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L'African dream : un espoir en chantier

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Continent d'opportunités pour les entreprises, l'Afrique pâtit encore d'une mauvaise image dont elle cherche à se départir pour attirer les investissements. Les entrepreneurs de la diaspora, et les nouveaux écosystèmes qui s'y construisent aident le continent à faire table rase du passé.

L'African dream : un espoir en chantier

Traversée par 6 fuseaux horaires, abritant 100 langues officielles, 54 pays et plus d'un milliard d'habitants, dont la majorité ont moins de 25 ans, l'Afrique est un berceau de "digital natives" qui a pris l'habitude de résoudre ses problèmes par le numérique. Avec un taux de pénétration du mobile de 60 à 130 % selon les pays, elle a fait son "leapfrog" (saut de grenouille) en adoptant celui-ci avant la ligne téléphonique fixe.

Et le paiement mobile avant d'avoir un compte en banque. La solution de transfert d'argent par mobile M-Pesa, lancée au Kenya en 2007, a aujourd'hui plus de 17 millions d'utilisateurs en Afrique et dans le monde.

Des écosystèmes en construction

Au Nigeria, Facebook compte 16 millions d'utilisateurs, soit 8,3 % de la population du pays. Le pays a vu naître Jumia et IrokoTV, les Amazon et Netflix africains. Au Niger, les agriculteurs irriguent leurs champs en envoyant un SMS grâce à une innovation de la société Tech-Innov. Le Kenya comprend 11 hubs pour soutenir les entreprises du numérique et plus de 1500 start-up. 70 % des transactions réalisées dans le pays sont numériques et les factures d'électricité se payent par téléphone.

Au Rwanda, les drones permettent de rallier les zones les plus isolées et de réaliser des livraisons de produits de haute nécessité. Avec 52 villes de plus d'un million d'habitants et une croissance de 5 % par an, en 2040, l'Afrique comprendra plus d'un milliard de personnes en âge de travailler, et plusieurs classes moyennes auront fini d'émerger et réclameront des services à la pointe. Mais pour attirer les investissements, l'Afrique doit se débarrasser des oripeaux de sa mauvaise réputation sur la scène internationale.

Censure de l'innovation

Souvent vu à l'aune de ses infrastructures défaillantes, de l'inertie de ses gouvernements installés depuis des décennies et de ses problèmes basiques d'accès à l'eau potable et à l'électricité, le potentiel du marché africain vient à en être escamoté. Il faut dire que les volontés s'épuisent lorsqu'il s'agit de se développer dans ces conditions. Récemment, le Cameroun a subi trois mois de coupure Internet à l'initiative de son gouvernement, confronté à la grogne de syndicats d'enseignants et d'avocats dans la partie anglophone du pays. Craignant que leur région soit francophonisée, ils se sont mis en grève. En guise de réponse, le gouvernement a coupé le réseau Internet. Une décision aux effets désastreux pour la douzaine de start-up installées dans la "Silicon Mountain", du côté de la ville de Buea.

Passés en mode "survie", les entrepreneurs ont été contraints d'aller chercher du wi-fi à Douala, la capitale économique, ou au proche Nigeria. La frustration est forte pour ces faiseurs d'innovation qui bâtissent les écosystèmes à la main, sans soutien des autorités locales. Parfois incompétents à maîtriser les potentiels qui s'expriment à travers l'essor du numérique, les gouvernements africains prennent des mesures radicales pour éviter que de nouvelles initiatives voient le jour. Pour soulever l'opinion publique et protester à leur niveau, les start-uppers africains ont lancé sur Twitter le mot-dièse #BringBackOurInternet.

Le nécessaire retour au "pays"

Pour Rebecca Enonchong, fondatrice et dirigeante d'Appstech, un fournisseur de solutions technologiques pour les entreprises, fondé aux États-Unis et installé à Douala, au Cameroun, il est urgent que les entrepreneurs africains retournent chez eux. Consciente des difficultés sur le terrain, la dirigeante déclare préférer " râler au Cameroun à propos du Cameroun " et " faire partie de la solution " plutôt que de laisser son pays aux mains des autres. Un choix encore rare, mais qui pourrait activer le dynamisme des territoires s'il était adopté plus massivement.

Souvent partis à l'étranger pour poursuivre des formations de niveau supérieur, difficiles à trouver sur place, les entrepreneurs de la diaspora se sont vaporisés aux quatre coins du globe. Ils ont désormais un rôle à jouer : rapporter la connaissance et les compétences acquises ailleurs et donner envie aux investisseurs d'y regarder de plus près. C'est notamment ce qui a motivé la création de Movemeback, une communauté internationale d'entreprises, d'universités et d'organismes privés comprenant 12 000 membres, vouée à la valorisation des carrières africaines auprès des cadres de haut niveau. Jokkolabs, espace collaboratif installé à Dakar et fondé par Karim Sy en 2010, favorise le développement des entreprises de l'innovation sur place.

Autre maillon de la chaîne, Afrobytes, agence parisienne qui se veut le hub de l'African Tech en France et à l'étranger. Le tout dans une logique d'économie africaine mondialisée à la source. Une société est désormais dite "africaine", d'après Partech Ventures, à partir du moment où elle crée de la richesse sur le territoire, quel que soit l'emplacement de son siège social.

La data, clé de l'explosion du marché

Des entrepreneurs locaux sont en train de trouver une solution pour apporter la preuve que des marchés aux potentiels phénoménaux peuvent être excavés en Afrique. La société d'origine kényane MSurvey, lancée en 2012, permet de récolter des insights sur les consommateurs à la source. Via une application mobile, les entreprises peuvent adresser ces consommateurs directement et leur proposer de répondre à des études. La donnée ainsi récoltée permet de remonter des informations sur les habitudes de consommation dans les 54 pays d'Afrique.

Les investisseurs commencent à voir l'intérêt de financer ces pépites qui pourraient devenir des géants mondiaux demain. Pour éviter la mort prématurée, de nombreux entrepreneurs se positionnent d'ailleurs, par opportunisme, sur des créneaux qui attirent les fonds. Les plus grosses sources de création de richesse, et cibles des investissements, sont en effet les start-up de l'agriculture connectée, de l'énergie durable et de l'éducation, pour répondre aux besoins les plus essentiels. Mais l'Afrique a aussi des start-up de la fintech, de nombreuses solutions e-commerce et de services à faire valoir. Un constat qui alimente la croyance que le continent est en train de créer son propre mythe de "l'African Dream", une terre vierge où l'on peut réussir en partant de zéro.

Chiffres

2,5 milliards d'habitants d'ici 2050

367 M$ d'investissements en Afrique en 2016

70 % de taux de pénétration des téléphones mobiles

16 millions d'utilisateurs Facebook au Nigeria