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Un séminaire sportif, pour ou contre?

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Inviter ses collaborateurs à chausser des crampons ou organiser un raid multisport pour fédérer ses équipes, est-ce une bonne idée? Même si le concept est souvent plébiscité, il compte aussi des détracteurs.

Esprit d'équipe, sens de l'effort... On prête au sport des vertus que les entreprises lui envient. D'ailleurs, les prestataires proposant aux sociétés des activités sportives se multiplient. Raid multisport, course d'orientation, accrobranche ou tournoi de football: vous n'avez que l'embarras du choix. Mais que peut-on attendre de ces opérations dites de «team building» (cohésion d'équipe) sur fond de sport? Pour Martial Simon, directeur général d'Equation Evénement, l'un des acteurs de ce marché, «le sport nous rappelle qu'en groupe, on est plus fort que seul!»

Jouer la cohésion. La capacité à fédérer les hommes, c'est également la valeur qui prévaut aux yeux de Didier Tibaut, directeur de Derby, agence de marketing et de formation par le sport. Lui-même a récemment organisé une journée sportive avec les collaborateurs de deux équipes ayant fusionné et dont les rapports étaient tendus. Le matin, Didier Tibaut leur a proposé des exercices sur un terrain de football, suivis, l'après-midi, de travaux d'analyse et de réflexion. Résultat? «Quelques semaines après cette journée, le directeur de la société m'a raconté que, lors qu'apparaissaient des tensions, les équipes faisaient référence à ce vécu commun. Pour lui, nous avons atteint l'objectif: le collectif a pris le pas sur l'individuel», relate Didier Tibaut. Et cette approche ludique passe de mieux en mieux auprès des entreprises. «Autrefois, il fallait convaincre les dirigeants de l'intérêt du team building. Aujourd'hui, il n'est plus à démontrer», reconnaît Martial Simon (Equation Evénement). Mais, attention, pour ce professionnel qui évolue depuis de plus de vingt ans dans l'événementiel sportif, il existe des règles à suivre. Tout d'abord, si ce genre d'opération attise la fibre collective des participants, il ne permet pas de les amener à travailler sur le dépassement de soi. «Les collaborateurs ne doivent jamais outrepasser leurs limites, souligne le patron de Derby. Je suis même farouchement opposé aux activités sportives de l'extrême dans le cadre de l'entreprise.» L'objectif est plus modeste: les participants doivent repartir de la journée plus soudés qu'ils ne l'étaient auparavant. Laurent Gilbert, gérant de l'agence de marketing opérationnel Lame de Fond, l'a bien compris. Afin de développer l'esprit collectif de ses 30 collaborateurs, il a profité de son emplacement en bord de Seine pour acquérir quelques kayaks et organiser des mini tournois décontractés et conviviaux. «C'est un véritable outil de cohésion d'équipe», estime-t-il.

Bien cibler l'activité. Pour autant, «ces activités ne sont pas magiques, nuance Martial Simon (Equation Evénement). Le sport crée des souvenirs, les participants passent un bon moment et s'entraident. C'est ce que nous cherchons.» L'expert conseille d'ausculter l'âge et le profil des participants afin de cibler au mieux l'activité. «Le choix est essentiel, insiste Martial Simon. Le sport retenu doit être à la portée de tous. Il ne faut en aucun cas mettre des collaborateurs en situation d'échec.» Exit, donc, les activités à risque, et notamment le saut à l'élastique, qui a fait fureur dans les années quatre-vingt. Il faut d'ailleurs le rappeler: la loi fixe une limite, puisque tout employeur proposant une activité sportive physique à ses collaborateurs doit leur demander d'apporter un certificat médical. Désormais, la tendance est plutôt à des activités alliant la tête et les jambes. Martial Simon met en garde contre deux pièges: choisir l'activité en fonction de ses propres préférences ou bien céder à la tentation de l'activité à la mode. A ces bémols près, tout est possible. Si les commerciaux représentent environ 50% des effectifs qui participent aux activités proposées par l'agence Equation Evénement, tous les collaborateurs de l'entreprise peuvent y prendre part, sans limites aucune. Enfin, le dernier conseil de l'expert, et non des moindres, concerne la sécurité. Il rappelle ainsi que sur un terrain de foot ou au bureau, vous êtes responsable de la sécurité de vos collaborateurs. A vous de faire en sorte que cette journée reste gravée dans les esprits, dans la catégorie des bons souvenirs.

Tir à l'arc, paintball, course d'orientation, tournoi de foot... les activités sportives dédiées au team building se multiplient.

Tir à l'arc, paintball, course d'orientation, tournoi de foot... les activités sportives dédiées au team building se multiplient.

CONTRE
Le sport peut être source de stress chez certains collaborateurs!
FRANCOIS-XAVIER CARPENTIER, président de Coviva

Président de Coviva, François-Xavier Carpentier est très sceptique quant aux bienfaits du sport pour fédérer des collaborateurs, les former ou les faire adhérer à un projet d'entreprise. «Tout le monde n'est pas apte à pratiquer des activités sportives. Cela peut être lié à l'âge ou à la condition physique. Programmer une activité sportive dans le cadre de l'entreprise peut être source de stress et d'angoisse pour certains», argumente-t-il. Pourtant, chez Coviva, l'âge moyen des collaborateurs n'est que de 40 ans. Mais François-Xavier Carpentier avance deux autres limites: «Pour garder la face, certains peuvent aller au-delà de leurs limites et risquer l'accident. Sans compter que le sport crée des groupes et génère inévitablement de la rivalité.» Pour fédérer, le dirigeant mise plus volontiers sur le luxe et les activités plus culturelles, telles que visites ou cours d'oenologie, accessibles à tous!


COVIVA - Repères
- ACTIVITE: Aide à domicile de personnes âgées dépendantes
- VILLE: Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme)
- FORME JURIDIQUE: SAS
- DIRIGEANT: François-Xavier Carpentier, 35 ans
- ANNEE DE CREATION: 2007
- EFFECTIF: 55 salariés
- CA 2008: 1 MEuros
- RESULTAT NET: 20 kEuros

POUR
Le sport Tavorise les échanges et la cohésion
CLAUDE GEORGE, directeur de Locaroise

«Je ne renoncerais pour rien au monde au team building sportif!» Pour Claude George, directeur d'une franchise Europcar et marathonien à ses heures perdues, pas question de faire l'impasse sur la partie sportive lors du séminaire d'entreprise. «Le retour sur investissement est bien réel», affirme-t-il. Au programme, cette année? Un mini raid aventure nocturne alternant course d'orientation, accrobranche, etc. «Grâce à ces activités, les collaborateurs évacuent leur stress, témoigne Claude George. Ils sont plus enclins à échanger, ce qui favorise l'esprit d'équipe.» C'est ce que recherche le directeur, qui gère 15 points de vente et dont les salariés se parlent souvent mais ne se rencontrent que rarement. «Le lien qui existe entre eux est fondamental car ils ont besoin, au quotidien, les uns des autres.» Selon lui, les 85 collaborateurs sont plus soudés après ce séminaire. Pour que l'effet «cohésion» perdure, la direction diffuse, via le réseau, les photos de l'activité pendant plusieurs semaines. Ce rendez-vous sportif revient chaque début d'année. «Il ne s'agit en aucun cas de se dépasser physiquement, mais bien de jeux sportifs, insiste Claude George. Je veux retrouver tous les collaborateurs entiers et détendus à la fin de la journée!»


LOCAROISE - Repères
- ACTIVITE: Location de véhicules
- VILLE: Compiègne (Oise)
- FORME JURIDIQUE: SA
- DIRIGEANT: Claude George, 37 ans
- ANNEE DE CREATION: 1973
- EFFECTIF: 85 salariés
- CA 2008:13,5 MEuros