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Les services à la personne sont en pleine mutation

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Passé l'engouement des débuts, quand les réseaux touchaient à tous les métiers (aide à domicile, soutien scolaire, petits travaux, dépendance...), l'heure est à la spécialisation par branche, accompagnée d'une professionnalisation des personnels.

Le marché des services à la personne (SAP) a encore enregistré, en 2012, une forte hausse du nombre de ses acteurs, répartis en trois branches: services à la famille, services de la vie quotidienne et services aux personnes dépendantes (cf. l'encadré «Les chiffres-clés»). L'Agence nationale des services à la personne (ANSP) constate une évolution globale de plus de 11,5 % entre avril 2011 et avril 2012. Dans le détail, les prestataires de services à la famille (garde d'enfants, cours à domicile, soutien scolaire, assistance informatique ou administrative) et de services de la vie quotidienne (ménage, repassage, livraison de courses, bricolage, jardinage... ) ont vu leur nombre croître à peu près dans les mêmes proportions (11,9 % et 10,9 %). En revanche, les prestataires de services aux personnes dépendantes n'ont progressé que de 7 %. Une croissance plutôt faible, qui devrait s'accélérer car « c'est un secteur très prometteur, à fort potentiel », prédit Pierre-Olivier Villain, avocat et expert auprès de l'Iref (Fédération des réseaux européens de partenariat et de franchise).

@ CHLOROPHYLLE - FOTOLIA

Contrairement aux deux autres secteurs, celui de l'aide aux personnes dépendantes est moins subordonné aux dispositifs fiscaux, comme le Cesu (Chèque emploi service universel). De fait, le coût pour les utilisateurs est pris en charge, tout ou partie, par les départements ou les caisses d'assurance vieillesse, ce qui paraît plus pérenne en termes de développement. « Certaines activités, qui avaient le vent en poupe il y a une dizaine d'années, comme les menus travaux à domicile (repassage, ménage, bricolage), montrent des signes d'essoufflement. C'est aujourd'hui le domaine de l'aide aux personnes dépendantes qui se développe », affirme Pierre-Olivier Villain. Mathieu Leroy, directeur commercial de Coviva (franchise de services aux personnes dépendantes ou âgées) confirme: « Les projections à 2030 sont importantes, avec des taux de croissance annuelle à deux chiffres. » Les prescripteurs dans le secteur sont légion, à commencer par le département, via l'Apa (Allocation personnalisée d'autonomie), les caisses de retraite, certaines mutuelles et les partenaires médicaux (médecins, kinésithérapeutes et infirmiers).

Les investisseurs ne s'y sont pas trompés

L'attractivité et la rentabilité d'un domaine, de même que sa capacité à durer, se mesurent à son aptitude à attirer des capitaux.

Et les investissements se multiplient dans le secteur de l'aide aux personnes dépendantes, qu'il s'agisse d'institutionnels (assureurs) ou de fonds d'investissement classiques. La franchise Age d'or Services, par exemple, créée en 1991, est une filiale depuis 2001 de la CNP (Caisse nationale de prévoyance). Les services à la famille et ceux de la vie quotidienne ne sont pas concernés par cette tendance. « Il est vrai qu'un certain nombre de levées de fonds dans le secteur des services à la vie quotidienne se sont mal terminées, confie Pierre Olivier Villain (Iref). Les investisseurs ont tendance à privilégier les réseaux qui, aujourd'hui, ont choisi de se développer en succursales. De même que ceux qui, demain, se développeront en partenariat, car ces deux types d'organisation sont réputés plus stables dans le temps ». Quand on leur parle des services à la personne, les trois quarts des Français évoquent spontanément les services de la vie quotidienne (ménage, repassage, livraison des courses, bricolage, jardinage, etc.), selon une enquête barométrique LH2/ANSP publiée en mars 2011. Les services d'aide aux personnes dépendantes arrivent en deuxième position, avec 60 % des réponses. Cependant, pour 62 % des sondés, ce domaine correspond à de vrais besoins, et la moitié (49 %) pense qu'il a de l'avenir. Seul bémol: les métiers des services à la personne peinent encore à être reconnus et valorisés comme de «vrais» métiers. Souvent perçus comme des emplois précaires, de petits boulots peu rémunérés, ils souffrent d'un certain nombre de préjugés. C'est donc sur ce point que les réseaux des services aux personnes dépendantes - une cinquantaine, aujourd'hui! - doivent faire la différence.

Vers plus de professionnalisation

Selon l'Insee, la France comptait, au 1er janvier 2008, 1,3 million de personnes âgées de plus de 85 ans. En 2015, elles seront plus de 2 millions. Et, selon le Centre d'analyse stratégique, le nombre des personnes présentant de forts handicaps devrait passer de 660 000 en 2005 à 940 000 en 2025. Dans le même temps, et du fait du vieillissement de la population active, le nombre moyen d'aidants potentiels (la famille proche) par personne âgée dépendante aura tendance à diminuer. Dans ce contexte, les services d'aide à domicile, soutenus par le plan Borloo, permettront de maintenir le malade le plus longtemps possible dans son environnement familier. Pour cela, ils devront professionnaliser leurs interventions. Certains réseaux tels Studiosanté l'ont déjà anticipé. Cette franchise se positionne comme «coordinateur de soins ville/hôpital», spécialisée dans la perfusion et l'assistance nutritionnelle à domicile. « La PSAD (Prestation de santé à domicile) requiert une expertise spécifique pour appréhender l'orientation thérapeutique du médecin prescripteur, choisir et organiser l'équipe soignante chargée de sa mise en oeuvre, et être particulièrement rodée aux techniques utilisées pour assurer la surveillance de l'effectivité. C'est, à notre sens, la garantie de la crédibilité et de la réussite des entreprises concernées », déclare Gérard Vignal, président et fondateur de Studiosanté.

Il existe donc une vraie différence entre le secteur des services à la vie quotidienne, en repli, et le secteur des services aux personnes dépendantes, qui se renforce en revendiquant sa forte spécialisation. Dans le même temps, la tendance à la concentration devrait s'accélérer. Plusieurs raisons à cela: le niveau de capitaux requis pour être opérationnel sur ce secteur et le nombre croissant de défaillances d'entreprises individuelles, peu à peu rachetées par les réseaux. Ceux-ci sont souvent détenteurs de labels de qualité, et seront sans doute parmi les premiers à être certifiés par des organismes comme Veritas. Si vous êtes candidat à un réseau opérant dans le secteur des services à la personne au sens large, il vous faudra donc être vigilant. Surtout, dans un environnement en pleine mutation économique et réglementaire. Choisissez un réseau disposant d'une surface financière importante en fonds propres, d'une expertise métier reconnue par les prescripteurs avec des implantations locales.

172 réseaux représentant 4 295 franchisés


CA franchisés: 1,67 milliard d'euros


(Source: FFF, données 2012 et étude d'impact de la franchise Diagnostic 2013)

- LE TEMOIGNAGE DE Philippe Peron, franchisé Coviva: « Les services associatifs sont devenus nos prescripteurs »

Philippe Peron a signé son contrat avec Coviva, franchise de services aux personnes dépendantes, en décembre 2009. Il a ouvert son agence six mois plus tard, le temps de préparer et d'obtenir son Agrément qualité, incontournable pour s'occuper de personnes fragilisées. « C'est un peu comme un mémoire - le mien fait 200 pages - dans lequel vous expliquez tout ce que vous mettez en place au quotidien pour assurer un service de qualité », explique-t-il. La fibre sociale est très présente dans le parcours de Philippe Peron, qui, après avoir été animateur auprès d'enfants en difficulté, bénévole à l'APF (Association des paralysés de France), s'être occupé de personnes âgées et rempli des fonctions de cadre chez Fedex pendant 12 ans à Paris, a voulu rejoindre son Béarn natal. C'est à Pau, entre 2001 et 201 1 , qu'il goûte au commerce avec son conjoint: « Nous avons repris trois salons de coiffure. J'ai découvert les services aux personnes fragiles en réseau grâce à la presse. C'est le côté très rigoureux de la préparation à une éventuelle collaboration de Coviva qui m'a séduit. Après une étude de marché de trois mois, je me suis lancé », explique le dirigeant. Il emprunte alors 30 000 euros, achète un véhicule frigorifique, loue 65 m2 de bureaux et embauche. Après une première année en déficit, il réactualise ses tarifs et compte réaliser des bénéfices cette année. « Il faut trois ou quatre ans pour s'y retrouver. On fait du social avec des personnes qui, pour certaines, gagnent 600 euros par mois. C'est un métier à la fois prenant et gratifiant », assure-t-il. Philippe Peron et son équipe se sont spécialisés dans le maintien à domicile des pathologies importantes, assurant un service personnalisé, là où mairies et associations n'apportaient pas ce plus, selon lui. « Nos prescripteurs sont les CCAS eux-mêmes, les HAD (réseaux d'hospitalisation à domicile), les médecins, les services de tutelle, le pôle gérontologie du conseil général, etc. », souligne le chef d'entreprise. Ce que Philippe Peron rectifierait dans son parcours si c'était possible? « J'approfondirais l'étude de marché et je serais un manager plus rigoureux », conclut-il.


Coviva
- Activité
Services aux personnes âgées et dépendantes
- Ville
Bayonne (Pyrénées-Atlantiques)
- Date de création
Juillet 2010
- Dirigeant
Philippe Peron, 49 ans
- Effectif
25 salariés en équivalent temps plein
- CA 2012
685 kEuros

- LES CHIFFRES-CLES DU SECTEUR

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L'Agence nationale des services à la personne (ANSP) distingue trois secteurs:

- A SAVOIR

Les principaux acteurs du secteur:
Acadomia, Adhap Services, Age d'or Services, Anacours, Bastide, Cours Ados, Coviva, Domaliance, Domicours, Domidom, Family Sphere, Free Dom, Keepschool, Merci+ O2 Home Service, Shiva...

Mot clés : Réseau |

DELPHINE COLLET