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MAIRES et CHEFS D'ENTREPRISE

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Ils sont dirigeants de PME et portent l'écharpe tricolore. Comment ces chefs d'entreprise atypiques gèrent-ils des emplois du temps surchargés? Quelles méthodes communes appliquent-ils à la gestion de leur ville et à celle de leur société? Retour d'expériences.

@ FOTOLIA / NLSHOP / LD

« Grâce à mon BlackBerry, je reste connecté toute la journée et je suis informé en temps réel sur tous mes dossiers. » Le smartphone, outil indispensable pour gérer un emploi du temps bien rempli? Maurice Perrion est le fondateur du cabinet Perrion, un bureau d'études de 40 salariés, mais aussi maire de Ligné, une commune de 4 600 habitants de Loire-Atlantique. Il multiplie les casquettes et peut ajouter à ses titres celui de vice-président de la communauté de communes du pays d'Ancenis, qui regroupe 29 villes et villages. «Quand on est élu, on ne connaît pas toutes les obligations qui en découlent, avoue Maurice Perrion. Mes fonctions d'élu m'ont conduit à être désigné d'office à la communauté de communes, ce qui a augmenté ma charge de travail. » En dehors des progrès technologiques qui leur facilitent la vie, ces dirigeants qui portent l'écharpe tricolore doivent faire preuve d'une excellente organisation. Mais comment répartissent-ils leur temps? A parts égales entre l'entreprise et la mairie? Sont-ils astreints à un emploi du temps fixe ou, au contraire, peuvent-ils l'adapter en fonction des exigences de leurs fonctions électives et entrepreneuriales? Les cas de figure diffèrent.

L'art de déléguer

Certains chefs d'entreprise sont présents tous les jours dans leur société, plus ou moins longtemps. Pour Maurice Perrion, par exemple, la journée commence à 7 heures au cabinet d'études. Il ne rejoint sa mairie que l'après-midi. L'heure du déjeuner est souvent consacrée aux rendez-vous avec les clients ou les fournisseurs. Pour Michaël Latz, p-dg de Concept Emballages et maire de Correns (Var), le temps qu'il consacre à la commune se résume au vendredi après-midi et au samedi. Pour résoudre le casse-tête du double agenda, ces patrons se rendent disponibles sept jours sur sept et réduisent leur nombre de jours de congés.

Pour s'en sortir, ces dirigeants atypiques délèguent au maximum. Leur business doit pouvoir tourner au quotidien sans eux. Ils prennent l'habitude de confier un certain nombre de tâches à leurs collaborateurs, quitte à ne conserver parfois qu'un rôle de «contrôleur», voire d'observateur. «Tout mon art consiste à faire faire les choses», confirme Michaël Latz (Concept Emballages). Maurice Perrion, lui, répartit au mieux les différentes tâches. Il a à coeur, toutefois, de conserver certains dossiers comme la facturation, la validation des appels d'offres ou l'organisation du travail en interne, c'est-à-dire la répartition des chantiers entre les collaborateurs. Pour le reste, il peut compter sur les quatre responsables d'équipe de la PME et sur l'expert- comptable. «La principale activité du cabinet Perrion repose sur des relevés topographiques pour de grands comptes comme EDF», explique Maurice Perrion. Les marchés étant signés pour plusieurs années, les démarches de relance téléphonique des clients et de réponse aux appels d'offres sont plus légères. Pour le chef d'entreprise, il s'agit surtout de «soigner le relationnel avec les clients». A lui alors de se concentrer sur les dossiers stratégiques.

Moins présents dans leurs affaires, ces patrons-maires conservent néanmoins certaines prérogatives pour maintenir la cohésion des troupes. Qu'il s'agisse de l'entreprise ou de la mairie, ils organisent des réunions avec les responsables de service une fois par semaine pour être au fait de chaque dossier. Maurice Perrion sait qu'il peut compter sur l'aide d'alliés de choix, comme, par exemple, sa collaboratrice à la mairie. C'est elle qui fixe ses rendez-vous en fin de semaine, dispensant ainsi le dirigeant d'assurer une permanence à la mairie. Côté entreprise, ses associés regroupent les réunions pour lesquelles sa présence est indispensable afin de lui éviter des allées et venues. «Le plus difficile dans la délégation, c'est d'apprendre à faire confiance. Il faut que je trouve des collaborateurs qui pensent comme moi, avec lesquels je partage la même vision des choses », explique-t-il.

Mairie et entreprise: appliquer les mêmes méthodes

En devenant candidats à la mairie, ces dirigeants n'ont pas eu le sentiment d'entrer en politique. C'est leur fibre de gestionnaire qui a vibré plus que leur sensibilité à tel ou tel parti. Michaël Latz est maire depuis 1995 et était adjoint au maire depuis 1983. Quant à Maurice Perrion, après avoir été président de son association de sport pendant plusieurs années, il a été élu conseiller municipal

en 1992, puis maire trois ans plus tard. «J'aime diriger et organiser», avoue-t-il. L'électoralisme, non, la gestion, oui. Ces patrons-maires se distinguent des autres professionnels de la politique et on reconnaît dans leur conduite des affaires de la commune la patte du chef d'entreprise. «Dans l'une ou l'autre fonction, il faut être à l'écoute en permanence et savoir créer du lien», affirme Maurice Perrion. Et au cours de leur mandat, ces patrons acquièrent de nouvelles connaissances qu'ils réutilisent dans la gestion de leur entreprise, et vice versa. Par exemple, pour Maurice Perrion, le fait de traiter des appels d'offres dans sa commune constitue une aide précieuse pour sa fonction de dirigeant de cabinet d'études qui obtient la majorité de ses contrats suite à des appels d'offres. «J'ai appris à les analyser, ainsi que la manière dont ils sont présentés. » A la tête d'une PME spécialisée dans la fabrication de matières sèches - bouteilles, bouchons, cartons, etc. - pour les vignerons et les coopératives, Michaël Latz donne la priorité au développement durable. Son entreprise est hébergée dans un bâtiment 100 % éco-responsable. Le dirigeant soigne cette démarche jusque dans ses fonctions de maire. Ainsi, Correns est devenu, en 1995, le premier village bio de France. «J'ai convaincu tous les vignerons de passer à l'agriculture biologique», relate Michaël Latz. De même, il a développé une politique d'écoconstruction, avec notamment la réalisation d'une cantine scolaire répondant à la norme HQE (haute qualité environnementale). « Les fonctions de maire et de chef d'entreprise font appel aux mêmes réflexes, assure Michaël Latz. Il s'agit de donner un sens à un territoire ou à un projet. L'équipe fait tout pour l'y mener. » De même, le dirigeant avoue mieux comprendre sa commune à travers l'économie. Il a par exemple pris l'habitude de comparer les prix des fournisseurs de la mairie, faisant jouer la concurrence et réalisant des économies substantielles en négociant les contrats.

Une continuité entre les projets

Pour Maurice Perrion, il est nécessaire de « créer un lien entre l'entreprise et la mairie. Il faut une continuité: il est plus facile de garder une certaine logique dans tous nos projets. Ils aboutissent plus vite». Le dirigeant se dit aussi avantagé car son entreprise est placée dans la commune dont il est le maire: «Mon domicile est à 300 mètres de mon entreprise, elle-même à quelques mètres de la mairie. » Idéal pour ne pas perdre de temps.

Michaël Latz, lui, trouve cette continuité dans ses loisirs. Passionné de vin, il participe quinze jours par an aux vendanges de son domaine. Une contrainte supplémentaire sur son agenda? Non, car même s'il emploie à l'année deux salariés pour l'entretien de ses vignes, il tient à vendanger lui aussi. «J'ai besoin de retourner à des travaux manuels», confie-t-il. Ces patrons-maires ont aussi besoin de quelques moments de détente!

MICHAEL LATZ, maire de correns et p-dg de concept emballage

Les fonctions de maire et de chef d'entreprise font appel aux mêmes réflexes: donner un sens à un territoire ou au projet. L'équipe fait tout pour l'y mener...

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Céline Tridon