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Pour ou contre les titres-restaurant ?

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Exempts de charges sociales et patronales, non soumis à l'impôt, souples d'utilisation, les titres-restaurant sont plébiscités par un grand nombre de PME. Certaines leur préfèrent toutefois les restaurants d'entreprise, jugés plus fédérateurs.

Le marché du titre-restaurant a de quoi faire saliver: 120 000 entreprises françaises séduites par la formule, une croissance constante de 6 % par an et un chiffre d'affaires de 4,5 milliards d'euros en 2008. Selon les chiffres de la Commission nationale des titres-restaurant (CNTR), une majorité de PME ont adopté le produit. Ces dernières représentent en effet 60 % des entreprises utilisatrices de ce moyen de paiement. Laurent Delmas, directeur général d'Accor Services, confirme cet engouement : «93 % de nos clients sont des PME. Et plus le temps passe, plus la formule intéresse. »

Un complément au pouvoir d'achat.

Les raisons de ce succès? Le titre-restaurant présente de nombreux avantages. «D'abord, il s'agit d'un geste social fort, apprécié des salariés», souligne Vincent Gallago, secrétaire général de la CNTR. En effet, l'employeur n'a aucune obligation à fournir ses collaborateurs en titres-restaurant. Il s'agit d'une démarche facultative, souple et facile à mettre en place. Il suffit de passer commande auprès d'un émetteur. Quatre acteurs se partagent le marché: Accor Services (Ticket Restaurant), Chèque Déjeuner, Natixis Intertitres (Chèque de Table) et Sodexo (Chèque Restaurant). Institués par une ordonnance de 1967, ces titres spéciaux sont accessibles à toute entreprise comptabilisant au moins un salarié. Ils sont cofinancés par l'employeur et l'employé. La contribution patronale doit être comprise entre 50 % et 60 % de la valeur faciale. Celle du salarié, obligatoire, porte sur le pourcentage restant. La valeur est, en moyenne, de 7 euros. «D'une certaine manière, les titres-restaurant apportent un complément au pouvoir d'achat des collaborateurs, qui coûte moins cher qu'un relèvement des salaires», souligne Laurent Delmas (Accor Services).

La participation de l'employeur est, en effet, exonérée de toute charge fiscale (taxe sur les salaires et impôts sur les revenus) et sociale (part patronale), dans la limite d'un plafond revalorisé annuellement. Ce plafond se situe à 5,01 euros depuis le 1er janvier 2010. De même, le salarié ne paie pas de charges sociales. En outre, le dirigeant garde la maîtrise de son budget: il connaît la quantité et la valeur des carnets qu'il commande. «Pour le salarié, c'est un élément générateur de bien-être, ajoute Vincent Gallago (CNTR). Il est plus libre et peut changer de point de restauration à chaque déjeuner. »

Des collaborateurs dispersés.

A contrario, les détracteurs du titre-restaurant regrettent, eux, cette dispersion des collaborateurs à l'heure du déjeuner et préfèrent souvent le restaurant d'entreprise. L'argument qu'ils mettent en avant? Il permet à chacun de se retrouver sur un même lieu et, par conséquent, de rapprocher les services entre eux. Si la formule peut s'avérer onéreuse pour une PME (charges fixes et salaires des cuisiniers à payer, frais d'entretien), une autre solution consiste à équiper ses locaux d'un endroit où les salariés pourront soit amener un repas préparé par leur soin, soit se faire livrer des plats. Au-delà de l'argument social indéniable, le coût de la création d'un espace de restauration est déductible fiscalement. Enfin, le système de restauration interentreprise est généralement bien adapté aux petites structures en raison de son coût abordable. Les frais sont en effet divisés entre plusieurs sociétés. « Quelle que soit la solution choisie, le dirigeant doit veiller à être en accord avec le comité d'entreprise, conseille Vincent Gallago (CNTR). En ce qui concerne les titres-restaurant, la question, parfois délicate, du montant de ces derniers reste fixée par la direction. Il ne faut pas créer de déceptions... » Par ailleurs, les titres-restaurant peuvent se révéler peu utiles dans le cas où les employés n'ont pas accès facilement à des lieux de restauration. A noter également que certains établissements ne les acceptent pas.

POUR
Grâce aux titres-restaurant, nous maîtrisons notre budget

FRANCOIS SCHAPIRA, p-dg d'Actel
Actel est une entreprise de télémarketing et téléservices de 50 salariés. Mais lorsqu'elle participe à des opérations événementielles, plusieurs fois par an, son effectif peut atteindre jusqu'à 100 collaborateurs. «Grâce aux titres-restaurant, nous maîtrisons notre budget, assure François Schapira, p-dg d'Actel. Nous savons à l'avance combien de titres vont être distribués. Notre gestion des coûts est ainsi sans surprise. » En parallèle, le dirigeant considère que cette formule est très avantageuse pour ses salariés. «Le personnel est attaché à cette liberté que permettent les titres-restaurant. Si nous avons tendance à déjeuner de façon séparée, cela permet aussi de sortir du cadre de la société. »
Pourtant, quand il rachète Actel en 1997, François Schapira envisage d'abord de rejoindre un restaurant interentreprise. Mais aucun ne se trouve à proximité du siège de sa société. Et créer une cantine propre à Actel aurait été trop coûteux. «Les titres-restaurant sont parfaitement adaptés aux petites structures », assure-t-il aujourd'hui. Régulièrement, le dirigeant interroge ses salariés pour savoir s'il est nécessaire d'ajuster le montant des titres. En début d'année, il a ainsi accordé une augmentation d'un euro par titre-restaurant.

ACTEL - Repères

- ACTIVITE: Centre d'appels
- VILLE: Rueil-Malmaison (Hauts-de-Seine)
- FORME JURIDIQUE: SA
- DIRIGEANT: François Schapira, 62 ans
- ANNEE DE CREATION: 1980
- EFFECTIF: 50 salariés
- CA 2009: 3,2 MEuros

CONTRE
Les repas partagés au sein même de l'entreprise désamorcent les tensions

JEAN-BAPTISTE LE BIGOT, codirigeant de Faber France
En mai 2008, Faber France imagine, au sein de ses locaux, un espace de 100 m2 destiné à recevoir la cantine de l'entreprise. La réalisation du projet revient à 45 000 euros. Deux ans plus tard, les deux dirigeants de la PME ne regrettent pas leur choix. «Avec ce restaurant, nous avons créé un endroit convivial qui consolide les relations entre les différents collaborateurs, explique le directeur général, Jean-Baptiste Le Bigot. Les repas partagés désamorcent les tensions.» Grâce à un accord passé avec un traiteur proche, entrées, plats et desserts arrivent tout cuisinés. Chaque repas coûte 5 euros, cofinancé à parts égales par l'entreprise et le salarié. Faber France propose toutefois à ses collaborateurs de régler leurs repas avec des titres-restaurant. Ainsi, environ la moitié des salariés se font livrer leur repas. Les autres choisissent d'apporter leur propre déjeuner. Ce choix s'avère d'autant plus judicieux que l'entreprise est située dans une zone isolée de la campagne lilloise, pauvre en lieux de restauration. « Grâce au restaurant d'entreprise, les salariés ne perdent pas de temps pour aller déjeuner», estime Jean-Baptiste Le Bigot.

FABER FRANCE - Repères

ACTIVITE: Fabrication de drapeaux et banderoles
VILLE: Wavrin (Nord)
FORME JURIDIQUE: SAS
DIRIGEANTS: Patrice Verley, 55 ans et Jean-Baptiste Le Bigot, 49 ans
ANNÉE DE CRÉATION: 1989
EFFECTIF: 46 salariés
CA 2009: 11 MEuros