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Tanya Heath (Tanya Heath Paris) : Produire en France, c'est le parcours du combattant !

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En créant mon entreprise de chaussures Tanya Heath Paris, il était évident pour moi que je devais fabriquer en France. Gage de qualité, reconnaissance à l'international, réactivité des fournisseurs: le tableau aurait pu être idyllique mais, dans la réalité, c'est une autre paire de manches...

Les problèmes de qualité sont fréquents, notamment dans la mode. C'est d'autant plus pénalisant quand on démarre son activité. Je travaille avec mon associé, Florent Lucas, une responsable des collections, une vendeuse et trois stagiaires, et nous ne pouvons nous permettre de perdre le moindre stock parce qu'il comporte des défauts. C'est l'une des raisons qui m'a poussée à fabriquer en France. Même si je suis d'origine canadienne, je voulais intégrer l'écosystème français de l'innovation et de la mode. Les ingénieurs qui m'ont aidée à concevoir des chaussures au talon rétractable? Français. Tout comme l'équipe de designers qui a travaillé sur l'aspect esthétique de nos paires. Un financement aussi 100 % tricolore, grâce à l'aide conjointe de Scientipôle, Agoranov Paris, BNP Paribas et Oséo création d'entreprise. Je collabore avec trois usines: une en Franche-Comté qui gère les pièces métalliques, une à Cholet qui réalise les talons et, enfin, une unité de production à Rouen qui assemble les chaussures. Depuis la création de mon entreprise, 1 600 paires ont été ainsi fabriquées, dont la moitié a été vendue à l'étranger. Car l'impact du made in France à l'international est indéniable! Fabriquer en France me permet également de mieux protéger mon innovation grâce aux brevets et au soin apporté à la propriété intellectuelle. Je gagne aussi en réactivité dans la conception des collections. Avoir mon centre de production à quelques heures de Paris me permet de mieux répondre aux demandes de mes clientes.

Mais produire en France est loin d'être la panacée! Je dois affronter deux problèmes au quotidien. Le premier, je ne le dois qu'à moi-même: j'ai choisi de fabriquer des chaussures dans un pays qui voit disparaître les acteurs spécialisés dans ce domaine. Démarcher mes partenaires n'a pas été simple. Et mes commandes passent après celles des grands groupes, d'où des soucis de délai. Le second problème est lié au fonctionnement actuel de l'industrie française, mise à mal par nos lacunes en termes de compétitivité dues à des décisions prises par le gouvernement La fiscalité des entreprises et le système des charges salariales augmentent les coûts pour l'employeur et le freinent dans sa politique d'embauche. Un exemple? Dans l'une des usines où je fais fabriquer, la dernière embauche date d'il y a 35 ans! Il y a une réelle inquiétude quant aux départs à la retraite car le dirigeant ne peut pas investir dans la formation des jeunes. Les 35 heures, aussi, sont une aberration. Certaines usines ferment le vendredi ou tournent au ralenti à cause des RTT, alors qu'au siège social, à Paris, nous continuons à travailler d'arrachepied. Il y a un manque total de souplesse. Par conséquent, produire en France coûte cher, ce qui nous pénalise au niveau international. Le travail récent autour du made in France (notamment lors des dernières élections présidentielles) part d'une bonne volonté, il permet de limiter la casse. L'économie tricolore a autant besoin de l'industrie que du secteur tertiaire ou de l'agriculture. Reste que la mise en place du label Origine France Garantie a surtout une valeur symbolique, qui renforce l'image des produits à l'international. Il ne remplacera jamais une vraie réflexion sur l'avenir de l'industrie tricolore...

Tanya Heath, fondatrice de Tanya Heath Paris

Tanya Heath, fondatrice de Tanya Heath Paris

BIO EXPRESS

D'origine canadienne, Tanya Heath rejoint la France en 1996. Diplômée de l'ESCP Europe, elle se spécialise en stratégie et dans les nouvelles technologies. Elle crée, en décembre 2011, Tanya Heath Paris, une entreprise spécialisée dans la création de chaussures au talon interchangeable.
Rens.: www.tanyaheath.com

Mot clés : Industrie |

Par Tanya Heath, propos recueillis par Céline Tridon