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Quand Sally rencontre le succès

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A la tête d'une TPE spécialisée dans la vente et la pose de stores et volets, Sally Bennacer est une entrepreneuse accomplie, maintes fois primée et reconnue. Aujourd'hui, elle consacre beaucoup de son temps et de son énergie aux jeunes des quartiers populaires dont elle est elle-même issue.

L'étiquette de la banlieue colle à la peau de Sally Bennacer, lauréate du concours Talents des cités millésime 2002, qui récompense des entrepreneurs originaires de quartiers prioritaires des villes. Une image avec laquelle la dirigeante d'Art and Blind, une TPE qui distribue et installe des stores, volets et autres placards pour une clientèle de professionnels et de particuliers, aimerait prendre de la distance. « J'évolue dans l'univers du haut de gamme, donc je me passerais volontiers d'une image de beurette descendue de sa tour HLM, lance la jeune femme. Pour autant, je n'ai pas honte de mes origines ; je suis même fière de mon parcours. » Il faut dire qu'elle en a parcouru du chemin depuis son arrivée de Kabylie à l'âge de l'entrée en école primaire. 37 ans plus tard, elle possède deux magasins situés au Kremlin-Bicêtre dans le Val-de-Marne, emploie cinq collaborateurs et dégage un CA d'un demi-million d'euros.

Seule pour monter sa boîte

Ce succès, elle ne le doit qu'à sa détermination. En 1999, elle occupe un poste de directrice commerciale au sein d'un magasin de stores et volets, acquis en grimpant progressivement les échelons. Ce qui ne devait être qu'un job à temps partiel pour financer ses études de psychologie se transforme en véritable carrière. Mais son rêve d'adolescente la taraude: lancer sa propre affaire. Quand un creux dans le carnet de commandes entraîne le licenciement de l'une de ses collègues quinquagénaire, c'est le déclic. « Quitte à vivre dans l'insécurité, autant ne pas être tributaire d'un patron.» Pour limiter les risques, elle se lance dans un secteur qu'elle maîtrise: la commercialisation de volets et de stores. Sérieuse et appliquée, elle dévore moult livres sur la création et la gouvernance d'entreprise puis démissionne au bout de huit ans de bons et loyaux services, au grand dam de son chef, «un homme de coeur mais qui n'a pas su s'affranchir du sexisme ambiant dans le monde du bâtiment pour m'octroyer un poste à la hauteur de mes compétences». S'ensuivent plus de deux ans de galère. La journée, la jeune femme écume les salons, visite des fournisseurs, suit des formations à la chambre de métiers et de l'artisanat et achète des maquettes avec lesquelles elle démarche des prospects. Le soir, elle sert dans un restaurant. Euro après euro, elle épargne pour ouvrir son premier magasin. Et c'est chose faite en 2002, suivi d'un second en 2011. Un accomplissement? «Non, une obligation de réussite! J'étais engagée dans un processus à long terme avec des charges et un prêt sur le dos. » Terre à terre, Sally Bennacer. Une simple publicité dans les PagesJaunes et un fabuleux bouche à oreille assurent le développement de la TPE qui étoffe sa clientèle et ses prestations au fil des ans.

Partager son expérience

Un parcours semé d'embûches qu'elle souhaite éviter à des jeunes entrepreneurs. Depuis deux ans, elle accueille ainsi gracieusement dans ses locaux des jeunes en phase de création d'entreprise qui jouissent d'un espace au calme où faire grandir leur projet. Le sixième frappe déjà à la porte. Insuffisant pour cette battante. En fin d'année dernière, elle crée l'association Entreprendre en Val-de-Marne, pour aider les jeunes entrepreneurs du département. Une fois par trimestre, elle se démène pour faire venir un banquier, un assureur ou un professionnel de la chambre de commerce et d'industrie devant un public de jeunes tentés par l'aventure entrepreneuriale. Et elle ne ménage pas sa peine. En mars, elle a ainsi consacré plusieurs heures le soir après la fermeture de ses boutiques à une coiffeuse en passe d'ouvrir son salon parisien dont les connaissances en matière de gestion s'avéraient limitées. Auparavant, elle avait déjà retravaillé avec succès son business plan et un dossier de financement mal ficelé. Elle partage aussi son expérience avec les élèves des Ecoles de la deuxième chance de la région parisienne, qui assurent l'insertion sociale et professionnelle de jeunes de 18 à 25 ans sans qualification et sans emploi, dont elle est membre du conseil d'administration. Et le succès et l'engagement entrepreneurial de la quadragénaire ne passent pas inaperçus. En 2012, elle est nommée au Conseil national des villes, dont la mission est de conseiller le gouvernement sur l'élaboration de la politique nationale des villes et du développement social urbain. Enfin, elle reçoit le prix de l'Artisanat au féminin par sa chambre de métiers et de l'artisanat. Toutes ces distinctions, elle estime pouvoir s'en enorgueillir sans peine: «J'ai horreur qu'on dise de moi que j'ai eu de la chance. Pour réussir, j'ai travaillé dur. Seul le mérite paie.»

BIO EXPRESS

1967
Naissance en Kabylie


1975
Départ de l'Algérie pour la région parisienne


1999
Démission de son poste de directrice commerciale


2000
Création de son entreprise Art and Blind


Ouverture de son premier magasin au Kremlin-Bicêtre


Lauréate du concours Talents des cités


2011
Ouverture de son deuxième magasin et création de l'association Entreprendre en Val-de-Marne


2012
Nomination au Conseil national des villes et obtention du prix de l'Artisanat au féminin

SES PREMIERES FOIS

Sa première rencontre avec un banquier
En 2002, Sally Bennacer franchit le seuil d'une banque. Objectif: obtenir un prêt pour financer l'ouverture de son premier point de vente au Kremlin-Bicêtre. L'accueil est aimable, mais l'étude de son dossier superficielle. C'est non. Deux fois. Jusqu'à ce que dans un troisième établissement, le conseiller prenne la peine d'effectuer une évaluation plus poussée et d'écouter la dirigeante. Banco!


Son premier prix
Parallèlement à l'ouverture de son premier point de vente, elle reçoit le prix Talents des cités qui récompense des entrepreneurs issus des quartiers réputés difficiles. Un véritable «coup de boost» pour celle qui commençait à désespérer car son entreprise, après plus de deux ans d'activité, ne lui permettait pas encore d'en vivre.

LES DERNIERES FOIS

Sa dernière fierté
En février 2012, Sally Bennacer remporte, au bois de Vincennes, la course de 5 km des experts-comptables. Au-delà de la joie personnelle, la dirigeante est émue par la fierté ressentie par sa mère, femme peu démonstrative qui n'appréhende pas pleinement les défis relevés par sa fille.


Son dernier recrutement
En novembre 2011, une cinquième collaboratrice rejoint l'équipe en qualité de responsable de magasin. Peu aux faits des techniques de recrutement, la dirigeante fait appel à sa chambre de commerce et d'industrie pour un diagnostic RH. Cette formule à 450 euros HT lui assure les conseils d'un expert pour la rédaction de fiche de poste et l'entretien d'embauche.