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QUITTER son entreprise pour faire LE TOUR DU MONDE

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Sillonner la planète un sac sur le dos, un rêve? Certains dirigeants de PME ont voulu, coûte que coûte, jouer les baroudeurs, larguant les amarres pendant six mois ou un an. Récits d'expérience.

 

A SAVOIR

Dirigeant salarié, prenez un congé sabbatique
Si vous bénéficiez du statut de dirigeant-salarié, vous pouvez demander un congé sabbatique pour jouer aux baroudeurs. Il s'agit d'un congé non rémunéré, de 6 à 11 mois, période pendant laquelle le contrat de travail est suspendu. Conséquence: vous pouvez tout à fait travailler durant ce congé et, à son issue, démissionner sans préavis. Une condition: avoir une ancienneté d'au moins trois ans dans l'entreprise et avoir travaillé durant au moins six ans. A noter: dans les PME de moins de 200 salariés, l'employeur peut vous refuser ce congé sabbatique.

L'Afrique, Catherine Doiteau en rêvait depuis longtemps. Avec des vacances souvent raccourcies, la dirigeante de Doiteau Assurances n'y avait jamais mis les pieds. Pourtant, à l'aube de ses 40 ans, elle saute le pas. «Je travaillais douze heures par jour depuis quinze ans, raconte-t-elle. Je voulais - enfin!- prendre le temps de vivre.» Neuf mois plus tard, accompagnée de son mari et de ses deux enfants de 11 et 13 ans, la patronne de ce cabinet d'assurances de 5 salariés quitte Alençon et son entreprise pour s'aventurer, en 4X4, en pleine savane. Son programme des quinze prochains mois? Partager la nourriture des tribus maliennes et apprendre l'art de la lance avec le peuple Masaï. Ce projet est le fruit d'une longue réflexion. «Je n'étais plus heureuse dans mon métier de dirigeante.» Son emploi du temps surchargé ne lui laissait guère le temps de s'adonner à sa passion des voyages. «Je collectionnais les livres sur les différentes régions du monde, sans y être jamais allée.» Ce tour du monde était donc l'accomplissement d'un rêve.

Comme Catherine Doiteau, beaucoup de patrons sont tentés de mettre les voiles pour sillonner la planète. L'association Aventuriers du Bout du Monde (ABM) rassemble plus de 5 000 adhérents. Leur profil? «Surtout des cadres en activité qui veulent faire un break dans leur vie professionnelle», révèle Didier Jéhanno, son président. Mais si beaucoup en rêvent, rares sont les chefs d'entreprise qui passent à l'acte. Ainsi, chez ABM, les dirigeants représentent moins de 5% des adhérents. Il faut dire qu'il faut être sacrement motivé - ou inconscient - pour entreprendre un tel projet quand on est son propre patron. Emmanuelle Dulys en a bien conscience. Cette dirigeante réunionnaise, gérante de La Boutique, qui fabrique et commercialise des objets de décoration, s'apprête à vendre sa maison et son entreprise avant de traverser, dès le 1er août 2008, l'Afrique, l'Asie puis l'Amérique latine, avec son mari et ses trois enfants âgés de 7 à 13 ans. Un tour du monde qui durera plus d'un an. «Je rêvais de le faire depuis l'âge de vingt ans, raconte cette chef d'entreprise de 41 ans. Installée depuis dix ans à La Réunion, j'avais fini par m'installer dans une certaine routine. Cela m'a donné envie de voir du pays» Il faut dire que, pour cette dirigeante, voyager est une philosophie de vie. «Je veux me sentir libre de créer une nouvelle entreprise ailleurs», confie-t-elle. Une envie de liberté qui l'incite à tourner la page et, ce faisant, à céder son affaire. «Mon associée, qui détient actuellement 5% des parts, sera bientôt seule actionnaire et maître à bord.»

Partir quinze mois en Afrique, comme la famille Doiteau (au-dessus), ou en Inde, comme Jean-Marc Renaudie (à côté). Dans les deux cas, l'objectif est le même: se ressourcer.

@ DR

Partir quinze mois en Afrique, comme la famille Doiteau (au-dessus), ou en Inde, comme Jean-Marc Renaudie (à côté). Dans les deux cas, l'objectif est le même: se ressourcer.

@ DR

RENAUDIE - Repères

- ACTIVITE: Vente de bijoux artisanaux
- VILLE: Panazol (Haute-Vienne)
- FORME JURIDIQUE: EURL
- DIRIGEANT: Jean-Marc Renaudie, 39 ans
- ANNEE DE CREATION: 2004
- EFFECTIF: 1 personne
- CA 2005: 60 000 euros

TEMOIGNAGE

En Inde, j'ai trouvé la force de repartir
JEAN-MARC RENAUDIE, gérant de Renaudie
Jusqu'en 2002, Jean-Marc Renaudie était un patron heureux. A la tête d'International Carrières, il développait tranquillement sa petite entreprise de 12 salariés. Mais, en 2000, l'éclatement de la bulle Internet a raison de son affaire d'out-placement via Internet. En 2002, International Carrières est placé en liquidation judiciaire. Jean-Marc Renaudie enchaîne les missions de conseil, mais se retrouve vite à court d'argent. Partir en Inde? Il en rêvait depuis longtemps. Et, surtout, rien ne le retient en France. En août 2003, il s'envole pour New Delhi, avec 4 000 euros en poche. Pendant un an, le routard parcourt l'Inde, à pied ou en bus. Là-bas, il gravit l'Annapurna, rencontre les Hindous et, surtout, réfléchit à son parcours. «Cette longue pause m'a permis de rompre la dynamique de l'échec et de recharger les batteries», confie-t-il. Quand un jour, sur les contreforts de l'Himalaya, il croise la route de fabricants de bijoux artisanaux, il trouve la motivation de recréer une affaire important en France des bijoux indiens. Un an après son départ, Jean-Marc Renaudie rentre à Paris pour se lancer dans ce nouveau business. Sa nouvelle entreprise, Renaudie, commence à se développer tranquillement: le chef d'entreprise a déjà convaincu une quinzaine de boutiques de distribuer ses bijoux made in India.

Organiser son départ. Mais pour réussir ce nouveau départ, Emmanuelle Dulys songe déjà aux préparatifs. La chef d'entreprise a dessiné son parcours avec précision et s'est renseignée sur les moyens de transports locaux. Un an et demi avant le jour J, elle sait qu'elle louera une voiture pendant un mois pour traverser une partie de l'Afrique, puis prendra le train en Chine.

Elle a aussi pensé au cursus scolaire de ses trois enfants, qui seront en classe de CE2, CM2 et sixième: elle glissera dans ses valises plus de six kilos de livres scolaires pour assurer elle-même les cours, aidée de son mari. Enfin, Emmanuelle Dulys a calculé son budget, soit 20000 euros par personne pour un an. Pour le reste, la dirigeante laissera place à l'imprévu: «Les hôtels et les hébergements seront réservés sur place.»

Ce talent d'anticipation est une vraie nécessité pour préparer un tour du monde. Ainsi, il a fallu plus de quatre mois à Laurent Edel pour finaliser son voyage de sept mois aux Etats-Unis, au Japon et en Chine. Il faut dire que cet entrepreneur, fondateur de l'incubateur pour start-up Republic Alley, partait avec sa femme et son bébé de moins d'un an. Pas question, dès lors, de voyager en routard. Le couple a recruté une nourrice qui a accepté de s'envoler à leurs côtés pour prendre soin de leur progéniture. Pour les mêmes raisons, Laurent Edel n'a pas souhaité loger à l'hôtel. Il a donc organisé un échange d'appartements avec des particuliers résidant dans une dizaine de villes étrangères. «Ce système d'hébergement nous a permis de vivre au rythme des pays que nous avons traversés», juge-t-il a posteriori.

Envisager l'avenir. Mais, finalement, ces tours du monde sont-ils réellement salutaires? Pour Laurent Edel, c'était une nécessité. Après avoir créé Republic Alley à l'âge d'or de la nouvelle économie, en 1999, l'entrepreneur l'avait cédée en 2002. «Je voulais passer à autre chose», confie-t-il. Son objectif? Recharger les batteries et, au passage, trouver de nouveaux concepts, dans l'optique de créer une nouvelle société. Durant son voyage, Laurent Edel démarche des entrepreneurs étrangers et puise des idées. A son retour, il crée Goodfutur, une société de conseil qui aide les entrepreneurs en herbe à concrétiser leur projet. Une activité finalement assez proche de celle de Republic Alley. Qu'importe. Cette aventure lui a permis de «trouver l'énergie pour envisager l'avenir». Car, dans la plupart des cas, sillonner la planète est l'occasion de réfléchir sur son projet de vie. C'est au fil de ses pérégrinations en Afrique que Catherine Doiteau a pris conscience de «la nécessité de changer de vie». Et pour cause. «Le fait de vivre à l'extérieur pendant plus d'un an et de profiter à 100% de ma famille m'a fait comprendre que je ne voulais plus être chef d'entreprise», confie-t-elle. De retour en France, elle est devenue secrétaire dans une collectivité locale, tandis que son mari a choisi de rester au foyer. Quant à Emmanuelle Dulys, elle songe déjà - secrètement - à l'après tour du monde. «Je trouverai bien un nouveau projet de création d'entreprise!» Chassez le naturel...

A LIRE

- PREPARER SON TOUR DU MONDE
Ce petit livre pratique donne des clés et des astuces pour bien préparer votre voyage autour du monde. Leurs auteurs, Didier Jéhanno et Michel Puysségur, dispensent des conseils pour choisir son itinéraire, passer les frontières, transporter son véhicule, travailler surplace... Un guide pratique pour qui veut sillonner la planète.


Partir autour du monde, de Didier Jéhanno et Michel Puysségur, 2005, éditions ABM, 17 euros.

PRATIQUE

Tour du monde, mode d'emploi
Vous envisagez de sillonner la planète durant plusieurs mois? Voici les étapes à respecter pour organiser votre voyage.


Préparez votre itinéraire
6 mois avant
Plusieurs mois avant le départ, réfléchissez à la durée de votre séjour, mais aussi aux pays que vous souhaitez traverser. «Il faut prendre le temps de se poser dans chaque pays au moins un mois», conseille Didier Jéhanno, président de l'association Aventuriers du Bout du Monde. Réservez également votre billet d'avion: la plupart des compagnies aériennes vendent des billets spéciaux comprenant six escales, à partir de 2 000 euros par personne.


Faites vos comptes...
3 mois avant
Prévoyez une somme d'argent pour des excursions, le logement, les transports intérieurs... En moyenne, l'association ABM conseille de prévoir un minimum de 5000 euros (hors billet d'avion) pour s'envoler durant un an.


...et organisez la scolarité de vos enfants
Pendant que vous barouderez, vos têtes blondes devront suivre des cours par correspondance: n'oubliez pas de les inscrire au Cned trois mois avant. Vos enfants pourront recevoir des cours par correspondance, faire leurs devoirs et recevoir les corrigés. Coût: 100 euros environ pour une année en école élémentaire (www. cned.fr).


Réglez l'administratif
2 mois avant
C'est la dernière ligne droite avant le jour J. Vous devrez avoir accompli tous les vaccins nécessaires, demandé un visa pour le premier pays que vous traverserez et, bien sûr, averti les principales administrations (Sécurité sociale, Impôts) de votre longue absence.

Retrouvez les sociétés citées dans notre carnet d'adresses, page 98.

Mot clés : euro | Voyage

Stéphanie Fontana-Bérard