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Les incubateurs des grandes écoles font éclore les projets

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Réseau, coaching, partenariat avec les laboratoires: les incubateurs de grandes écoles offrent aux start-up qui y sont hébergées un environnement idéal pour partir du bon pied. Et bonne nouvelle: certains accueillent des porteurs de projets non diplômés de leur école!

Les incubateurs de grandes écoles ont de quoi faire rêver. Ces structures d'accompagnement au lancement d'une entreprise, rattachées aux grandes écoles de commerce ou d'ingénieurs, bénéficient de moyens importants: grands locaux, réseau d'anciens bien constitué, accès aux laboratoires de recherche, coach issu de l'équipe professorale... Pour les start-up, c'est le cadre idéal pour se lancer en mettant toutes les chances de son côté. Et contrairement aux idées reçues, certaines écoles acceptent dans leur incubateur des non diplômés.

C'est le cas de l'école Centrale Paris. Sur le campus de Châtenay-Malabry (Hauts-de-Seine), les locaux de l'incubateur se situent dans le même bâtiment que les laboratoires de recherche. Sur les 15 start-up hébergées dans l'incubateur, quatre sont portées par des entrepreneurs extérieurs à l'établissement. « Au départ, l'incubateur était réservé aux diplômés ou étudiants du groupe Centrale, précise Charlotte Engrand, responsable de l'incubateur. Nous avons changé la politique de recrutement en 2010 en nous fixant une seule règle: que les projets accueillis puissent intéresser nos laboratoires. » L'idée est de ne laisser de côté aucun projet intéressant sous prétexte que les entrepreneurs n'ont pas suivi d'études dans l'école. Pour le recrutement, les critères sont les mêmes que pour les diplômés: un projet mature, viable et innovant. Charlotte Engrand remarque cependant que « les externes sont en général plus vieux et ont souvent mené des travaux de recherche avant ». La période d'incubation dure d'un à deux ans, durant lesquels les entrepreneurs bénéficient d'un bureau avec accès internet et téléphone, de salles de réunion et sont suivis par un coach. Les incubés extérieurs à l'école bénéficient aussi d'avantages indirects: « Grâce au réseau de Centrale, j'ai été mis en relation avec un client potentiel », raconte Hicham Bouhmadi, créateur de Fund KIS, une solution informatique en ligne pour les sociétés de gestion. « Etre incubé à Centrale nous donne plus de crédibilité car cela signifie qu'une grande école a cru en notre projet », souligne Gilles Rasigade, fondateur de EverCad, un logiciel en ligne d'optoélectronique, qui regrette malgré tout de ne pas avoir pu créer de véritable relation avec un laboratoire de recherche de Centrale, par manque de disponibilité de ce dernier. La période d'incubation à Centrale est gratuite, mais les porteurs de projet doivent rembourser 2 000 euros par mois d'incubation dès que l'entreprise réalise un million de chiffre d'affaires.

@ © FOTOLIA / JESSMINE

 

Charlotte Engrand, responsable d'incubateur, Centrale Paris

@ © DR

Charlotte Engrand, responsable d'incubateur, Centrale Paris

Charlotte Engrand, responsable d'incubateur, Centrale Paris

« Nous avons ouvert notre incubateur aux non diplômés de l'école en 2010. Il faut que leur projet intéresse nos laboratoires. »

Gratuité à l'incubateur des Mines d'Alès

D'autres grandes écoles comme Télécom ParisTech, l'ESC Bretagne ou les Mines d'Alès accueillent des porteurs de projets, qu'ils soient issus de l'école ou non, « pour favoriser le développement d'entreprises innovantes dans le cadre de notre mission de développement économique territorial », précise Alix Reinhalter, directeur de l'incubateur des Mines d'Alès, Innov'up, dont la majorité des porteurs de projet viennent de l'extérieur. L'incubateur est gratuit et ne demande aucun remboursement. A l'EMLyon, les porteurs de projets extérieurs doivent au préalable suivre une formation «Start Up» de six mois, pour la rondelette somme de 6 000 euros. « Sur les 25 projets de l'incubateur de l'EMLyon, 12 sont issus de cette formation », précise Michel Coster, responsable de l'incubateur, qui héberge les start-up pour trois ans maximum. Elles doivent ensuite reverser 0,5/1000 de leur chiffre d'affaires une fois que l'entreprise est rentable. L'école cofinance également le programme «Entrepreneurs dans la ville», qui accompagne une vingtaine d'entrepreneurs chaque année, issus de quartiers sensibles de Lyon et de sa banlieue. Au bout de quatre mois de formation, certains intègrent un incubateur dédié, gratuit et proposant des services équivalents à celui de l'EMLyon (coaching, hébergement tout compris, conseils d'experts et avocats...).

@ © DR

LE TEMOIGNAGE DE Guillaume de Souza, fondateur d'Adionics

« Sans la collaboration avec le laboratoire de Centrale, mon projet s'arrêtait »

Diplômé d'une école d'ingénieurs et bénéficiant d'une longue expérience en entreprise, Guillaume de Souza lance son projet il y a quatre ans. Baptisée Adionics, l'entreprise développe un système de dessalement de l'eau, Aqua Omnes, moins énergivore que ceux existants aujourd'hui. Les travaux de recherche étant très coûteux, il a besoin d'être soutenu par un laboratoire. Le laboratoire du génie des procédés de Centrale Paris s'intéresse à son idée et lui parle de l'incubateur de l'école. Lui-même est déjà hébergé dans un incubateur public francilien, Incuballiance, mais il postule quand même et son projet est retenu en mars 2010. Il profite aujourd'hui pleinement du laboratoire de recherche où il peut tester et mettre au point sa technique. « Sans cette collaboration, mon projet s'arrêtait, affirme-t-il. Il est très difficile pour les porteurs de projets industriels de trouver des locaux adaptés, de type laboratoire. » L'incubateur de Centrale lui permet également de recruter: « Nous sommes cinq aujourd'hui à travailler sur le projet: un stagiaire, deux ingénieurs en alternance et un thésard, dont trois sont diplômés ou étudiants à Centrale. » Par ailleurs, il note que son hébergement à l'incubateur lui a apporté une véritable crédibilité auprès des investisseurs et partenaires potentiels.

Adionics

- Activité: Technique de dessalement de l'eau
- Ville: Paris (VIIe arr.)
- Forme juridique: SAS
- Dirigeant: Guillaume de Souza, 44 ans
- Année de création: 2012
- Effectif: 4 personnes
- CA 2012: Non significatif

A SAVOIR
Quelles différences entre un incubateur et une pépinière?

La pépinière d'entreprise permet d'avoir accès à des locaux tout équipés, mais ici il s'agit de payer un loyer dès l'installation. Il faut dire que le projet est déjà à un stade avancé, puisque l'entreprise doit être déjà créée. L'ESSCA Paris a ainsi lancé sa pépinière fin 2011: le loyer annuel y est de 4 600 à 5 200 euros HT, et comprend l'intervention de coachs, de professeurs et d'experts. Les pépinières sont généralement ouvertes aux entrepreneurs extérieurs à l'école, comme à l'ESSCA Paris.

CE QU'IL FAUT RETENIR

- Les incubateurs de certaines écoles (Centrale Paris, EMLyon, Télécom Paristech, ESC Bretagne, Mines d'Alès...) accueillent des entrepreneurs non diplômés de leur école.
- En plus d'être hébergés et de bénéficier d'un accompagnement, les porteurs de projet profitent du réseau de l'école et d'une plus grande crédibilité.
- Attention, ces services ne sont pas gratuits: dans la plupart des incubateurs, il est demandé de rembourser les frais d'hébergement une fois que l'entreprise génère un chiffre d'affaires suffisant.