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PREVENIR L'ABSENTEISME

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L'absentéisme coûte cher, que ce soit en termes d'image, de qualité, de chiffre d'affaires ou encore de relations sociales. Diagnostiquez au plus vite le mal et traitez-le à la racine pour préserver votre productivité.

Un seul salarié manque à l'appel et l'organisation de votre entreprise s'en trouve bouleversée... Ce sont les absences fréquentes de courte durée, non prévisibles, qui sont les plus difficiles à assumer et les plus coûteuses. En mettant bout à bout le paiement du délai de carence par l'employeur si cela est prévu par la convention collective (les trois premiers jours d'absence ne sont pas pris en charge par la Sécurité sociale), le complément de salaire par rapport aux indemnités journalières (50% du salaire), la rémunération de la personne remplaçante au cas où vous faites appel à l'intérim (1,8 fois le salaire du collaborateur absent), la facture a de quoi vous donner la migraine. Sur les seuls arrêts de moins de trois jours, le cabinet de conseil en ressources humaines Mercer HRC a calculé que, chaque année, en France, ce sont près de 21 millions de journées qui sont à la charge des entreprises, soit un coût estimé à 3,9 milliards d'euros.

Des chiffres qui incitent de plus en plus de PME à faire appel à des sociétés de contrôle de la véracité des arrêts maladie. Franck Charpentier, directeur de Médivérif, évalue à 70 000 par an le nombre de contrôles effectués par des médecins mandatés par des sociétés privées. «Lorsque les entreprises nous demandent d'intervenir, les responsables ont déjà un sérieux doute sur le bien-fondé de l'arrêt», précise-t-il pour expliquer des statistiques proprement alarmantes: seuls 40% des contrôles effectués par Médivérif permettent de justifier l'arrêt maladie. «Pour le reste, soit la pathologie est fictive (20% des cas), soit la personne contrôlée n'est pas à son domicile au moment de la visite ou - plus grave - elle refuse de se plier au contrôle», explique Franck Charpentier, qui rappelle que l'annonce en interne de ces contrôles est aussi un moyen de dissuader les salariés mal intentionnés. Mais cette stratégie n'est pas forcément la meilleure. «Avoir recours systématiquement à ce genre de méthode pour lutter contre l'absentéisme peut entraîner un climat de suspicion dans l'entreprise, prévient Thierry Rousseau, chargé de mission à l'Anact (Agence nationale pour l'amélioration des conditions de travail). Avant de sortir Yartillerie lourde, attachez-vous à comprendre les causes du problème, car Yabsentéisme est souvent le signe tangible d'un malaise social.»

Traquez les causes de stress. Entre les vrais problèmes de santé, les signaux d'alerte d'un désengagement, des tensions dans les rapports entre collègues ou la difficulté de concilier vie professionnelle et vie personnelle, les moyens à mettre en place pour y remédier ne sont pas les mêmes. «Il ne faut surtout pas faire d'amalgame en dénonçant les absences en bloc», conseille Thierry Rousseau. D'autant que l'évolution générale de la nature du travail, en déplaçant la pénibilité physique vers une pression psychologique moins palpable, rend plus floue la frontière entre les «maladies imaginaires» et le stress, bien réel. Une étude de la Caisse nationale d'assurance-maladie (Cnam), réalisée en 2004, a montré qu'un quart des arrêts de travail de deux à quatre mois ont pour motif des «troubles mentaux et du comportement», en particulier chez les cadres et les professions intellectuelles. «Il faut distinguer le stress utile et stimulant de l'hyperstress, qui devient une souffrance, voire une maladie», souligne Anne-Marie Cariou, psychologue au sein du cabinet de gestion de stress Stimulus. Comment détecter le «mauvais» stress? Troubles du sommeil, mal de dos, irritabilité, difficultés à se concentrer sont autant de signaux d'alarme. «A vous d'observer vos collaborateurs», suggère Anne-Marie Cariou, qui cite l'exemple d'un salarié ayant perdu dix kilos en deux mois sans que personne ne s'en aperçoive. Les 35 heures ont elles aussi contribué à accroître la pression dans les PME. Car il n'y a pas de miracle: à effectif constant, plus de travail en moins de temps génère une recrudescence du stress. «Si vous recevez régulièrement des mails de vos collaborateurs à des heures impossibles, vous devez vous poser des questions sur votre organisation de travail au lieu de vous complaire dans une situation de non-dit», préconise la psychologue. Il est à coup sûr préférable de repousser de quelques jours la «dead line» d'un projet que de vous retrouver avec un arrêt de travail de trois semaines pour surmenage!

@ FOTOLIA/FRANZ PFLUEGL

A SAVOIR
Les Français, champions d'Europe de l'absentéisme

Avec un taux de 4,5%, la France a enregistré, en 2006, le taux d'absentéisme le plus élevé d'Europe, selon le rapport intitulé «European Human Capital Effectiveness», effectué par PriceWaterhouseCoopers. L'Italie obtient la meilleure place, avec 3%, quand la moyenne européenne se situe à 4%. Après un pic en 2004-2005, la tendance est aujourd'hui à la baisse. L'électronique et les nouvelles technologies de l'information sont les secteurs d'activités les moins sujets à l'absentéisme. Les secteurs de la chimie, des assurances et l'administration sont parmi les plus touchés.

FREDERIC PEDUZZI, dirigeant de peduzzi Bâtiment

FREDERIC PEDUZZI, dirigeant de peduzzi Bâtiment

TEMOIGNAGE

Pour savoir comment se sentaient mes salariés, je le leur ai demandé!
Un questionnaire pour mesurer l'ambiance au travail? Ce n'est pas le dernier gadget d'une agence de com'soucieuse de faire parler de ses bonnes pratiques RH, mais un outil pris très au sérieux par le dirigeant d'une entreprise de bâtiment. Chez Peduzzi, ce questionnaire a été mis en place après une batterie d'autres mesures: campagnes de vaccination contre la leptospirose et la grippe, accompagnement pour les personnes souffrant de dépendance, formation sur les comportements respectueux des salariés et de leur encadrement... Frédéric Peduzzi ne lésine pas sur les moyens d'améliorer les conditions de travail de ses 134 salariés. Est-il parvenu à éradiquer l'absentéisme pour autant? «Ce qui est sûr, c'est que nous aurions beaucoup plus d'absences si nous n'avions rien entrepris», répond Frédéric Peduzzi. Certains choix «atypiques» du chef d'entreprise compliquent aussi la donne. «Nous avons proposé un poste adapté à une personne atteinte de sclérose en plaques: comment doit-on interpréter l'absentéisme lié à cette maladie?» C'est justement pour aller au-delà des chiffres que le patron a mis en place un indicateur d'ambiance. Au menu du formulaire anonyme, des questions sur la perception du respect, de la solidarité, de l'équité, etc. «L'année dernière, le taux de réponse a été très faible, regrette Frédéric Peduzzi. Les questions étaient considérées comme trop vagues, ce qui nous a poussés à les préciser, avec un objectif de taux de réponses de 60% cette année.» Car l'entrepreneur ne se contente pas d'interpréter le mutisme de ses salariés comme un signe de satisfaction. Il préfère détecter les moindres signaux d'alerte dans une logique de prévention.

PEDUZZI BATIMENT repères

- ACTIVITE: Bâtiment
- VILLE: Fresse (Vosges)
- FORME JURIDIQUE: SAS
- DIRIGEANT: Frédéric Peduzzi, 42 ans
- CREATION: 1938
- EFFECTIF: 134 salariés
- CA 2007: 17 MEuros
- RESULTAT NET PREVISIONNEL 2007: 300 kEuros