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Tirer le meilleur parti de sa banque

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Crise financière oblige, les banques deviennent plus frileuses et resserrent la vis des crédits. Si vous comprenez les contraintes de votre banquier, vous aurez plus de chances de le convaincre.

@ FRANZ PFLUEGL/FOTOLIA/LD

1 Surveillez votre notation Banque de France

Les banques sont de plus en plus regardantes sur les conditions d'octroi des crédits aux entreprises. Sur fond de crise financière mondiale et de dégradation des prévisions de croissance de l'économie et de la santé des entreprises, deux réformes récentes ont eu des répercussions sur leur organisation et les modalités d'octroi des crédits. Tout d'abord l'adoption, au 1er janvier 2005, de règles comptables internationales par les grands groupes bancaires français. Il s'agit des «normes IFRS», qui obligent à valoriser les actifs selon les valeurs du marché et non plus sur des coûts historiques éventuellement amortis. Concrètement, cela incite les banques à privilégier les prêts à taux variables afin de limiter les conséquences comptables et financières des fluctuations des taux. Ensuite, une nouvelle réglementation, dite Bâle II, est entrée en vigueur début 2008. Elle oblige les banques à mieux évaluer les risques et à renforcer le rôle des notations Banque de France. L'objectif étant de faciliter l'accès au crédit pour les PME «bien notées» et de le restreindre pour les autres (lire encadré Juridique). Un conseil: suivez régulièrement votre notation Banque de France et évitez les situations qui risquent de la dégrader, comme les dépassements de découverts autorisés ou les impayés.

2 Soyez un Bon client pour votre Banquier

Le serrage de vis a beau être avéré, il n'est pas encore très perceptible par les dirigeants de PME. Le dernier baromètre Ifop/FBF (Fédération bancaire française), sur la relation des banques avec les PME, indique que 90% des entreprises n'ont pas ressenti d'impact sur les conditions d'accès au crédit depuis le début de la crise financière. Elles sont plus de 80% à garder une bonne image de leur banque, même si leurs critères de choix laissent perplexe: vient tout d'abord la proximité géographique, suivie par la qualité du relationnel avec le chargé d'affaires. La capacité de la banque à s'adapter aux besoins de l'entreprise ne vient qu'en troisième position, avec «seulement» 35% des suffrages... Or, la qualité de la relation entre les banques et les PME repose sur une bonne compréhension du métier de chacun. Votre banquier doit connaître votre entreprise, vos marchés, vos conditions d'exploitation et les besoins financiers qui en découlent. De votre côté, vous devez comprendre qu'une banque exerce un double métier: d'une part, c'est un prestataire de services et, de l'autre, un financeur ou un gestionnaire de vos excédents de trésorerie. Il est fréquent que les PME ne consacrent pas une attention suffisante au premier rôle de leur(s) banque(s), qui consiste à assurer les flux d'encaissements et de paiement. Elles se focalisent sur les facilités de crédit en oubliant que la banque, parallèlement, se rémunère sur les commissions des mouvements financiers. Veillez donc à confier un volume d'opérations plus important au banquier qui se sera montré le plus généreux.

3 MENAGEZ VOTRE CAPACITE D'ENDETTEMENT

Quant au rôle de la banque en tant que source de financement pour l'entreprise, une ambiguïté le gâte bien souvent. Les chefs d'entreprise considèrent souvent qu'une banque est là pour prendre des risques. Ce qui est inexact. La banque constitue un intermédiaire qui fournit des ressources, mais elle pratique des niveaux de marges (sur les taux) qui excluent toute prise de risque significative. Ainsi, le financement bancaire pour vos besoins d'exploitation doit rester un simple complément, et le banquier ne doit pas se substituer aux actionnaires en finançant une insuffisance chronique de fonds propres. Concernant les financements à plus long terme, tâchez de recourir aux emprunts pour tous les investissements justifiables auprès de votre banque (acquisition de nouvelles machines, modernisation de votre système d'information...) et de préserver vos fonds propres pour tout ce qui est spécifiquement lié à votre activité: projets de développement un peu risqués que votre banquier ne verrait pas d'un très bon oeil, investissements immatériels dont seuls les spécialistes de votre secteur peuvent comprendre la pertinence, etc.

4 FAITES MARCHER LA CONCURRENCE

Il est beaucoup plus facile d'ouvrir des comptes que de les fermer. De cette facilité découlent certaines dérives. Ainsi, il n'est pas rare que des PME entretiennent un nombre déraisonnable de comptes, dont la plupart sont en sommeil. Il y a ceux que l'on conserve parce que l'on a obtenu quelques années auparavant un financement pour un investissement, les comptes en devises pour l'exportation ou l'importation, les ouvertures faites par souci de bonnes relations... Or, un nombre excessif de banques engendre des coûts en grande partie invisibles: à la perte de productivité administrative et aux risques sur le contrôle interne, s'ajoute un émiettement des relations, qui nuit aux véritables banques de l'entreprise.

A contrario, il ne faut pas verser dans la «monogamie», qui vous priverait d'une mise en concurrence utile et rentable. Selon la complexité et l'importance de vos besoins, l'idéal est d'avoir de deux à cinq comptes bancaires. Mais la mise en concurrence suppose de bien connaître les prestations de chacun et de les comparer sur les mêmes bases. Tout d'abord, calculez combien vous coûte la gestion de vos flux d'exploitation, c'est-à-dire les encaissements clients, les paiements fournisseurs, les virements aux salariés, etc. Il faut tenir compte des coûts apparents (les commissions), mais aussi des coûts cachés (les décalages de jours de valeur appliqués) et des prestations annexes. Ensuite, passez en revue les coûts des financements obtenus: agios et autres frais financiers.

A partir de ces données, fixez-vous des objectifs de réduction tarifaires ou d'amélioration de l'organisation. Vous pourrez, par exemple, envisager une spécialisation des flux qui tiendra compte des nouvelles conditions obtenues. Cet audit vous permettra aussi d'identifier les besoins de services ou de financement qui ne peuvent être satisfaits par vos banquiers actuels et, au final, de frapper à d'autres portes. Enfin, n'hésitez pas à développer un réseau bancaire spécialisé (à l'image d'Oséo) pour les financements de type «marchés publics» par exemple.

A SAVOIR
Les ratios à suivre de près

Capacité d'endettement = dettes financières/capacité d'autofinancement (caf)
Ce ratio permet d'estimer, en nombre d'années, la marge de manoeuvre de l'entreprise pour rembourser sa dette. Si la capacité d'endettement est de 1, la société mettra un exercice à rembourser sa dette sans procéder à de nouveaux emprunts. Il faut se montrer prudent face à un ratio dépassant trois ans, signe de fragilité.
Ratio d'endettement ou gearing (en%)= dettes à moyen et long termes/ fonds propres
Le ratio d'endettement mesure le niveau de la dette d'une entreprise par rapport à ses fonds propres. On exclut les dettes à court terme, pour ne retenir que les dettes financières (emprunts obligataires et bancaires). Plus ce ratio est élevé, plus l'entreprise est endettée. Passé 50%, elle est très endettée; au-delà de 75%, la dette devient critique.

JURIDIQUE
La réglementation bancaire Bâle II

Entrées en vigueur le 1er janvier 2008, les normes bâle II contraignent les banques à détenir des fonds propres en adéquation avec les risques qu'elles encourent La mesure du risque crédit repose sur un système complexe associant des notations internes à la banque et d'autres, provenant de l'autorité nationale de surveillance, la banque de France (BDF). exemple: pour accorder un prêt de 5 ans à une Pme de 10 millions d'euros de CA et à risque faible (cotée 3+ par la BDF), la banque aura un besoin en fonds propres d'environ 4% du montant du prêt Le même prêt pour une Pme similaire mais avec un risque un peu plus important (cote 5+ par la BDF), nécessitera un besoin en fonds propres d'environ 8%.

Olivier Avril est gérant d'Acting Finance, une société de services à temps partagé, spécialisée en direction financière pour les TPE-PME. www.acting- finances.com

Olivier Avril est gérant d'Acting Finance, une société de services à temps partagé, spécialisée en direction financière pour les TPE-PME. www.acting- finances.com

Olivier Avril, gérant d'Acting Finance