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PREPARER LE RETOUR D'UNE SALARIEE PARTIE EN CONGE MATERNITE

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Le retour d'un congé maternité est une phase délicate. Pour votre collaboratrice, qui revient déphasée et anxieuse de retrouver sa place. Et pour vous, qui devez organiser la transition. Quelques conseils pour l'accueillir dans les meilleures conditions.

@ CORBIS

Votre collaboratrice la plus proche vous annonce, les yeux brillants, qu'elle va bientôt devenir maman? Bien sûr, vous êtes heureux pour elle, mais l'idée de vous en priver pendant de longs mois refroidit quelque peu votre enthousiasme. Outre le casse-tête du remplacement, vous ne pouvez vous empêcher d'appréhender le retour: combien de temps avant qu'elle ne se remette dans le bain? Retrouvera-t-elle la même implication après une «rupture» de quelques mois et un bouleversement naturel, certes, mais loin d'être anodin? «Les absences longues sont rarement bien vécues dans les PME, souligne Emmanuel de Prémont, directeur général du cabinet de conseil en ressources humaines Finaxim. Les congés maternité en particulier sont sources de bouleversement dans la relation de l'entreprise avec sa salariée, qui rentre souvent métamorphosée.» Et c'est là une dimension à ne pas négliger, selon la psychologue du travail Sylvie Sanchez-Forsans, qui conseille de préparer le départ avant de penser au retour: «Laissez-lui le temps de dire au revoir et impliquez-la dans l'organisation de son absence.» La phase d'adaptation, à son retour, n'en sera que plus courte. «Si vous choisissez de la remplacer, prévoyez une période de transition suffisante pour qu'elle puisse briefer son ou sa remplaçante», conseille, de son côté, Nathalie Olivier-Bichard, directrice du cabinet RH Conseil PME et auteur de La Boîte à outils RH de l'entrepreneur La boîte à outils RH de l'entrepreneur, de Nathalie Olivier-Bichard, Editions Dunod, 2006,23 euros. . Votre collaboratrice retrouvera ainsi plus facilement ses marques, surtout si votre entreprise est en pleine mutation.

SYLVIE SANCHEZ FORSANS, psychologue du travail

Les congés maternité sont sources de bouleversement dans la relation de l'entreprise avec sa salariée, qui rentre souvent métamorphosée.

Repenser l'organisation. JobinLive, jeune société de vidéo-recrutement de huit salariés, s'est vu privée de sa responsable commerciale en pleine phase de développement. «Nous avons dû repenser notre organisation et recruter deux personnes pour la remplacer», témoigne Thomas de Williencourt, son directeur général. La responsable commerciale s'est elle-même impliquée dans la formation de ses suppléants, sûre de retrouver sa place dans une entreprise en croissance, qui embauchera ses remplaçants s'ils font l'affaire, mais ne se privera pas d'elle pour autant. Ce n'est pas toujours le cas quand l'effectif est stable depuis des années et qu'un remplacement est vécu comme une menace par la collaboratrice sur le départ. «Quand le remplaçant se révèle compétent, le chef d'entreprise n'envisage pas toujours le retour de sa collaboratrice avec enthousiasme!», note Emmanuel de Prémont. C'est un peu le dilemme d'Alexis C, gérant d'une agence de location de voitures employant 8 salariés. «La remplaçante de mon assistante commerciale est tellement brillante que je n'ai pas envie de m'en séparer.» Pourtant, Alexis sait qu'il ne peut pas se permettre de créer de poste. Il devra donc se résoudre à laisser partir la perle rare. Et pour cause: la loi vous contraint à proposer à une jeune femme de retour de congé maternité un poste et un salaire équivalents à ceux dont elle bénéficiait avant son départ. Alors, autant faire que son retour se passe dans les meilleures conditions.

Premier réflexe, plus ou moins naturel selon les relations que vous entretenez avec elle: gardez le contact pendant son congé maternité. «Quelques coups de fil ou mails pour la tenir au courant de l'actualité de l'entreprise et de l'avancement de ses dossiers, un ou deux déjeuners informels en présence de ses plus proches collaborateurs: tout cela contribue à ce qu'elle ne se sente pas oubliée», préconise Sylvie Sanchez-Forsans. Une recette appliquée à la lettre par Anne Hardy et Michèle Brischoux, qui dirigent l'agence de communication H&B. A la tête d'une équipe presque exclusivement féminine, elles sont rodées en la matière! «Neuf congés maternité en 13 ans, compte Michèle Brischoux. Et malgré la difficulté organisationnelle que pose chaque remplacement, nous accueillons sereinement ces nouvelles.» Anne Hardy insiste, de son côté, sur l'aspect festif du retour: «Peut-être parce que nous sommes des femmes et que nous sommes aussi passées par là, nous essayons de partager cette étape importante de la vie de nos collaboratrices.» Il est important que votre salariée vous sente un peu concerné par l'événement. «Le jour de la naissance, nous avons affiché l'heureuse nouvelle en salle de réunion», raconte Thomas de Williencourt (JobinLive), encore ému par la première maternité de sa toute jeune entreprise. Avec ses collaborateurs, il lui a même offert de la layette siglée au nom de la société!

Mais c'est au retour de la jeune femme que tout se joue. Plutôt que de la submerger de dossiers ultra-urgents, accordez-lui quelques jours de «mise en route». «Laissez-lui le temps de s'acclimater à la situation, conseille Sylvie Sanchez-Forsans. Votre collaboratrice a été coupée assez longtemps des réalités du travail, elle a pouponné, vécu dans un autre univers. Par conséquent, sa façon de réagir a changé.» Attention aussi à ne pas tomber dans le travers classique du rendement à court terme. Enfin, ne sanctionnez pas son avancement. Certes, l'année du congé maternité est rarement celle des augmentations mirobolantes. Par une sorte d'accord tacite, la salariée qui a été absente de longs mois ne réclame pas de promotion exceptionnelle. «Ce n'est pas une raison pour la «punir» d'avoir eu son bébé», insiste Nathalie Olivier-Bichard. Le choix entre devenir maman et faire carrière n'est plus de ce siècle. Alors, offrez-vous aussi une belle réputation de respect de la parité.

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- CONGE MATERNITE: PLUS DE FLEXIBILITE

Depuis le mois de mars, les femmes enceintes peuvent reporter une partie de leur congé de maternité après l'accouchement. Ainsi, une salariée attendant son premier enfant pourra réduire à trois semaines la durée de son congé prénatal et bénéficier d'un congé postnatal de 13 semaines. Mais attention, ce report n'est possible qu'à la demande de la salariée et sous réserve que le professionnel de santé chargé de suivre la grossesse donne un avis favorable à cet aménagement. Un certificat médical attestant de l'état de santé de la mère devra être présenté à l'employeur à l'appui de la demande de report du congé. Dans ce cas, l'employeur n'a pas le droit de le refuser.

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Houda El Boudrari