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Les à-côtés de la rémunération sont-ils utiles?

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Mutuelle, véhicule de fonction... Parmi les avantages accordés aux salariés pour les fidéliser, certains semblent payants, d'autres non. Il faut donc être prudent avant de les mettre en place et les adapter aux besoins de son équipe.

Un chef d'entreprise peut accorder une longue liste d'avantages à ses salariés, à côté de la rémunération proprement dite: des titres restaurant, un véhicule ou un logement de fonction, une mutuelle, des équipements high-tech, des bons d'achat, de l'intéressement, une formation... «Ceux-ci se révèlent efficaces pour fidéliser à partir du moment où la politique de rémunération elle- même est clairement établie, ce qui n'est pas souvent le cas dans une PME», affirme Cédric Ménétrier, consultant associé chez GW Conseil.

Pour les entreprises ne pouvant se permettre de rétribuer un salarié au-dessus des prix du marché afin de le garder, les éléments annexes au salaire fixe, sur lesquels elles paient moins de charges, s'avèrent utiles. «A condition qu'ils répondent à des besoins majeurs chez les collaborateurs, des besoins qu'ils peuvent difficilement combler eux-mêmes», poursuit Cédric Ménétrier. En région parisienne, une crèche interentreprises, par exemple, apporte un avantage de taille, perçu comme exceptionnel et pouvant donc faire hésiter à changer de travail.

Gérant de l'Hôtel La Pérouse à Nantes, Gilles Cibert a marqué un bon point auprès de ses employés lorsqu'il a abandonné les uniformes pour faire appel à un coach en image. «Celui-ci a conseillé les réceptionnistes et les femmes de chambre sur leur tenue vestimentaire et leur maquillage, en fonction de leur morphologie des conseils qui peuvent leur servir tous les jours», explique le dirigeant. L'intervention a été très appréciée, dans un secteur où les employeurs ont du mal à fidéliser leurs troupes. «Elles se sentent élégantes et ont donc tendance à être encore plus agréables auprès des clients», renchérit Gilles Cibert. Le coût de leur sourire? 4 000 e pour l'intervention du professionnel auprès de 12 salariés, plus 320 e par personne et par semestre pour les tenues, achetées dans des chaînes de magasins.

Mais comment savoir quel argument va faire mouche? Pour être certain d'intéresser ses salariés, «mieux vaut recueillir leurs souhaits avant de mettre en place quoi que ce soit, estime Laure Digne, du cabinet Azaïs, spécialisé dans la gestion des ressources humaines dans les PME. On ne fidélise pas sans concertation.»

Valoriser l'avantage. «Ce qui compte avant tout, ce sont les signes de reconnaissance que vous témoignez chaque jour à vos coéquipiers, rappelle Cédric Ménétrier (GW Conseil). Comme expliquer à votre équipe que ce sont ses efforts qui ont permis de gagner de nouveaux clients donc d'accroître le montant de la participation ou de l'intéressement.» Afin de les valoriser au mieux il conseille de récapituler une ou deux fois par an par écrit la rétribution globale du salarié avec ce que coûte sa voiture de fonction la formation qu'il a suivie etc. En effet souvent tous ces «gestes» finissent par sembler naturels. Ils comptent alors surtout comme éléments de comparaison à l'embauche et ne servent plus vraiment à fidéliser. L'expert- comptable Jean-Luc Scemama président du cabinet Expertise et Conseil prône le recours à l'intéressement: «Cet avantage fluctue selon les résultats de l'entreprise, contrairement à un acquis à charges fixes, sur lequel il est difficile de revenir.» Il représente selon lui la seule solution efficace pour fidéliser sous réserve de sélectionner des indicateurs simples faciles à calculer et des objectifs atteignables.

GHISLAIN CHAUMONT,
dirigeant de Data Syscom

«Rien n'est plus apprécié qu'une augmentation»

CONTRE

«Pour moi, les à-côtés ne sont pas réellement des outils de fidélisation», estime Ghislain Chaumont, qui dirige l'éditeur de logiciels Data Syscom. Il croit plus à l'efficacité d'une augmentation, plus valorisante pour retenir des salariés: «Outre l'ambiance de travail, ils semblent plus attentifs à la «vraie«rémunération, celle qu'ils voient chaque mois sur leur fiche de paie.» Lorsqu'il offre ce genre d'avantages à un salarié, le patron de Data
Syscom essaie de les vendre comme une gratification exceptionnelle. Mais les témoignages de reconnaissance restent rares. «Ces petits plus sont vite perçus comme des dus et tombent dans l'acquis. Il est d'ailleurs difficile de les supprimer si besoin», souligne le dirigeant, qui se méfie de ce qu'il appelle «le syndrome du «c'est normal, parce que je le vaux bien«». Certains avantages, selon lui, sont aussi vus comme des gadgets, «alors qu'ils ont un coût non négligeable dont les salariés ne se rendent pas toujours compte». Sa conclusion: «Un chef d'entreprise peut en offrir, s'il le souhaite. Cela l'aide à être concurrentiel à l'embauche, mais il ne doit pas attendre de gratitude ou une quelconque fidélité de la part de ses troupes.»

DATA SYSCOM - Repères

- ACTIVITE: Gestion de solutions éditiques
- VILLE: Le Mans (Sarthe)
- FORME JURIDIQUE: SA
- DIRIGEANT: Ghislain Chaumont, 57 ans
- ANNEE DE CREATION: 1981
- EFFECTIF: 18 salariés
- CA 2007: 2,7 millions d'euros
- RESULTAT NET 2007: 50 000 euros

Rémy Palet, dirigeant de Buroclean et de dépanhome

«Ces petits plus incitent les collaborateurs à rester»

POUR

Un turnover inférieur à 2% par an. Fidèles à leur employeur, depuis le début de son activité à la fin 2003, les techniciens de Dépanordi - nom commercial des sociétés de dépannage d'ordinateurs Buroclean et Dépanhome - semblent apprécier leurs avantages: une prime mensuelle fixée en fonction des ventes réalisées mais aussi, et surtout, un scooter de fonction. Le dirigeant, Rémy Palet, estime que ce dernier contribue à la stabilité des salariés, qui y sont très attachés: «C'est un avantage en nature considérable, qui leur change la vie, notamment parce qu'il raccourcit leur temps de trajet domicile-travail.» Pour marquer le coup, ils n'y ont droit qu'à la fin de leur période d'essai.
Par ailleurs, afin de coller à leurs attentes, plutôt que des titres restaurant dont ils n'ont pas voulu, le chef d'entreprise leur a proposé de bénéficier de prix négociés à la source pour le matériel informatique, de 40% inférieurs à ceux destinés aux clients. Un moyen pour l'employeur d'assouvir leur passion et donc de les satisfaire. «Mais le plus efficace reste la formation», considère Rémy Palet. Intégrée et continue, elle permet aux techniciens de se mettre à niveau, en moyenne tous les trois mois, sur les nouveaux produits et d'évoluer en acquérant des connaissances en management, marketing, gestion... Preuve que les à-côtés sont efficaces, les premiers rentrés sont devenus directeurs d'agence.

BUROCLEAN ET DEPANHOME - Repères

- ACTIVITES: Vente de matériel informatique (Buroclean) et dépannage d'ordinateurs et formation (dépanhome)
- VILLE: Marseille (Bouches-du-Rhône)
- FORME JURIDIQUE: SARL
- DIRIGEANT: Rémy et Sylvie Palet, 44 et 47 ans
- ANNEES DE CREATION: 2003 et 2007
- EFFECTIFS: 8 et 18 salariés
- CA 2007: 700 kEuros (Buroclean) et 1 MEuros (dépanhome, sept.-déc.)
- RESULTATS NETS 2007: 84 kEuros (Buroclean) et 270 kEuros (dépanhome, sept.-déc.)