Mon compte Devenir membre Newsletters

Quand la vie (perso) VIRE AU CAUCHEMAR

Publié le par

Deuil, maladie, divorce... Quand on est patron, on ne doit pas se laisser «polluer» par les coups durs qui jalonnent la vie privée. Dans l'adversité, certains parviennent à faire face, d'autres ont besoin d'aide. Récits et confidences.

 

BLOC-NOTES

- CONTACTS UTILES
Ces associations regroupent chacune des professionnels: coaches pour l'AFC et spécialistes de la thérapie comportementale cognitive (psychologues ou psychiatres) pour l'AFTCC. Ce type de thérapie permet la résolution d'un problème en focalisant sur un point précis.


- Association française de coaching: www.sfcoach.org


- Association française de thérapie comportementale et cognitive: www.aftcc.org

Quand il apprend qu'il est atteint d'un cancer, Didier Gras subit un énorme choc. «En tant que patron de PME, j'avais l'habitude d'anticiper, de prévoir... Mais je n'avais en aucun cas imaginé qu'une telle chose pourrait m'arriver», confie le gérant de l'agence de communication lilloise du même nom. Comme lui, de nombreux chefs d'entreprise doivent composer, un jour ou l'autre, avec les aléas de la vie. Et lorsque ces aléas prennent des airs de drames personnels, ils ne savent pas toujours comment faire face. «La plupart des dirigeants ont conscience d'encourir un risque financier, mais rares sont ceux qui pensent au risque psychologique», confirme le docteur Patrick Légeron, psychiatre et gérant du cabinet de conseil en stress professionnel Stimulus. Selon lui, l'équilibre psychologique de chaque individu repose sur un trépied composé d'une vie professionnelle épanouie, d'une vie familiale équilibrée et d'une vie sociale enrichissante. En cas de coup dur, plus ces trois sphères sont riches et plus la personne peut s'en servir afin de surmonter la crise. Mais attention: cette compensation ne doit pas devenir une échappatoire. Dans les moments difficiles, la tentation de nombreux chefs d'entreprise est de se réfugier dans le travail, voire de s'y accrocher comme à une bouée de sauvetage. «C'est tout à fait excessif, estime Marie-Carmen Castillo, psychologue clinicienne et maître de conférences à l'université Paris VIII. Le travail peut être un soutien, mais pas une solution en soi. Il ne faut pas se priver d'une aide extérieure et, en tout premier lieu, de celle de son entourage.» C'est le moment de vous rapprocher des êtres qui vous sont chers, d'accepter les mains tendues et même de les solliciter, sans en rougir. «Une crise révèle les aspects cachés de certaines personnalités. Elle peut être l'occasion défaire le tri parmi ses amis», renchérit la psychologue.

@ FOTOLIA/JAMES STEIDL/LD

Se confier à un professionnel. Mais parfois, les conseils des proches ne suffisent pas; le recours à un professionnel est alors nécessaire. Une prise de conscience parfois difficile. «Beaucoup de dirigeants d'entreprise ont un ego fort, ce qui les conduit à croire qu'ils peuvent faire face seuls à leurs difficultés», observe Philippe Neuville, gérant d'un cabinet parisien d'aide psychologique aux salariés, Présence Psy. Pourtant, neuf fois sur dix, l'intervention, même ponctuelle, d'un «pro» apporte une aide féconde. Psychiatre, psychologue, voire coach: tout dépend de vos besoins et de votre degré de difficulté (voir encadré ci-contre). Fabienne Hervé, à la tête d'une agence de relations presse (FH Conseil), se souvient de l'aide que lui a apportée son coach à l'époque de son divorce, il y a sept ans. «J'ai éprouvé un sentiment de liberté les deux premières années, puis j'ai vécu une crise personnelle. Je ne savais plus où j'en étais.» C'est alors que la dirigeante croise le chemin d'André Pitra, coach spécialiste du relationnel et de la communication. Elle décide de le consulter à titre personnel, une fois par semaine durant les trois premiers mois, puis une fois par mois. Les séances durent une heure, de visu. Le coach entame une discussion avec sa cliente, évoque sa façon de vivre et de travailler. «Il m'a aidée à identifier mes priorités, m'a conseillée pour que je puisse me réorganiser. Ce sont des recettes de bon sens, mais qui ne semblent pas limpides quand on est submergé.» Au bout de 18 mois d'accompagnement, Fabienne Hervé a remis de l'ordre dans sa vie. Elle décide alors de concrétiser un vieux rêve et de quitter Paris pour s'établir à Aix-en-Provence, où elle installe son agence. Avec le recul, elle estime que le coaching lui a été bénéfique, y compris au plan professionnel: «Une collaboratrice m'a avoué que j'avais amélioré ma façon de manager, que j'étais plus détendue avec mon équipe.»

FABIENNE HERVE, dirigeante de l'agence FH Conseil

Un coach donne des conseils de bon sens qui ne semblent pas limpides quand on est submergé par les soucis.

COMPRENDRE

Coach, psychologue ou psychiatre?


L'aide d'un professionnel peut vous aider à surmonter une crise. Conseils pour y voir clair dans la jungle des «psy».

@ FOTOLIA/ENDOSTOCK/LD

1 LE PSYCHOLOGUE, POUR DEBUTER
Le psychologue, titre sanctionné par cinq ans d'études universitaires, va se pencher sur votre vécu pour faire surgir l'origine de vos difficultés et vous aider à trouver des clés. Il vous proposera une psychothérapie: un travail d'écoute et d'échange qui dure plusieurs mois. Il n'est pas médecin, son intervention n'est donc pas remboursée par la Sécurité sociale. Il faut compter de 50 à 110 euros pour une séance de 45 minutes, avec une moyenne de 80 euros à Paris.

@ FOTOLIA/BRAM J. MEUER/LD

2 LE PSYCHIATRE, POUR UNE APPROCHE MEDICALE
Docteur en médecine, le psychiatre est habilité à prescrire un traitement médicamenteux, notamment si le patient présente des troubles dépressifs. Il peut également entamer une psychothérapie, qui peut durer quelques mois, voire plusieurs années. Ses honoraires sont ceux d'un médecin spécialiste.

@ GETTYIMAGES/DIGITAL VERSION / CD

3 LE COACH, UN GUIDE AU QUOTIDIEN
Concept très en vogue, le coach a pour mission de vous aider à organiser votre quotidien. Il apporte des pistes pratiques d'amélioration, en vous permettant de hiérarchiser vos priorités. Attention: il n'existe pas de diplôme de coach. Vous devrez donc vérifier l'expérience et les compétences de ce dernier en lui demandant des références ou en vous faisant conseiller par vos proches. Une séance de coaching d'une à deux heures coûte de 150 à 300 euros.

Ce réconfort que Fabienne Hervé a trouvé chez son coach, d'autres vont le rechercher chez leurs pairs. Certaines associations regroupent en effet des entrepreneurs en difficulté. C'est le cas de Re-créer, fondée en 1999 par Hervé Lecesne, dirigeant d'entreprise contraint de déposer le bilan. Neuf ans plus tard, le mouvement se définit comme «la seule organisation en France - et l'une des rares en Europe - à proposer une démarche concrète aux dirigeants qui traversent des difficultés». Thierry Jallon, administrateur de Re-créer, est aussi un ancien dirigeant qui a connu les angoisses cruelles du dépôt de bilan. Désormais, il anime des ateliers «Rebondir ensemble», dont l'objectif, explique-t-il, est d'éviter le syndrome des 3 D: «Dépôt, Divorce, Déprime». «Bien souvent, les difficultés de l'entreprise rejaillissent sur la vie privée du dirigeant, et vice versa», prévient-t-il. A travers ces ateliers de discussion, Thierry Jallon s'efforce «de redonner confiance aux entrepreneurs, de dissiper leur sentiment de culpabilité, de leur donner des conseils objectifs pour qu'ils repartent du bon pied aux plans personnel et professionnel». Organiser son absence. De fait, quand le capitaine va mal, le navire peut prendre l'eau... C'est précisément ce que craignent les salariés. Veillez, par conséquent, à mettre en place une organisation «bis» et des procédures efficaces afin que la société «tourne» même en votre absence. Et, surtout, dites-le, afin d'apaiser les éventuelles inquiétudes de vos coéquipiers. Même si vous n'êtes pas présent au quotidien, ne perdez pas le contact. Téléphone, e-mail... Tâchez d'entretenir le lien. Une discipline à laquelle Didier Gras n'a jamais dérogé durant ses longs mois de lutte contre le cancer. «C'était très important. Bien qu'autonomes et responsabilisés, mes collaborateurs éprouvaient le besoin d'avoir une validation, une approbation, voire un avis sur leur travail», analyse-t-il a posteriori. Dans une petite société, inutile de cacher la vérité à ses salariés, nécessairement au courant des faits qui vous touchent. «Il ne s'agit pas de délivrer un bulletin de santé quotidien, explique la psychologue Marie-Carmen Castillo, mais plutôt de dire que des raisons personnelles graves vous conduiront à vous appuyer davantage sur votre équipe.» Enfin, au sein d'un secteur professionnel, tout se sait très vite... Et les rumeurs vont bon train. Il peut donc être judicieux d'annoncer vous-même la nouvelle à vos principaux partenaires. «Comme pour les collaborateurs, il faut rester sobre tout en étant transparent, conseille Marie-Carmen Castillo. Et si une maladie éloigne temporairement le dirigeant, indiquer l'interlocuteur par intérim.» Au-delà de l'aspect pratique, il s'agit, là aussi, de leur témoigner une forme de confiance et de proximité. Didier Gras se souvient, avec émotion, du soutien que lui ont apporté certains de ses partenaires. «J'ai réalisé que nous n'étions pas partenaires par hasard, mais liés par des valeurs communes.»

S'appuyer sur son staff. Grâce à la combativité de son dirigeant, l'agence de communication de Didier Gras a poursuivi sa marche en l'absence de son gérant. Mais la maturité de l'entreprise joue aussi dans la gestion en cas de crise. David Tarrago a repris, en 2005, Callisto Système, aujourd'hui PME de 23 salariés spécialisée dans le traitement du bois. Début 2007, au bout d'à peine deux ans de fonctionnement, il apprend la maladie soudaine de son associé et ami, qui décédera sept mois plus tard. Un drame qui bouleverse le quotidien de la petite entreprise et conduit David Tarrago à déléguer dans l'urgence et à bâtir une nouvelle répartition des tâches. «J'ai bénéficié d'un soutien très fort de la part de l'encadrement, qui m'a appuyé dans mes décisions, mais également d'une forte mobilisation des salariés. Bien que secoués, les collaborateurs ont redoublé d'efforts pour fournir un travail efficace.» La principale richesse d'une entreprise n'est-elle pas son personnel?

A LIRE

- MAITRISER LE STRESS PROFESSIONNEL
Cet ouvrage traite des crises survenant en milieu professionnel, comme un accident du travail ou une agression. Mais les mécanismes psychologiques et les phases de stress qui en découlent ne diffèrent pas du drame privé. A travers des exemples précis et des conseils, l'auteur donne des clés pour mieux comprendre et appréhender une telle épreuve.


Traumatismes psychologiques en milieu professionnel, par Philippe Neuville et Clotilde Lizion, Editions Liaisons, 2004, 100 pages, 18 Euros

AVIS D'EXPERT

Il faut accepter ses propres émotions
DOCTEUR PATRICK LEGERON, psychiatre, gérant du cabinet de conseil en stress professionnel Stimulus
Les dirigeants ont l'habitude des plans à long terme. C'est pourquoi le Docteur Patrick Légeron leur propose, lorsqu'ils sont touchés par une épreuve personnelle, de bâtir une stratégie de sortie de crise, de façon rationnelle et quasi méthodique. Ses conseils? Ils sont au nombre de trois. «Premièrement il faut maintenir son investissement professionnel sans se noyer dans le travail. Deuxièmement consolider sa vie sociale en sortant en discutant avec des proches qui vous font du bien. Cela peut impliquer de déléguer certaines tâches afin de se dégager du temps. Troisièmement s'adresser à un professionnel pour un soutien psychologique.» Surtout, le psychiatre recommande à ses patients d'accepter leurs émotions, ce qui n'est pas toujours naturel pour des décideurs habitués à garder le contrôle des situations. «Un chef d'entreprise est un être humain. La peur, la colère, le découragement peuvent le toucher comme tout un chacun. C'est un processus normal qu'il faut accepter... En laissant à la plaie le temps de cicatriser.»