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Savonnerie Marius Fabre: une fourmi au pays des cigales

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La maison Marius Fabre est l'une des dernières fabriques traditionnelles de savon de Marseille qui perpétue, depuis trois générations, les recettes empreintes de bon sens de l'aïeul fondateur. Visite au pays du mistral, des cigales... mais aussi des fourmis.

« Quand je dépense un franc, c'est que j'en ai deux » ou encore « Quand je vais voir mon banquier, je veux qu'il me tire son chapeau ». Ces phrases prononcées par Marius Fabre résonnent encore aujourd'hui dans la savonnerie qu'il a fondée en 1900, à Salon-de-Provence (Bouches-du-Rhône). Elles ont marqué plusieurs générations de dirigeants, jusqu'à sa petite-fille, Marie-Hélène Bousquet-Fabre, aujourd'hui aux commandes de l'entreprise avec son époux, Robert Bousquet. « Le bon sens, la prudence et la qualité des produits ont toujours guidé la savonnerie », reconnaît la dirigeante, qui a fêté les 110 ans de l'entreprise en 2010. Avec, s'il vous plaît, discours du maire de Salon-de-Provence et survol de la fabrique par la patrouille de France, qui a salué les invités à coups de fumigènes tricolores.

Établissement Marius Fabre Jeune

- Activité
Fabrication de savons et produits pour la toilette
- Ville
Salon-de-Provence (Bouches-du-Rhône)
- Forme juridique
SAS
- Dirigeants
Robert Bousquet, 69 ans (président), Marie-Hélène Bousquet-Fabre, 65 ans (directrice générale), Julie Bousquet, 36 ans (directrice générale déléguée) et Marie Amiel, 33 ans (directrice générale déléguée)
- Année de reprise
1987
- Effectif
28 salariés
- CA 2011
5,3 MEuros

Marie-Hélène Bousquet-Fabre dirige avec son époux, Robert Bousquet, la savonnerie fondée par son grand-père.

Marie-Hélène Bousquet-Fabre dirige avec son époux, Robert Bousquet, la savonnerie fondée par son grand-père.

Une histoire et des matières premières locales

Un bel hommage pour une entreprise qui fait aujourd'hui figure d'exception. En effet, les savonneries de Marseille étaient nombreuses au début du XXe siècle, encouragées par la proximité des matières premières: l'huile d'olive de la vallée des Baux, le sel et la soude de Camargue, ainsi que l'huile de graines exotiques, telles que la palme et le coprah, en provenance du port de Marseille. Mais les savonneries artisanales ont fondu comme neige au soleil. La faute à la seconde guerre mondiale, puis à la généralisation des lave-linges et de la lessive... Des coups rudes portés à l'entreprise Marius Fabre, qui se relève malgré tout grâce à sa prudence de fourmi. Au plus fort de l'activité, la savonnerie compte jusqu'à 100 collaborateurs.

Actuellement, l'entreprise emploie 28 salariés et elle est toujours restée aux mains de la famille, qui n'a pas quitté ses locaux depuis 1927. « Mon grand-père a démarré l'activité dans un hangar au fond de son jardin, à l'âge de 22 ans », relate Marie-Hélène Bousquet. Puis l'entreprise rachète petit à petit cinq à six concurrents, dont la savonnerie Couderc qui lui permet de déménager en 1927 sur son site actuel. Prévoyant, le grand-père Fabre diversifie ses affaires: il ouvre un négoce d'huiles d'olive aux Baux-de-Provence et achète des rizières en Camargue, encore aujourd'hui exploitées par la famille. Parallèlement, le rachat de la marque emblématique La Sainte Famille (établissements Roux) dans les années soixante, permet d'étendre la notoriété de l'entreprise vers le Nord de la France. Aujourd'hui, un quart des savons Marius Fabre se vendent à l'export. Japon, Canada, Australie, Taïwan, Corée, mais également les pays d'Europe occidentale apprécient ce produit provençal. Au total, une quinzaine de pays diffusent les gammes Marius Fabre, par le biais d'agents commerciaux et d'importateurs recrutés sur les salons professionnels. L'entreprise s'adapte aux goûts de chacun: « Les Japonais, qui sont nos premiers clients à l'export, sont adeptes du savon vert à l'huile d'olive. Ils en achètent par barre de 2,5 kg, qu'ils découpent au fur et à mesure de leurs besoins! » Cette barre de savon est même quasi exclusivement produite pour le marché japonais. Par ailleurs, pour séduire le marché français, la petite savonnerie multiplie les gammes et les produits (lire l'encadré p.25). Mais pour se différencier, l'entreprise ne peut compter sur une appellation d'origine contrôlée. « Elle n'existe pas dans le domaine du savon, à la différence de l'alimentation », déplore Marie-Hélène Bousquet, dont le défi actuel est de promouvoir la qualité et l'authenticité de ses pro duits. Néanmoins, la légitimité et l'expertise de la savonnerie Marius Fabre sont reconnus, puisque la maison obtient, en 2010, le label Entreprise du Patrimoine Vivant (EPV). Cette marque délivrée par le ministère de l'Economie consacre les entreprises développant un savoir-faire artisanal devenu patrimoine local. « Ce label a augmenté notre notoriété auprès des clients professionnels », explique la directrice générale, qui vend à travers trois canaux: les boutiques (souvenirs, bio, épiceries fines, parfumeries...), les chaînes spécialisées (jardineries, coopératives agricoles) et la vente directe auprès du public. « Nous possédons un point de vente, ouvert dans nos locaux lors des 100 ans de l'entreprise. » Ce centième anniversaire a aussi donné naissance à un musée, rassemblant des pièces historiques, comme des tampons de buis servant à graver les blocs de savon ou d'anciennes caisses. Une façon originale de mettre en valeur les produits et les savoir-faire de la PME, à défaut de label spécifique.

ZOOM

Un savoir-faire artisanal perpétué...
Aujourd'hui, il ne reste plus qu'une poignée de savonneries autour de la cité phocéenne, qui appliquent un savoir-faire codifié... au XVIIe siècle. En 1688, un édit de Colbert, ministre de Louis XIV, fixe en effet les règles d'élaboration du savon, qui doit notamment comporter de l'huile végétale pure et être fabriqué au chaudron. Ces règles sont respectées encore aujourd'hui par la savonnerie Marius Fabre, qui cuit sa pâte à savon pendant dix jours puis l' étend en forme d'énormes galettes. Celles-ci seront ensuite découpées en pains de 35 kg puis en blocs de 400 g à 2,5 kg. Les savons sèchent sur des canisses de bois, bercées le cas échéant par les rafales du mistral.
Particularité des maîtres savonniers: ils goûtent le savon à même le chaudron, en fin de cuisson, pour en évaluer l'acidité.


Mais des gammes adaptées au goût du jour
Le marché français montre de l'engouement pour la tradition revisitée. Les produits à base d'huile issue de l'agriculture biologique et sans paraben ont ainsi le vent en poupe, tout comme le savon noir, naturel et écologique. L'offre de la savonnerie compte aujourd'hui une dizaine de gammes, depuis les savons solides et liquides classiques (gamme 1900) jusqu'aux produits d'entretien (L'atelier de Marius) en passant par les produits de toilette (shampoings, crèmes pour les mains...) et les produits spécifiques (gamme nature: savons antimites, anticrampes, copeaux, barres à l'ancienne, etc.). Certaines lignes sont spécifiques à des réseaux: Mille et un Bains (huiles de massage, sels de bains et savon à l'anis étoilé) cible les spas, Aquamanile (savon en forme de zigzag, savon-brosse) conçue par les designers Hopkins et de Virieu s'adresse aux boutiques de cadeaux.

«Quand je dépense un franc, c'est que j'en ai deux»: telle était la devise de Marius Fabre, fondateur de l'entreprise éponyme.

«Quand je dépense un franc, c'est que j'en ai deux»: telle était la devise de Marius Fabre, fondateur de l'entreprise éponyme.

DATES-CLES

1900: Marius Fabre crée sa savonnerie au fond de son jardin, à Salon-de-Provence (Bouches-du-Rhône).


1927: Déménagement de l'entreprise dans ses locaux actuels.


1938: Fernand, le fils aîné de Marius, succède à son père.


1973: Henri, fils cadet de Marius, reprend les rênes de l'entreprise.


1979: Marie-Hélène, de formation littéraire, entre dans l'entreprise et travaille à la direction générale avec son père Henri.


1987: Marie-Hélène succède à son père, aux côtés de son époux Robert Bousquet, ingénieur.


2000: La savonnerie fête ses 100 ans et inaugure un musée ainsi qu'une boutique dans ses locaux.


2010: Attribution du label EPV. Marius Fabre fête ses 110 ans.


2012: Lancement du site marchand.

LE SAVIEZ-VOUS

Les vertus inattendues du savon de Marseille
Le savon de Marseille peut servir de dentifrice... et de désinfectant sur une plaie. Si vous souffrez de crampes nocturnes ou de rhumatismes, placez un cube de savon au fond du lit pour éviter les douleurs. Quant aux taches, frottez-les avec un savon de Marseille humide avant de procéder au lavage (technique très efficace pour les cols de chemise). Le savon de Marseille est composé à 72 % d'huiles végétales, contrairement aux savons industriels à base de dérivés pétroliers et de matières animales. De ce fait, il est recommandé pour les peaux sensibles, pour l'entretien du linge délicat (soie, vêtements de bébé). Il est écologique, car sans phosphates, mais aussi économique car on en utilise deux fois moins qu'un savon ordinaire.

Du hangar des débuts à la vente à distance via le Web

Quant aux projets, la savonnerie n'en manque pas. « La surface de notre boutique va passer d'environ 50 m² à 120 m² », confie Marie-Hélène Bousquet. Par ailleurs, pour répondre à la demande croissante de ses clients, l'entreprise démarrera au printemps la vente à distance, via le site Marius-fabre.fr, qui permettra de standardiser les commandes jusqu'ici adressées via e-mail par des clients disséminés dans l'Hexagone et ailleurs. Enfin, la relève de l'entreprise est assurée. Deux des filles du couple Bousquet-Fabre travaillent aujourd'hui dans l'entreprise familiale: Julie, en charge de la communication et Marie, responsable du service juridique. Marius n'aurait pas rêvé mieux.

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OLGA STANCEVIC