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Effectuation : le pilote entre la limonade et le patchwork ……………

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Des travaux de Saras D. Sarasvathy , est né le concept relatif à la logique singulière d’un entrepreneur expert, l’effectuation, où les ressources vont déterminer les objectifs, par opposition à l’approche causale, où l’objectif défini initialement fixera les moyens à y consacrer.

Le Littré donne la définition suivante du mot effectuation : action d’effectuer.  Pour de (futurs) entrepreneurs, ce terme fait référence aux travaux menés par Saras Sarasvathy, spécialiste de la théorie des opportunités, dont la thèse de doctorat à Pittsburgh (USA) portait sur une question en apparence simple mais essentielle : « quelle est la logique de fonctionnement d'un entrepreneur ? ».

À un panel de chefs d’entreprise sélectionnés car ayant réussi en plusieurs circonstances, elle ne leur demanda pas « comment avez-vous réussi ? » (la mémoire est toujours sélective) mais plutôt « face à telle situation en entreprise, comment réagiriez-vous ? ».

De ces travaux, est né ce concept relatif à la logique d’un entrepreneur dit « expert », la logique effectuale, où les ressources vont déterminer les objectifs, en opposition à une approche causale, où l’objectif défini initialement fixera les moyens à y consacrer.

Plus simplement, si vous invitez quelqu’un à diner ce soir, deux possibilités s'offrent à vous : vous établissez un menu et vous allez faire vos courses (approche causale) vous ouvrez le réfrigérateur et le placard et vous cuisinez ce qu’il y a de disponible (approche effectuale).

De quoi s’agit-il ?

Les principes généraux de l’effectuation se résument à quelques idées forces, toujours imagées :

Un tiens vaut mieux que deux tu l’auras (bird-in-hand principle). Quels effets possibles à partir des moyens et des ressources dont je dispose en commençant par ce que je suis, ce que je connais et qui je connais. L’entrepreneur n’est pas non plus un être différent des autres. Il existe bon nombre de profils d’entrepreneurs, sans que quelques qualités exceptionnelles émergent. C’est donc plus une question de volonté (se lancer) que de dons intrinsèques.

La perte acceptable (affordable loss principle). Mieux vaut partir de ce que l’on accepte de perdre si le projet ne débouche pas (de l’argent, du temps,…) plutôt que de tout bâtir, dès le départ, sur un gain potentiel attendu. Le bon entrepreneur n’aime pas le risque mais définit son risque acceptable.

Le patchwork fou (crazy quilt principle). Comme avec un patchwork, le motif final n’est pas connu à l’avance car il dépend des ressources utilisées, celles présentes et disponibles au moment opportun, apportées volontairement par les clients, les  fournisseurs, les associés ou les employés. Ces nouvelles ressources ouvrent de nouvelles pistes, favorisent l’innovation et la créativité. De même, on croit souvent que l’entrepreneur réussit seul. En apparence ou pour le grand public, peut-être. Mais pas de réussite sans une équipe qui apporte des compétences complémentaires. L’entrepreneur est d’abord (surtout ?) un meneur d’hommes.

La limonade ("When life gives you lemons, make lemonade"). Partir sur une idée, puis en changer à la suite d’une observation, d’un contact avec un client ou d’un incident. Transformer la surprise en opportunité et exploiter les évènements de la vie. Sauf rare exception, l’entrepreneur n’est pas un visionnaire. La grande idée n’est pas à l’origine du projet, mais elle se développe au fil du temps.

Le pilote dans l’avion (Pilot-in-the-plane principle). Abandonner la logique de prédiction (que sera le marché ?) au profit de celle de contrôle (inventons le marché). L’entrepreneur veut créer un nouvel univers. Il n’est pas un prévisionniste. Plus que d’essayer d’anticiper le marché ou de prédire l’avenir, il agit sur son environnement pour le transformer.

De l'idée au projet viable

L’idée d’entreprendre  vient de la rencontre entre un être humain et un élément déclencheur (une situation originale, un accident, une rencontre, un étonnement,...). C’est (le passage à) l’action qui va transformer cette idée en opportunité. Enfin cette opportunité ne deviendra viable que si elle s’appuie sur une réelle dynamique d’engagement (partenaires, clients, fournisseurs) qui apportera des moyens nouveaux au projet et qui aidera à définir de nouveaux buts avec l'entrepreneur. sinon, c'est l'impasse (et non un échec).