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Patrons des VILLES, hommes des CHAMPS

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TGV, boulot, dodo... Voilà le quotidien de ces dirigeants qui, afin d'avoir un meilleur cadre de vie, investissent en famille les campagnes françaises. Et parcourent, chaque jour, des centaines de kilomètres pour se rendre au bureau.

 

@ CORBIS

Lundi, 6 heures du matin, Sanary-sur-Mer. Comme chaque semaine, Eric Dachicourt, 43 ans, monte dans le TGV pour regagner son entreprise, située dans le Nord. Originaire du Pas-de-Calais, ce dirigeant a choisi, il y a trois ans, d'habiter sa résidence secondaire, située entre Toulon et Marseille. «Mon épouse, qui préfère la douceur méditerranéenne aux frimas du Nord, m'a fait part de son envie de s'installer définitivement dans le Sud. Notre aîné devant entrer au lycée et changer d'établissement scolaire, nous avons donc modifié littéralement notre cadre de vie», raconte avec humour le dirigeant de Nord Charpente, une petite entreprise de construction de charpentes et d'aménagement de combles. Mais, pas question, pour autant, de délocaliser son entreprise, et encore moins ses 80 collaborateurs. Une solution s'impose alors: parcourir, chaque début et fin de semaine, les quelque mille kilomètres le séparant de son entreprise et habiter un petit pied-à-terre à Lens, du lundi au vendredi. Un choix qu'Eric Dachicourt ne regrette pas le moins du monde: «Au début, mes salariés et mes clients ont été surpris par cette décision. Aujourd'hui, tout le monde l'a intégrée. Et à partir du vendredi midi, moment où je monte dans le TGV pour regagner mon coin de paradis, mon téléphone professionnel ne sonne plus.»

Calme, verdure, espace... Les attraits de la campagne font succomber de plus en plus de décideurs souhaitant fuir les nuisances urbaines. Selon la SNCF, près de 45 000 personnes prennent quotidiennement le train entre leur domicile, situé en zone rurale, et leur lieu de travail, le plus souvent basé en ville. A 47 ans, Philippe Florentin, dirigeant de Kouro Sivo, agence de marketing opérationnel, partage son temps entre sa résidence lyonnaise et ses bureaux parisiens. «Il m'arrive d'effectuer jusqu'à deux allers-retours par jour entre Paris et Lyon. Je parcours environ 45 000 kilomètres par an en voiture et je suis aussi un habitué des lignes aériennes.» Malgré cet emploi du temps surchargé, le chef d'entreprise n'échangerait son cadre de vie pour rien au monde. «En deux heures, je suis sur une piste de ski et il me suffit d'une demi-heure pour bénéficier du cadre bucolique et apaisant de la campagne lyonnaise», lance l'entrepreneur. Pour réussir son aventure, il a pris soin de peaufiner son organisation. «Je passe deux jours par semaine à Lyon, deux autres jours à Paris et suis en déplacement le dernier jour de la semaine. Mon emploi du temps est parfaitement cadencé et connu de tous mes proches.» Pour ce dirigeant voyageur, la clé de la réussite est aussi d'avoir su s'entourer de collaborateurs autonomes, capables de le suppléer durant ces nombreuses absences. «Malgré mes allées et venues, j'ai l'impression d'être plus disponible à la fois pour mes équipes et ma famille, à qui je consacre entièrement mes week-ends», assure-t-il.

CONFORT
Le TGV, deuxième bureau des hommes d'affaires

Pour le confort des hommes d'affaires, de plus en plus nombreux à travailler dans le TGV, la SNCF va lancer, dès juin 2007, une nouvelle offre Business. Pour l'instant très discrète sur ces installations, elle préfère rappeler les améliorations apportées sur les rames rénovées. Ainsi, les clients de première classe bénéficient (sur les lignes Paris-Lyon, Paris-Lille et Paris-Marseille) de prises électriques individuelles pour recharger la batterie de leur PC portable ou de leur téléphone mobile. Les sièges ont également été repensés pour améliorer le confort des voyageurs. Et de nouvelles fonctionnalités ont vu le jour: liseuse, appuie-tête oreiller, porte-revues, porte-objets, range titres de transport...
Toujours en première classe, des espaces de travail, confortables, calmes et spacieux, sont spécialement aménagés à l'attention de la clientèle affaires: fauteuils isolés pour une concentration; maximale ou «club 4» pour; travaillera plusieurs. Par ailleurs, la SNCF offre à sa; clientèle professionnelle la; possibilité de rester connectée! avec son entourage! professionnel ou personnel! durant le voyage. Deux à quatre plateformes par rame rénovée sont désormais réservées aux voyageurs souhaitant téléphoner. Ils y disposent de prises électriques dans un environnement confortable: banquette, table avec luminaire...

La SNCF a aménagé ses rames pour améliorer le confort des voyageurs: sièges spacieux, prise électrique individuelle, espace réservé aux téléphones portables.

La SNCF a aménagé ses rames pour améliorer le confort des voyageurs: sièges spacieux, prise électrique individuelle, espace réservé aux téléphones portables.

AVIS D'EXPERT
Les déplacements permanents peuvent nuire à l'ambiance familiale

MAURICE CHETRIT, médecin généraliste à Neuilly-sur-Seine
Certains chefs d'entreprise supportent parfaitement les voyages à répétition. «Ils profitent de ces moments pour se décontracter et travailler sereinement», analyse le docteur Maurice Chétrit. Pourtant, il évoque des pathologies propres aux grands voyageurs. «Ils souffrent plus souvent que les autres, de coliques néphrétiques ou de problèmes dorsaux lombaires. D'autres présentent des troubles du sommeil.» Les déplacements fréquents entraînent aussi stress et fatigue. «Mais cette dernière n'est pas plus présente chez les grands voyageurs que chez les ouvriers, qui travaillent 10 heures par jour en usine», tempère le praticien. Pour lui, le plus grand méfait de ces voyages incessants demeure l'impact psychologique sur l'entourage proche. «Les déplacements permanents peuvent nuire à l'équilibre familial. Pour que tout se passe bien, il faut que l'ensemble du foyer adhère au projet de délocalisation et que l'absence fréquente d'un parent ne pèse pas sur le reste de la famille.»

Un choix de vie porté par la famille. Profiter de leur famille et pouvoir compter sur elle, telles sont les premières satisfactions de ces chefs d'entreprise. Car pour supporter un tel mode de vie, il faut, bien entendu, que l'entourage l'approuve pleinement. «Mes enfants et mon épouse n'ont jamais souffert de mon éloignement et ont toujours émis le souhait de rester dans le Sud, affirme Eric Dachicourt. Et si mes absences avaient été mal vécues, nous aurions immédiatement fait machine arrière.» Afin de s'assurer du bien-être de ces néoruraux, de nombreuses associations, dont la mission est d'aider les installations en campagne et accompagner les projets de création d'entreprise, apportent leur soutien. Le collectif «ville campagne», qui travaille sur les problématiques d'installation en zone rurale, en fait partie. «Il y a une vraie réflexion à mener sur l'activité des conjoints. Ils ont de réels besoins et cet apport en ressources humaines constitue une opportunité pour les territoires, qu'ils cherchent à exploiter au mieux», analyse Jean-Yves Pineau, son directeur.

QUELQUES CHIFFRES
Travailleurs nomades: combien sont-ils?

Chaque matin, ils quittent la commune où ils résident pour se rendre sur leur lieu de travail. On les appelle les «migrants alternants». En 1999, selon l'Ipsos, trois actifs sur cinq travaillaient hors de leur commune et 188 000 étaient salariés à plus de 200 kilomètres de chez eux. La SNCF recense, quanta elle, environ 45 000 voyageurs effectuant quotidiennement la navette entre leur domicile et leur lieu de travail. Selon une enquête del'lnseede2003, le rapprochement de Paris, par le TGV, de certaines métropoles régionales, n'a pas entraîné la multiplication des migrations alternantes lointaines. Le nombre de ces i déplacements n'évolue guère. Les plus importants s'observent au départ de Lyon et du Mans, à destination de Paris. Les autres métropoles régionales desservies par le TGV abritent moins d'un millier d'actifs travaillant en Ile-de-France, avec des évolutions variables selon les villes. Leur effectif a cependant progressé à Tours, Nantes et Vendôme. Plus généralement, l'étude montre une baisse du nombre de provinciaux travaillant en région parisienne et résidant au-delà des huit départements limitrophes.

C'est seule qu'Evelyne Gilavert a décidé de s'installer dans sa campagne natale gardoise, dans le petit village de Saint-Michel d'Euzet. Et même si aujourd'hui, elle ne reste guère que quelques jours par mois dans son écrin de verdure, elle ne regrette pas son choix. «Je parcours près de 40 000 kilomètres par an, confie la fondatrice et dirigeante d'AD3C, société de conseil et de formation. Mais la vie citadine me paraissait trop anonyme.» C'est donc dans sa voiture qu'elle a installé son bureau. Portable, imprimante, rétroprojecteur, caméscope... Elle possède une véritable panoplie de dirigeante nomade. Dans le TGV, moyen de transport souvent privilégié des hommes d'affaires devant sillonner la France, des aménagements ont été prévus: prises électriques individuelles, sièges confortables, compartiments réservés aux conversations téléphoniques... Tout est fait pour qu'ils puissent travailler sereinement. «Le train est un véritable microcosme. Avec le temps, on sympathise avec les habitués des lignes à grande vitesse», témoigne Henri Leroy. A la tête d'une entreprise de confection d'une trentaine de salariés, ce dernier a passé 27 ans de sa carrière professionnelle à effectuer des allers-retours entre Nantes et Paris. Des trajets incessants qui lui ont permis de sympathiser avec le comédien Darry Cowl et de régulièrement croiser l'écrivain Hervé Bazin. Et si le TGV crée des liens, il permet aussi de conclure des contrats. «A défaut de lier de véritables amitiés, j'ai pu y rencontrer des personnes que je rêvais d'aborder professionnellement», confie Philippe Florentin. Reste le principal problème de ce mode de vie itinérant: la fatigue. Pour Patrick Le May, médecin du travail et responsable communication au CIAMT (Centre inter-entreprises et artisanal de la santé au travail), «il faut avoir une bonne hygiène de vie, se ménager des temps de repos et ne pas s'imposer, durant les trajets, une charge de travail trop importante». Mais tous ces dirigeants partagent cet avis: leur cadre de vie constitue le meilleur remède à la fatigue.

COMBIEN CA COUTE
Le prix des déplacements quotidiens

Si la qualité de vie n'a pas de prix, le TGV et l'avion, eux, en ont un. Il existe plusieurs formules d'abonnement La carte Fréquence, une formule d'abonnement dont le tarif, en première classe, varie entre 206,70 euros pour trois mois et 590,60 euros pour 12 mois, permet de bénéficier de 50% de réduction sur les billets. L'abonnement Travail offre, lui, un nombre de déplacements illimités domicile/travail, dans un rayon de 75 kilomètres. Son prix varie selon la destination. Enfin, le forfait mensuel propose des allers-retours illimités sur une même destination. Ainsi, pour un trajet entre Paris et Lyon en première classe, il faut compter 620,10 euros, plus 1,50 euro de frais de réservation, ou préférer un abonnement hebdomadaire à 171,20 euros (plus frais de réservation). Les compagnies aériennes offrent, elles aussi, des tarifs privilégiés aux grands voyageurs. Ainsi, chez Air France, la carte France métropolitaine vous procure, pour 599 euros, de 26 à 32% de réduction sur le plein tarif. Elle donne droite une priorité sur les listes d'attente, à la réservation et à l'aéroport

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Mélanie Kessous