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[Start-up] Sapoval fait ses choux gras des déchets industriels

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Transformer les rebuts graisseux des professionnels en savon biodégradable. Tel est le créneau de la start-up albigeoise Sapoval depuis tout juste un an grâce à un procédé écologique, la saponification. Fondée par Erwan Trotoux, l'entreprise réalise déjà 70 000€ de chiffre d'affaires en 2014.

[Start-up] Sapoval fait ses choux gras des déchets industriels

Sapoval pour "saponification" et "valorisation". Concrètement, la start-up basée à Albi, propose aux entreprises midi pyrénéennes de vidanger et traiter leurs bacs de déchets graisseux au moyen d'un procédé économique et écologique : la saponification. À sa tête Erwan Trotoux, 27 ans seulement. Depuis un an maintenant, son camion itinérant de 3,5 tonnes transforme en moins d'une heure la graisse ainsi pompée, en savon liquide biodégradable inodore, puis la transfère à la station d'épuration la plus proche. Parmi ses clients, essentiellement des professionnels des métiers de bouche, de la restauration ou encore des agro-industriels.

"Alors que nos concurrents sont parfois obligés de parcourir de longues distances jusqu'aux trois ou quatre stations d'assainissement régionales spécialisées dans le traitement de ces graisses, nous pouvons fonctionner en circuit court avec n'importe quelle station, du fait de la biodégrabilité du liquide que nous rejetons. Nous estimons ainsi que nous divisons au moins par deux l'impact carbone du traitement de ce type de déchets", revendique Erwan Trotoux. La saponification permet aussi de réduire les frais d'entretien liés au colmatage des graisses dans les conduits et containers aussi bien du côté des professionnels que des stations.

Une trentaine de clients

Et ça marche. En un an, la société a déjà étoffé son carnet de commandes d'une trentaine de clients réguliers sous la forme d'abonnements allant de 150 à 5000 euros l'intervention, selon les besoins et le volume. Sapoval devrait ainsi boucler son premier exercice avec 70 000 euros de chiffre d'affaires.

S'il a réussi à industrialiser ce procédé simple, Erwan Trotoux n'est pas à l'origine du projet. Il a en réalité exploité le fruit des recherches de la plateforme PFT GH2O, spécialisée dans l'accompagnement technologique des PME du Tarn dans la gestion et le traitement des eaux et des déchets. Un organisme que l'entrepreneur connaît bien pour en avoir été l'un des salariés à la suite de ses études d'ingénieur et de marketing de l'innovation. "Ils m'ont soutenu dès le départ. La plateforme est d'ailleurs toujours mon premier partenaire technique", explique-t-il.

Au-delà de son service de pompage itinérant, Erwan Trotoux franchit actuellement un nouveau cap. Il vient, fin octobre 2014, de commencer le chantier de sa première unité fixe de traitement sur le site d'une station d'épuration du Tarn. "L'objectif est dans un premier temps de tester et valider ce nouveau concept puis de vendre à l'unité ou en location longue durée ces installations à d'autres sites de stations d'assainissement et de grands groupes agro-industriels. Une commande est déjà en cours de validation pour le premier semestre 2015", avance le dirigeant, qui se fixe comme objectif d'en commercialiser une vingtaine d'ici trois ans.

900 K€ de CA en 2016

Une diversification de son activité qui ne freinera pas le développement de son service itinérant. Le dirigeant compte notamment se doter courant 2015 d'un deuxième camion de vidange. Autant de projets qui l'ont poussé à recruter deux personnes depuis septembre et à déménager dans les locaux plus grands de la pépinière Albisia, après deux ans d'incubation à l'École des Mines d'Albi.

Pour accompagner ces différents chantiers stratégiques, l'entrepreneur prépare actuellement une levée de fonds d'une dizaine de milliers d'euros auprès d'un ou deux business angels dans les prochains mois. Jusqu'à présent il se finançait sur fonds propres, par prêts bancaires, dotations de concours et aides régionales. Lauréat national des Talents de la création d'entreprise 2014 dans la catégorie Services du réseau BGE, Erwan Trotoux a notamment obtenu un prêt d'honneur de Réseau entreprendre et Initiative France.

Si Sapoval se contente pour le moment de traiter et d'acheminer les rebuts de professionnels, l'objectif est à terme de transformer ces déchets en nouveaux leviers de business. "Les graisses saponifiées génèrent beaucoup de méthane. D'ici trois à cinq, plutôt que de les rejeter systématiquement dans le réseau, je souhaiterais les revaloriser par exemple auprès des professionnels de la méthanisation ou encore les ré-exploiter sous forme de savons techniques (ex : émulsifiants...)", projette l'entrepreneur. Même s'il est conscient de l'intérêt que présenterait son service à grande échelle, il tient à conserver son ancrage local. C'est la raison pour laquelle il privilégiera plutôt un développement en franchise, si l'opportunité se présente. Pour l'heure, priorité est mise sur le marché régional avec en ligne de mire un chiffre d'affaires de 900 000 euros pour 2016.

Fiche repères

Ville : Albi (Tarn)

Forme juridique : SASU

Dirigeant : Erwan Trotoux, 27 ans

Création : 2013

Effectif : 2 salariés

CA 2014 (prévisionnel) : 70 K€

CA 2015 (prévisionnel) : 450 K€