par Eurostat et le Conseil d'orientation des retraites.

Les Français sont aussi les plus jeunes retraités du panel. «Ceci est particulièrement vrai chez les non-cadres. Ils font souvent un travail fatigant ou fastidieux, ce qui les pousse à partir tôt à la retraite, analyse Olivier Spire, président-fondateur d'un cabinet de recrutement fortement engagé dans la cause des seniors. A contrario, les cadres pourraient être tentés de travailler plus longtemps grâce à cette mesure. Une bonne nouvelle pour les entreprises, puisque le marché des cadres est très tendu.» De fait, dans notre pays, l'âge moyen de cessation d'activité est de 58,9 ans, contre 61,3 ans en Allemagne ou 62,8 ans en Suède. Il faut dire que l'âge légal d'ouverture des droits à la retraite est aussi l'un des plus faibles d'Europe. S'il est fixé à 60 ans, certains salariés peuvent partir dès 56 ans, en fonction de leur carrière et de l'âge auquel ils ont commencé à travailler. En Italie et au Royaume-Uni, l'âge légal est de 65 ans pour les hommes et de 60 ans pour les femmes. Aux Pays-Bas et en Allemagne, il est de 65 ans pour tous.

Enfin, il est évident que le recul de l'âge légal ne suffira pas à réconcilier le monde du travail avec les têtes grises. Pour ce faire, il faudrait repenser les organisations, et notamment créer des conditions de travail adaptées aux seniors. Aménagement des postes de travail, emplois du temps plus souples sont autant de pistes de réflexion. Des pistes qui sont entre les mains des entreprises elles-mêmes.

OUI
Le transfert des compétences est assuré
Eric Barroca, président de Nuxeo

«La liberté de travailler fait partie des libertés individuelles fondamentales, estime Eric Barroca, président de Nuxeo, éditeur de logiciels. Les personnes doivent se sentir libres de choisir leur vie, de continuer à être actives et de participer pleinement au développement de la société.» C'est pour cette raison que le dirigeant pense que l'amendement voté par le Parlement va dans le bon sens. Avec une nuance: pour ce jeune entrepreneur, «si un collaborateur souhaite poursuivre son activité après 65 ans, ce doit être par envie de continuer à faire son travail, en aucun cas par nécessité économique». Naturellement, Eric Barroca est conscient des contraintes que représente, pour une PME, l'emploi d'un collaborateur de plus de 65 ans: il consentirait, dans ce cas, à des aménagements spécifiques (emploi du temps, réorganisation des locaux...). Car il sait que la présence de seniors est une chance pour une petite entreprise: «C'est une opportunité hors pair d'organiser des transferts de compétences vers les équipes plus jeunes, ce qui évite de perdre une expérience précieuse.»


NUXEO - repères
- Activité: Edition de logiciels libres
- Ville: Paris (XXe arr.)
- Forme juridique: SA
- Dirigeant: Eric Barroca, 27 ans
- Année de création: 2000
- Effectif : 42 salariés
- CA 2008: 3 MEuros

NON
Un employeur est en droit d'exiger une productivité minimale
Olivier Pigois, p-dg de ABC systèmes

Le travail jusqu'à 70 ans? Olivier Pigois n'est pas franchement contre le principe, à condition que «la décision finale revienne à l'entreprise, pas uniquement au salarié». Bien sûr, au cas par cas, Olivier Pigois concède que certains salariés expérimentés puissent apporter une réelle valeur ajoutée à leur entreprise. Mais il craint que la réforme n'ouvre la porte à certaines dérives. «A 65 ans, un collaborateur n'a plus le même dynamisme qu'à 30 ans. Et dans certains métiers technologiques, qui évoluent vite, les seniors risquent de se sentir dépassés.» C'est pour cette raison que le dirigeant souhaite pouvoir donner son aval pour qu'un salarié travaille au-delà de 65 ans. «Les PME sont confrontées à une logique de forte compétitivité. Chacun de leurs collaborateurs doit être productif», poursuit-il. Enfin, pour Olivier Pigois, les jeunes diplômés ne doivent pas pâtir du maintien en poste des têtes grises: «Passé un certain âge, il faut savoir transmettre le flambeau!»


ABC SYSTEMES - repères
- Activité: Services informatiques
- Ville: Malakoff (Hauts-de-Seine)
- Forme juridique: SA
- Dirigeant: Olivier Pigois, 40 ans
- Année de création: 1995
- Effectif: 70 salariés
- Chiffre d'Affaires 2008: 13 MEuros
- Résultat net 2008: 700 kEuros