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Les dangers d'une levée de fonds mal négociée

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Comme beaucoup d'entrepreneurs, j'ai ouvert le capital de ma société. Fin 2009, je signe pour une levée de fonds, mais en juin 2011, la société est liquidée après une bataille féroce avec mes actionnaires. En réalité, j'avais déjà scellé mon sort lors de la signature du montage financier et du pacte d'actionnaires...

Lever des fonds, quoi de plus normal pour tout entrepreneur qui rêve d'une belle destinée pour son entreprise? Ce fut mon cas avec Weekendtour, société spécialisée dans la vente de coffrets-cadeaux week-ends que j'ai créée en 2006. J'ai donc signé avec deux fonds d'investissement en 2009. 1,1 million d'euros en poche et des rêves de croissance plein la tête, je suis, dès 2010, réveillé brutalement par un écroulement massif du marché du coffret-cadeau après des années de croissance. Crise économique, fin d'un effet de mode, nos chiffres sont rapidement dans le rouge, notre cash brûlé explose. Début 2011, la décision est prise: il faut céder la société avant qu'il ne soit trop tard. Deux mois plus tard, deux acheteurs potentiels nous proposent un euro symbolique! La vente s'avère donc compromise dans une optique de retour sur investissement pour mes actionnaires financiers. C'est à ce moment précis que mes relations avec eux ont complètement viré de bord. Nos intérêts sont antagonistes: l'investisseur souhaite arrêter au plus vite pour limiter la casse et l'entrepreneur que je suis souhaite continuer à tout prix.

Deux éléments financiers et juridiques m'ont alors empêché d'agir pour sauver ma société. Le premier concerne le montage financier et la double posture «banquier et investisseur en capital» de mes actionnaires. En effet, leur investissement s'était fait pour deux tiers en obligations convertibles et un tiers en capital. Au moment de la négociation du prix de la société avec les éventuels acheteurs, ils n'ont pas voulu céder cette dette obligataire au prix symbolique, ni même à un prix raisonnable. Ils ont maintenu leur position pendant plusieurs mois plongeant la société en cessation de paiements. Le second point concerne mon pacte d'actionnaires et la gouvernance: en très mauvaise posture financière lors de la signature de ma levée de fonds, il m'avait été imposé un droit de veto pour les actionnaires financiers au conseil de surveillance. Ils avaient donc le contrôle effectif de la société. Par conséquent, je ne pouvais les forcer à céder.

En conclusion, le véritable danger d'une levée de fonds réside dans la capacité de l'entrepreneur à bien la négocier. Les investisseurs financiers sont des professionnels et cherchent à maximiser leur retour sur investissement, quel que soit le scénario. Il faut donc être vigilant et envisager également le pire. L'entrepreneur doit se faire accompagner par un conseil afin de disposer d'une meilleure compréhension globale des enjeux du deal. Comme tout business, la levée de fonds est une histoire d'offre et de demande, il s'agit donc de faire jouer la concurrence et d'avoir le choix, si possible, entre plusieurs fonds. L'erreur est d'attendre d'être à court de cash pour lever, l'entrepreneur étant alors une cible facile. Enfin, seule la rentabilité du business sera le meilleur garant et assurera une certaine liberté avant et après l'entrée au capital des investisseurs.

Alexis Vervelle, consultant et fondateur du Gang des entrepreneurs

Alexis Vervelle, consultant et fondateur du Gang des entrepreneurs

BIO EXPRESS

Alexis Vervelle crée, en 2006, la société Weekendtour, spécialisée dans la vente de coffrets-cadeaux. Elle est liquidée le 1er juin 201 1. Aujourd'hui, il accompagne les start-up dans leur développement. Il crée, par ailleurs, le Gang des entrepreneurs qui permet à de jeunes entrepreneurs de se rencontrer, d'échanger et de partager leurs expériences.


Rens.: www.alexisvervelle.com