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Croissance des entreprises, pessimisme et french bashing

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Novembre 2014, à la moitié du quatrième trimestre, le bilan qui se dresse déjà ne semble pas très réjouissant. La faute à qui ? Pessimisme des entrepreneurs ou bien french bashing?

On connaissait déjà la réputation du Français , ce grincheux qui ne voit toujours que la coupe à moitié vide. On sait maintenant que ce fameux french bashing serait à l'origine de cette étiquette de "pessimistes de service". Et la France, ses contribuables, ses entrepreneurs, ses investisseurs seraient donc harcelés, presque victime d'un complot.

Désormais la chasse aux sorcières est ouverte. Qui nous voudrait tant de mal? Sur certains blogs, on nous révèle que finalement, après quelques verres dans un moment de convivialité, le Français serait même très optimiste. La nouvelle priorité nationale serait donc de démasquer ces rénégats pessimistes qui à cause d'eux tout val mal et ceux qui voudraient nous voir aussi pessimistes. Avouons qu'il y a là une certaine ambiguïté... A moins que ça ne soit vrai et qu'il ne faudrait surtout pas que les autres s'en aperçoivent et nous jugent. Pessimiste ou pas, le Français resterait fier. Etrange pour un peuple dont on dit qu'il s'auto-dénigre.

Cela doit cesser. Nous devons avoir confiance, voir les choses du bon côté, espérer... voilà le message que l'on tente de faire passer aux Français. Tout cela n'est pas sans rappeler la positive attitude de Raffarin. Il est vrai que l'apéro entre ami peut aider. Mais gare à la gueule de bois.

Une façon de remettre les problèmes au lendemain?

Car les chiffres parlent d'eux mêmes. La France table sur une croissance quasi nulle pour l'année 2014. Et pas sûr que le french bashing y soit pour quelque chose. L'attentisme de certaines sociétés dénote certes une vision peu optimiste de la part des entrepreneurs et des dirigeants. Mais en l'absence de signaux positifs, ont-ils d'autres perspectives? Malgré une progression fin 2013, le climat des affaires s'est à nouveau dégradé au cours des derniers mois et s'établit désormais à 91 points contre plus de 94 en début d'année.

L'emploi total est maintenu

Selon l'Insee, les contrats aidés permettraient de corriger la mauvaise situation du solde d'emplois marchands : -34100 emplois pour le secteur marchand au troisième trimestre. Le taux de chômage se stabilise donc autour de 9,7%. Calculés sur la base des annonces légales publiées par les sociétés, les indicateurs de constitution de sociétés et d'entreprises semblent indiquer une situation stable : autour de 545000 nouvelles entreprises*. Mais la création de sociétés nouvelles est fortement accentuée par les auto-entreprises.

Fragilité des petites structures juridiques

Bon point pour notre économie, l'optimisme des nouveaux entrepreneurs est toujours au rendez-vous. Et il leur en faudra puisque les TPE ont subies dernièrement de lourdes difficultés. Si le nombre de nouvelles défaillances s'est atténué, c'est que les plus fragiles ont déjà été touchées. Ces très petites structures ne nécessitent que peu de formalités et, en apparence, peu d'investissement. C'est là qu'une erreur est commise et que ces entités se trouvent confrontés à des problèmes de trésorerie. S'il est possible de monter une affaire avec un très petit capital, il est plus dur de la maintenir et de la faire prospérer. Alors espoir ou désespoir de la part de nos entrepreneurs? Il ne faudrait pas confondre optimisme et illusion.

Oui, la France qui entreprend existe. Elle ose rester positive dans un contexte qui ne s'y prête pas toujours. Mais les créateurs d'entreprises ont besoin de soutien, de confiance et de signaux forts. On ne pourrait pas leur demander de foncer tête baissée pour sauver la fierté nationale et faire taire ces "hordes de french bashers".

Si le french bashing existe, il dégrade l'image de la France. Il a certainement diverses origines. Il est probablement amplifié par effet de foule et peut servir les intérêts de certains. Mais malheureusement pour un grand nombre de Français, la conjoncture se prête plus au pessimisme qu'à l'optimisme.

La politique est en crise. Elle souhaiterait cultiver une dynamique, un élan positif. Pourtant elle avoue être à la tête d'un pays en crise. Elle ne peut renier la réalité et finit par avouer ses échecs. Elle a donc trouvé un responsable aux problèmes de la France, le "french bashing". Mais l'image de la France à l'étranger est-elle si désastreuse? Ne pointerait-elle pas plutôt du doigt les Français qui n'y croient plus et ainsi ne jouerait elle pas elle-même le jeu du french bashing? Les deux grands partis risqueraient alors encore davantage la division des Français : ceux qui peuvent se permettre d'être optimistes, ceux qui ne le peuvent pas. La politique a perdu la confiance des Français. Les français ont perdu confiance en la France. Et le french bashing n'en est certainement pas l'initiateur.

Dénoncer le french bashing, combattre l'autodénigrement, c'est s'attaquer aux symptômes. Mais les maux persistent. Et, la politique révèle ainsi une fois de plus son impuissance à résoudre les problèmes sur le fond. Alors comment renouer avec la confiance et la croissance?

Il semblerait que la dernière solution soit de compter sur l'optimisme, les compétences et les innovations de nos entrepreneurs et de nos entreprises. Finalement, la politique aurait-elle enfin saisi l'importance du monde de l'entreprise? Pas encore certain.

*sociétés civiles, commerciales, entreprises individuelles et auto-entreprises.