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Maman et chef d'entreprise à temps complet

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Qui a dit que maternité et entrepreneuriat ne faisaient pas bon ménage? Ni superwomen, ni parents indignes, les chefs d'entreprise mères de famille apprennent juste à hiérarchiser les priorités un peu mieux que les autres.

@ PHOTOMONTAGE: S.SOURY. MEMO/KURHAN/M.SYNCERZ/FOTOLIA/LD

La maternité serait-elle propice au lancement d'une entreprise? Cette période de grand bouleversement pourrait, ajuste titre, rendre les femmes frileuses vis-à-vis de l'entrepreneuriat. Il serait très compréhensible de voir les mamans salariées préférer se cramponner à la sécurité de l'emploi et aux 35 heures plutôt que se lancer dans la grande inconnue. Pourtant, c'est parce que leur carrière professionnelle piétine souvent à la suite d'un congé maternité que certaines cadres préfèrent créer leur société plutôt que de se résigner à une mise au placard précoce. «Les congés maternité ne sont pas toujours bien vécus par les employeurs», rappelle en effet Emmanuel de Prémont, directeur général du cabinet de conseil en ressources humaines Finaxim. Et même si c'est illicite, certains n'hésitent pas à «punir» leurs salariées. Delphine Magisson en a fait l'amère expérience. Licenciée sous un prétexte fallacieux à sa deuxième maternité, elle renonce à poursuivre son employeur (une mairie!) et en profite pour prendre un nouveau départ. «J'ai décidé de ne plus me soumettre aux aléas du salariat et de prendre ma carrière en main», confie la jeune femme.

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- LE BAL DES DIRIGEANTES

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Sa reconversion est radicale: de la communication à la fabrication de meubles en carton. «J'avais découvert le concept il y a quelques années et j'ai été séduite par le potentiel de cette activité.» Une fois au chômage, la jeune femme se forme à la technique de fabrication du mobilier en carton et présente quelques meubles à deux magasins, pour tester leur commercialisation. Les résultats sont concluants et l'entrepreneuse en herbe n'a plus qu'à se lancer. «Mais pas question d'en faire un loisir pour mère au foyer désoeuvrée», précise Delphine Magisson, qui prépare minutieusement son installation: étude du marché alsacien, réalisation d'un stock d'une vingtaine de meubles, élaboration d'un site internet et même de communiqués de presse pour médiatiser son lancement. Un professionnalisme que l'on retrouve souvent dans cette génération de mamans trentenaires et cadres.

EMMANUEL DE PREMONT, directeur général du cabinet de conseil en ressources humaines Finaxim

Les congés maternité ne sont pas toujours bien vécus par les employeurs.

Génération d'entrepreneuses. A 30 ans et 2 enfants, c'est l'heure du premier bilan pour Céline Fenie: une vie personnelle épanouie, mais une vie professionnelle qui n'est plus en adéquation avec ses attentes, depuis ses congés maternité. Donc, changement de cap. Après une formation d'école de commerce et sept ans dans le marketing (notamment sur Internet), elle vient de créer www.mamanshopping.com, un site de vente de produits innovants pour mamans et bébés. Un exemple parmi d'autres de cette nouvelle génération d'entrepreneuses, qui puisent l'inspiration de la création d'entreprise dans leur propre expérience de maternité. «Pour moi, c'est l'idéal, je travaille sur le Web de chez moi et je peux caler mes horaires en fonction de ma vie personnelle», témoigne la jeune chef d'entreprise sur son blog, maman-etentrepreneuse . typepad.fr! Elle en arrive à considérer sa boîte comme son troisième bebe: «même temps de gestation, même «accouchement», même baby blues, même réorganisation de la vie de famille à l'arrivée de la nouvelle venue. Même fierté quand elle commencera à marcher toute seule...» La métaphore est facile, mais le quotidien n'est pas toujours aussi enthousiasmant. Car on pourrait aussi ajouter: même exigence de disponibilité 24h/24, même dépendance, même source de frustration et même épuisement...

Virtuoses de la gestion du temps. «Avant même de mettre un pied dans la vie professionnelle, les femmes sont, non par leur sexe mais par la force des choses et des traditions, des virtuoses de la gestion du temps ou plutôt de celle des temps: le leur et celui des autres», écrivent Annie Battle et Sandra Battle-Nelson dans leur ouvrage Le bal des dirigeantes. Elles gèrent la vie familiale et sociale - éducation, santé, loisirs -, leur temps personnel, celui des enfants, des parents âgés, etc. «Quand elles y ajoutent une grosse tranche de vie professionnelle et qu'elles doivent travailler deux fois 35 heures, les dirigeantes sont généralement habitées par un double impératif: harmoniser ces différentes vies et éviter à tout prix ce qui consomme inutilement du temps», estiment les deux auteurs. Exit les réunions à rallonge, où l'on s'écoute parler pendant des heures, les déplacements chronophages quand un coup de fil ou un simple mail peut suffire, les briefings et débriefings qui font doublon...

«Inutile, pour une dirigeante, de suivre un coûteux séminaire de trois jours sur la gestion du temps pour réaliser que la plupart des réunions durent trop longtemps, ne sont pas assez anticipées ni préparées, mobilisent des gens peu concernés et ne servent qu'à établir l'ordre du jour de la prochaine réunion», ironise Annie Battle. Les femmes chefs d'entreprise apprennent aussi à déléguer. Spontanément (contrairement à leurs homologues masculins), parce qu'elles connaissent leurs collaborateurs et leur font a priori confiance, mais aussi parce qu'elles n'ont pas les moyens de faire autrement. Elles connaissent, pour les avoir vécues et les vivre encore, les galères que l'on traverse quand on jongle avec plusieurs vies. La création d'entreprise correspond aussi à une recherche d'une plus grande liberté. Nombre d'entre elles avouent que leur vie est bien plus facile depuis qu'elles ont réussi la création de leur entreprise, parce qu'elles ont les moyens de rémunérer des nounous, des employés de maison... Par ailleurs, les patronnes peuvent adapter le mode de fonctionnement de leur société à leurs impératifs domestiques. Quand la créatrice des coffrets-cadeaux Liberty, Yolande Farge, constate une baisse des résultats scolaires de son fils de 11 ans, elle prend tout de suite les mesures qui s'imposent: à la sortie des classes, détour obligé par le bureau de maman pour deux heures de devoirs surveillés. La chef d'entreprise peut ainsi superviser le travail de son enfant tout en vaquant à ses occupations de patronne. Une flexibilité qu'elle n'aurait pas pu s'autoriser dans les locaux d'un employeur.

@ PHOTOMONTAGE: S.SOURY. Arcurs-moodboard-pogson-kurhanF/fOTOLIA/LD

A SAVOIR
Femmes entrepreneuses, qui sont-elles?

En novembre dernier, le ministère de l'Economie, des Finances et de l'Emploi et l'Agence pour la création d'entreprise (APCE) ont souhaité réaliser une étude afin de dresser un état des lieux précis de l'entrepreneuriat féminin en France. Quelques chiffres témoignent des écarts importants qui existent encore entre les hommes et les femmes. Selon l'étude, 28% seulement des entrepreneurs de TPE/PME sont des femmes. Pourtant, 71% des entrepreneurs femmes considèrent qu'il n'est pas plus difficile pour elles de diriger une entreprise que pour les hommes. L'étude montre également que 75% d'entre elles se relanceraient dans l'aventure si c'était à refaire. Par ailleurs, l'enquête fait le point sur le parcours professionnel des entrepreneuses. Elle révèle ainsi qu'avant de diriger une entreprise, 62% des femmes interrogées étaient salariées, 13% femmes au foyer, 12% étudiantes, 10% étaient déjà chef d'entreprise et, contrairement aux idées reçues, l'entrepreneuriat n'est pas vécu comme une sortie de secours au chômage: seulement 2% étaient en recherche d'emploi. Avant de diriger leur entreprise, 49% des femmes travaillaient dans le même secteur, contre 48% dans un secteur différent et 3% n'avaient jamais travaillé.


Caractéristiques des entreprises dirigées par les femmes, selon l'enquête.
- Leurs entreprises sont de plus petite taille que celles des hommes (30% n'ont pas de salarié, 18% emploient entre 20 à 49 salariés, 11% comptent de 100 à 249 salariés).
- Elles sont très présentes dans le secteur des services aux particuliers (38% de dirigeantes femmes).
- D'après l'enquête, les femmes sont moins nombreuses que les hommes à être l'actionnaire majoritaire de leur entreprise (12% des femmes interrogées détiennent personnellement plus de 50% du capital de l'entreprise, contre 37% des hommes interrogés). Pour mieux apprécier ces constats, il est important de retenir que 72% des entrepreneuses ont 50 ans et plus contre 27% qui ont moins de 50 ans. L'ancienneté des sociétés des entrepreneuses est aussi à considérer: 73% de 20 ans et plus (dont 39% de 30 ans et plus).