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Paraboot tente de résister à la délocalisation

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Richard Pontvert et Cie, pointure de la chaussure grâce à sa marque Paraboot, a su s'adapter aux tendances du marché, depuis plus de 100 ans. L'entreprise réalise 30% de son chiffre d'affaires à l'export.

Paraboot tente de résister à la délocalisation

Quel est le point commun entre le séducteur Georges Clooney, l'icône Vanessa Paradis, l'homme politique Jacques Chirac et le chanteur déjanté sud-coréen Psy ? Tous ont porté ou portent des inusables Paraboot.

Derrière cette marque française de chaussures parmi les plus emblématiques : les Établissements Richard Pontvert et Cie, une PMI qui n'a pas bougé de son berceau isérois historique depuis 1908. L'entreprise, qui emploie aujourd'hui dans ses deux usines d'Izeaux et de Tullins 140 salariés, ne connaît pas la crise malgré la rude concurrence des pays asiatiques.

Avec plus de 230 000 paires de chaussures produites chaque année, la société dirigée par Michel Richard et Régis Feuillet devraitréaliser un chiffre d'affaires de 19 M€ pour l'exercice 2012-2013, en croissance de plus de 4 % par rapport à l'année précédente. Pourtant, si l'entreprise est une pointure dans un secteur aujour­d'hui sinistré, elle n'a pas toujours affiché une telle santé et a même parfois frôlé la faillite.

L'histoire des Établissements Richard Pontvert et Cie est d'abord celle d'un ouvrier, Rémy Richard, issu d'une famille de paysans, qui décide de se mettre à son compte en 1908. Il crée son propre atelier de fabrication de chaussures dans le petit village d'Izeaux, en Isère. Son idée de départ : confectionner de bons souliers pour les habitants des campagnes. Entrepreneur dans l'âme, Rémy Richard voit les choses en grand. Mais le dirigeant manque de moyens pour développer son activité. C'est ainsi qu'en 1910, il s'allie à la famille de riches héritiers Pontvert, au terme d'un mariage arrangé. Les Établissements Richard Pontvert voient le jour.

C'est le début d'une success story. Après avoir approvisionné une partie de l'armée française pendant la guerre, la société se développe à vitesse grand V, en province, mais pas seulement. " Pendant l'entre-deux-guerres, Rémy Richard a eu l'idée géniale de vendre ses paires au coeur des Halles de Paris pour équiper les commerçants sur place ", salue Régis Feuillet, l'actuel directeur général de l'entreprise rhône-alpine.

Cap sur l'Amérique

La marque Paraboot voit le jour bien plus tard, en 1927. Rémy Richard découvre l'utilisation du caoutchouc pour les chaussures, lors d'un voyage aux États-Unis. Un matériau qu'il décide de reprendre dans la confection de ses semelles et qui fera le succès de la nouvelle marque Paraboot, créée dans la foulée. Le fils de Rémy Richard, Julien, reprend les rênes de l'entreprise après le décès de son père en 1945. Il fait le pari de préserver les processus de fabrication originels, s'imposant à contre-courant des nouvelles modes de production du secteur, en particulier celles des semelles collées et non cousues.

Ce commercial né diversifie, par ailleurs, les gammes et développe l'export, notamment en Europe et aux États-Unis. Référence du secteur, Paraboot s'impose également pendant les Trente Glorieuses comme l'un des fleurons de l'économie iséroise, avec pas moins de trois usines et jusqu'à 650 salariés employés dans ses plus belles années.

Si Julien Richard sait faire grandir l'entreprise, la gestion n'est pas son fort. Le choc pétrolier de 1979, suivi de l'effondrement du yen et du dollar, puis l'arrivée de nouvelles réglementations... L'en­­tre­­­­­­­­prise accuse très mal les bouleversements éco­­­no­miques de cette fin des années soixante-dix, qui se tra­­­duisent notamment par une forte baisse de ses commandes. " Si bien qu'en 1983, l'entreprise frôle la cessation de paiements. S'ensuivent un dépôt de bilan, un plan social et l'ouverture partielle du capital à un fonds d'investissement ", raconte Régis Feuillet.

Ayant repris la direction de l'entreprise à la fin des années soixante-dix, le fils de Julien Richard, Michel, réussit, malgré ce coup dur, à relancer l'activité. Il structure tout d'abord la société en instaurant un contrôle de gestion rigoureux. Il s'appuie, par ailleurs, sur la commercialisation de la "Michael", modèle plus urbain de la marque qui rencontre un grand succès en Italie, et donne ainsi un nouveau souffle à l'entreprise familiale.

Face aux difficultés grandissantes rencontrées par les revendeurs indé­­pendants, Michel Richard s'attaque, dès 1987, à un autre chantier stratégique et financier majeur : l'ouverture des premières boutiques en propre de l'entreprise. Pour l'entrepreneur, c'est une manière, de valoriser au mieux l'ensemble de ses modèles et de consolider son image de marque auprès du grand public. Un pari très coûteux et risqué, qui paie aujourd'hui.

30 % de l'activité à l'export

La trentaine de boutiques Paraboot (dont deux en Belgique) administrée par Capuce SA - une société indépendante dirigée par Michel Richard mais opérationnellement gérée par Marie-Clémentine, sa fille - emploie une cinquantaine de salariés et a réalisé un chiffre d'affaires de 7 M€ sur l'exercice 2011-2012, représentant le quart des ventes de la PMI. Depuis toujours, cette dernière s'est volontairement écartée du réseau de la grande distribution. La raison ? Une capacité de production limitée, mais aussi " la volonté de rester indépendant de ces enseignes pour qui la priorité est d'abord le prix avant la qualité ", regrette Régis Feuillet.

Le diktat du prix toujours le plus bas, l'entreprise doit néanmoins y faire face dès les années quatre-vingt-dix. Face à l'arrivée massive des produits chinois bon marché et à la désertion des fournisseurs français vers l'Asie, " la question s'est sérieusement posée de délocaliser la production à l'étranger ", reconnaît Régis Feuillet. La direction décide malgré tout de maintenir la majeure partie de l'activité en France, en ne délocalisant que certaines productions annexes. Un choix douloureux avec, à la clé, de nou­­­veaux licen­­­­ciements au début des années deux mille. " Aujourd'hui, nous n'avons plus de dettes ", assure Régis Feuillet.

Depuis 2005, la famille Richard a, par ailleurs, repris le contrôle de l'intégralité du capital de la société. Pour assumer ce cap stratégique, l'entreprise se recentre encore davantage sur le haut de gamme et la diversification de ses modèles, commer­­­­­­­­­­­­­cialisés entre 150 € et 450 € la paire. Aujourd'hui, outre la célèbre marque Paraboot, elle vend aussi bien des chaussures de montagne (Galibier), de sport (Parasport) que de sécurité pour les professionnels (Parachoc). Le rythme d'ouverture des boutiques en propre s'est également accéléré. " L'objectif est désormais de développer nos ventes, en particulier à l'international. Nous allons, pour ce faire, miser sur la diversification de nos gammes et de nos modèles pour femmes, la clientèle féminine ne représentant que 40 % de nos ventes dans les boutiques en propre et seulement 30 % chez nos revendeurs ", précise le directeur général. Autre chantier de la rentrée 2013 : la refonte du site web institu­­­­­­­­­tionnel, volontairement maintenu non-­­mar­chand, excepté pour la gamme de chaussures de sécurité Parachoc.

Côté transmission, Michel Richard a pris sa retraite depuis peu, même s'il reste, sur le papier, président du conseil d'administration. Il revient à Régis Feuillet d'assurer la période de transition jusqu'à ce que Marc-Antoine et Marie-Clémentine, les enfants de Michel Richard, prennent la relève d'ici quelques années. Une chose est sûre, les Richard continuent de trouver la marque de chaussures à leur pied.

Président du conseil d'administration

Président du conseil d'administration

Michel Richard

Ets Richard Pontvert et Cie


Activité : Fabrication et vente de chaussures
Ville : Izeaux (Isère)
Forme juridique : SA
Année de création : 1908
Année de reprise : 1979
Dirigeants : Michel Richard, 68 ans, et Régis Feuillet, 56 ans
Effectif : 140 salariés
CA 2012-2013 (estimé) : 19 M€