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Pathologies musculaires au travail: attention danger!

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Les troubles musculo-squelettiques sont des affections touchant surtout les muscles, les tendons et les nerfs. En pleine expansion, ils coûtent cher aux entreprises. Il est pourtant possible de les prévenir.

Un salarié stressé travaille contre ses propres muscles. Syndrome du canal carpien, tendinite... Les troubles musculo-squelettiques (TMS) sont la première cause de maladies professionnelles en France, selon la Caisse nationale de l'assurance maladie des travailleurs salariés (CNAMTS). Leur coût? Plus de 7 millions de journées de travail perdues et 736 millions d'euros de frais couverts par les cotisations des entreprises en 2007. Près de 34 300 nouveaux cas ont été indemnisés, notamment dans l'industrie agroalimentaire, la métallurgie, le BTP, ainsi que dans certaines activités de services. Les salariés les plus touchés sont les moins qualifiés, ceux dont le travail est répétitif et l'emploi du temps fluctuant. Les femmes surtout, plus nombreuses à travailler dans les secteurs de la grande distribution, l'habillement, l'agroalimentaire, souffrent le plus de ces pathologies. Toujours selon la CNAMTS, les TMS déclarés augmentent d'environ 20% par an depuis dix ans.

Des effets directs. Pourtant, «beaucoup de chefs d'entreprise méconnaissent encore ce problème», affirme Jean-Luc Mochel, responsable de la section ergonomie et pathologies professionnelles de la caisse régionale d'assurance maladie (Cram) d'Alsace-Moselle. Mais les dirigeants en ressentent les effets quotidiennement: absentéisme, turnover, difficultés de recrutement et de reclassement des victimes... Des coûts directs qui affectent d'autant plus les PME. «Quand l'effectif est réduit ou que le savoir-faire est fondé sur la compétence de quelques salariés, un seul cas de TMS peut perturber toute l'activité de l'entreprise», ajoute Jean-Luc Mochel.

Loin de développer une vision purement médicale des TMS, Florent Arnaud, ergonome, note que leur apparition témoigne souvent des difficultés d'adaptation de l'entreprise à un contexte de plus en plus concurrentiel. Par exemple, des hausses d'activité soudaines qui entraînent une accélération des cadences ou encore une mauvaise gestion des délais qui rendent le travail plus stressant. Professeur d'ergonomie à l'Institut polytechnique de Bordeaux, François Daniellou a mené une recherche dans une trentaine de PME. Il confirme le phénomène: «Ce sont les organisations débordées qui produisent les TMS. Ces pathologies sont surtout présentes dans les entreprises qui enregistrent des accélérations de cadence et recourent aux heures supplémentaires, affirme-t-il. Les entreprises doivent donc être à l'écoute de leurs collaborateurs pour lutter contre ces troubles.» Loin d'être un coût, la prévention peut parfois, selon le professeur, permettre de «doubler la marge bénéficiaire d'une entreprise».

Alors, comment agir sur les causes? Une seule solution: faciliter les conditions dans lesquelles les salariés travaillent. La démarche doit démarrer par un audit sur le terrain: conception des postes de travail et des machines, formation des nouveaux collaborateurs pour acquérir les gestes efficaces, gestion de production pour obtenir des flux réguliers... Lors de ce diagnostic, il s'agit, d'une part, de comprendre pourquoi les salariés éprouvent des difficultés dans leur travail au quotidien et, d'autre part, de voir quels moyens techniques et organisationnels peuvent être mis en place. A ce stade, les collaborateurs doivent, impérativement, être associés à la démarche. C'est ce qu'a fait la société Marzet Electrolyse basée dans la Vienne, spécialisée dans le traitement de surfaces par electrolyse et employant une quinzaine de salariés. En 2007, la direction prend contact avec son association régionale pour l'amélioration des conditions de travail (Aract). Objectif: réduire les positions de travail pénibles avec les bras levés au-dessus des épaules ainsi que la prise ou la pose des pièces au niveau du sol. La mission a démarré par une analyse de chaque poste de l'atelier. «Le délégué du personnel était au coeur du processus, épaulé par un groupe de travail constitué de plusieurs collaborateurs», explique le dirigeant Yves Marzet. A l'issue de cette observation, la direction a notamment fait évoluer le format des conditionnements des pièces auparavant volumineux et hétéroclites. «Aujourd'hui, celles-ci arrivent et repartent dans de petits emballages standard qui nécessitent moins de manutention», analyse le dirigeant. «Même si vous faites appel à une aide extérieure, les collaborateurs doivent être associés au processus de réflexion», confirme Florent Arnaud (Aract Bretagne).

Repérer et prévenir les TMS. Mieux vaut donc se faire accompagner. Le médecin du travail est d'ailleurs souvent le premier à pouvoir constater des TMS et à alerter le comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT), obligatoire dans les établissements d'au moins 50 salariés. Les services prévention des Cram peuvent aussi vous aider à maîtriser ce risque professionnel (lire encadré ci-dessus). Tout comme ceux des Aract. Ces organismes institutionnels peuvent vous conseiller, élaborer des pistes de solutions ou former les salariés pour prévenir l'apparition de TMS. C'est l'approche qu'a adoptée une faïencerie bretonne d'une centaine de collaborateurs. Pour maintenir son niveau de production face à la concurrence chinoise, sans pour autant influer sur la santé de ses salariés, elle a sollicité l'Agence nationale pour l'amélioration des conditions de travail (Anact) afin de procéder à un diagnostic des postes. A l'issue de cette phase d'observation, il a été décidé de favoriser la polyvalence des collaborateurs. Un moyen de prévenir l'usure professionnelle de ses salariés et d'éviter les situations de stress.

Se faire épauler par des experts.

Vous pouvez aussi consulter des cabinets d'ergonomie ou des intervenants en prévention des risques professionnels. «Vous gagnerez aussi à vous informer auprès de pairs déjà sensibilisés à ce problème, par le biais des syndicats professionnels par exemple», estime Jean-Luc Mochel (Cram d'Alsace-Moselle). Certains clubs d'entreprises organisés en bassins d'emplois luttent ainsi contre les TMS, comme les entreprises de boucherie en Bretagne, à travers l'Aract locale. Autre ressource accessible aux PME: certaines universités, comme la faculté de médecine de Nancy, proposent aux entreprises l'expertise d'étudiants stagiaires en ergonomie. Ces derniers accompagnent les entreprises, sur un laps de temps donné, dans la prévention des TMS. En outre, le réseau des Cram a développé un partenariat avec l'Education nationale et certaines filières professionnelles (bois, maintenance industrielle, BTP-gros oeuvre, réparation mécanique automobile, métallerie, etc.), et propose aux PME un accompagnement sur l'identification des risques professionnels, notamment les TMS. Des élèves en bac professionnel ou BTS d'une filière technologique effectuent ainsi leur stage en entreprise. Un moyen peu onéreux pour un dirigeant d'avancer sur un sujet qui lui semble parfois complexe. Attention, ces solutions ne feront pas de miracles: «Les entreprises devant sans cesse d'adapter pour rester compétitives, elles ne sont pas à l'abri de l'apparition de nouveaux TMS, prévient Florent Arnaud. Elles doivent entrer dans une dynamique d'amélioration continue.» Restez donc vigilant!

JEAN-LUC MOCHEL, responsable de la section ergonomie et pathologies professionnelles de la Cram d'Alsace-Moselle

Un seul cas de TMS peut jerturber toute l'activité d'une entreprise.

@ FOTOLIA/MELIS BACK/LD

A SAVOIR
Les aides financières de la Cnam

Les sociétés de moins de 200 salariés peuvent signer des conventions dans le cadre de la prévention des TMS avec leur caisse régionale d'assurance maladie (Cram), pour recevoir des aides financières. L'assurance maladie prend alors en charge 20% du projet d'investissement (dans la limite de 50000 euros), comprenant l'intervention d'un prestataire extérieur, mais aussi la formation des salariés et le changement du matériel. Deux bémols à cette aide: le suivi administratif est assez lourd à gérer et la Caisse nationale d'assurance maladie (Cnam) doit, en amont, avoir signé une convention avec la filière à laquelle appartient l'entreprise (retrouvez la liste sur le site web de la Cnam). Pour pallier ces contraintes, la Cnam propose, depuis cette année, des aides financières simplifiées aux entreprises de moins de 50 salariés. Une décision nationale, qui doit être progressivement mise en place au niveau régional. Cette aide couvre 50% du coût d'intervention d'un prestataire extérieur, dont la mission vise à améliorer les postes de travail, dans la limite d'un plafond de 2 000 euros. Ces projets sont financés parles cotisations de l'assurance accidents du travail et maladies professionnelles (AT/MP), c'est-à-dire les vôtres: profitez-en!

A RETENIR

- QUELQUES SITES UTILES
- www.anact.fr L'Agence nationale pour l'amélioration des conditions de travail présente un fonds documentaire en ligne d'environ 7 000 ouvrages. Vous pouvez contacter l'Aract de votre région pour faire intervenir un spécialiste des TMS dans votre entreprise.
- www.risquesprof essionnels.ameli.fr Le site de l'Assurance Maladie regorge d'informations sur la prévention des TMS.
- www.travailler-mieux.gouv.fr/- Troubles-musculo- squelettiques- TMS-.html
Le ministère du Travail présente les démarches à suivre si l'on souhaite diagnostiquer la situation de son entreprise. Il réunit aussi des guides, des témoignages et les dispositifs d'incitations financières existants.

DEFINITION

- TMS
Selon la Caisse nationale de l'assurance maladie des travailleurs salariés, les troubles musculo-squelettiques sont «des maladies multifactorielles à composante professionnelle. Les sollicitations à l'origine des TMS sont biomécaniques, organisationnelles et psychosociales.»

TEMOIGNAGE
L'aspect psychosocial est primordial

L'agroalimentaire est l'un des secteurs les plus touchés par les troubles musculo-squelettiques (TMS). L'entreprise de transformation de viande de boucherie Yves Fantou fait figure d'exception. Son secret? Soucieux des conditions de travail, son gérant a profité d'un déménagement dans de nouveaux locaux, en 2001, pour lancer un audit sur le thème des TMS. Il a signé un contrat de prévention avec la Cram Bretagne, ce qui lui a permis de bénéficier des conseils d'un ingénieur ergonome. Celui-ci a visité plusieurs fois l'usine. «Il nous a félicités des efforts faits sur les équipements et le cadre de travail», assure le gérant, Yves Fantou. Le dirigeant a d'ailleurs associé les salariés à l'aménagement: il a investi dans des tables de désossage et de découpe réglables en hauteur, des roule-bacs surélevés et des meubles à brochette conçus sur mesure. Les collaborateurs ont suivi une formation pour s'approprier ces outils. Yves Fantou fait aussi intervenir régulièrement un kinésithérapeute pour corriger leurs gestes. Les salariés débutent même leur journée par une séance d'échauffement, avant de rejoindre leur poste de travail. Autre exemple, cette fois en matière de communication: chaque matin, le chef de production informe les salariés de la marche de l'entreprise ou d'éventuelles difficultés. La modification progressive de l'organisation interne a permis d'améliorer à la fois les conditions de travail et la productivité. Premier signe de bien-être des salariés au travail: l'absence de turnover. Yves Fantou reçoit même en moyenne une candidature par jour, dans un secteur qui a pourtant du mal à recruter, du fait des conditions de travail difficiles. «Nous sommes dans un système d'amélioration continue, toujours en collaboration avec les salariés: des petits pas valent mieux qu'une révolution ratée», estime le chef d'entreprise.


YVES FANTOU - Repères
- ACTIVITE: Transformation et conservation de la viande de boucherie
- VILLE: Dole-de-Bretagne (llle-et-Vilaine)
- FORME JURIDIQUE: SARL
- ANNEE DE CREATION: 1981
- DIRIGEANT: Yves Fantou, 48 ans
- EFFECTIF: 25 salariés
- CA PREVISIONNEL SEPT. 2008 -SEPT. 2009: 5,2 MEuros

Grâce à du nouveau matériel et l'instauration de séances d'échauffement, la société Yves Fantou est exempt de cas de TMS.

Grâce à du nouveau matériel et l'instauration de séances d'échauffement, la société Yves Fantou est exempt de cas de TMS.

Mot clés : travail |

Jeanne CAVELIER