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Stop aux mauvais payeurs!

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L'allongement des délais de paiement, malgré la LME, ne cesse de pénaliser les PME. Ne nous voilons pas la face: celles-ci sont carrément prises en otage par certains grands groupes irresponsables! Alors, non, les PME ne sont pas les banquiers du CAC 40... Retour sur le combat mené par CroissancePlus.

Alain Thibault dirigeant du groupe Bernard Julhiet

Alain Thibault dirigeant du groupe Bernard Julhiet

Coprésident de la commission PME-Grand Groupe au sein de l'association CroissancePlus, je m'attache à agir pour les PME et leur croissance, convaincu qu'un entrepreneur, au-delà d'être un homme d'action et de réflexion voulant faire vivre une véritable aventure à ses collaborateurs, se doit d'être également un homme engagé dans le débat public. Or, les PME françaises, créatrices de millions d'emplois, piliers du tissu économique hexagonal, représentant plus de 40 % de la valeur ajoutée produite chaque année par notre économie, sont les premières victimes de «mauvais payeurs». 73 % des petites entreprises subissent un allongement des délais de paiement de leurs clients. Et 79 % pensent que ces délais vont continuer à se dégrader Enquête sur les délais de paiement réalisée par CroissancePlus auprès de ses 350 entrepreneurs - 2011.. En tant que dirigeant, j'ai le sentiment d'être pris en otage par certains grands groupes irresponsables et irrespectueux, et peu enclins à appliquer les dispositions de la LME. Les menaces de rupture de contrat qui pèsent sur les PME sont honteuses. Il est pourtant facile de comprendre qu'elles ont besoin d'être payées dans les temps pour s'assurer une trésorerie qui leur permettra d'investir, d'innover et grandir... pour le plus grand bénéfice des grands groupes!

Prenons mon exemple: à chaque fois que le groupe Bernard Julhiet rachète une société, son crédit client est à 120 jours car plus l'entreprise est petite, plus le grand groupe sait qu'il est facile de ne pas respecter son engagement et la loi. Généralement au bout de deux ans, ce crédit passe à 65 jours car nous avons investi sur notre organisation et nos collaborateurs pour encaisser ce qui nous est dû. Il est aberrant de devoir démultiplier les moyens pour faire respecter la loi! Et en situation de crise, le rapport de force s'accroît: comme ce grand groupe du CAC 40 qui, en pleine crise, nous a convoqués à l'autre bout de la France pour nous annoncer en 15 minutes qu'il interrompait notre contrat du jour au lendemain et qu'il était hors de question de payer des indemnités de rupture, pourtant prévues au contrat. Car « vous ne retravaillerez plus jamais chez nous si vous bougez au plan légal ».

Franchement, Messieurs, un peu de retenue, les PME ne sont pas vos banquiers. En tant que membre de CroissancePlus, il est de mon devoir de jouer la vigie vis-à-vis des pouvoirs publics et des grands comptes, pour les inciter à appliquer les dispositions de la LME. Mais force est de constater que les mauvaises pratiques se poursuivent malgré la création de la médiation interentreprise. En ce sens, notre récente Lettre ouverte aux pouvoirs publics et aux grandes entreprises pour leur demander de respecter leurs engagements de paiement constitue une énième tentative de la part de CroissancePlus pour faire appliquer des règles chères à l'entrepreneur que je suis: l'exemplarité, la transparence, l'engagement, l'implication et le faire ensemble.

Reconnaissons malgré tout de sérieux progrès chez certains. Ceci signifie que le malaise est de plus en plus concentré sur d'autres. Pour changer les pratiques, gageons que nous n'aurons pas besoin de pratiquer le «outing» des mauvais payeurs qui s'entêtent à croire que nous sommes des faibles car «petits».

BIO EXPRESS

Alain Thibault est le p-dg du groupe Bernard Julhiet et coprésident de la commission PME-Grand Groupe de CroissancePlus. Dirigeant passionné, spécialisé depuis plus de 20 ans dans la création, le développement et la restructuration de sociétés dans le secteur du conseil et des technologies, il a acquis le groupe Bernard Julhiet en 2004. Aujourd'hui, son entreprise figure dans le Top 3 des acteurs du Capital Humain en France et compte 230 collaborateurs engagés auprès des entreprises du CAC 40, du SBF 120 et des administrations.