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Ces entreprises françaises qui travaillent main dans la main avec l'Allemagne

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Ces entreprises françaises qui travaillent main dans la main avec l'Allemagne

Start-up ou PME, elles profitent de la solidité du couple franco-allemand pour renforcer leur implantation et leur leadership en Europe. Une coopération stratégique qui leur permet de passer un cap et de se développer. Témoignages d'entrepreneurs au diapason d'une ambition sans frontière.

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Au-delà de leur proximité géographique et de leur riche histoire commune, l'Allemagne et la France entretiennent une relation privilégiée, moteur de la construction européenne. Une harmonie aux multiples facettes qui s'affirme également par une coopération entrepreneuriale singulière.

Principal partenaire commercial de la France, l'Allemagne s'illustre comme un allié de choix au coeur de l'Europe. Un véritable atout pour accompagner les entreprises françaises à s'implanter outre-Rhin, à coopérer ou à établir des partenariats stratégiques avec l'Allemagne.

Mettre en avant les spécificités des initiatives entrepreneuriales de ces deux pays forme notamment l'un des objectifs du prix franco-allemand de l'économie, qu'organise tous les deux ans la Chambre franco-allemande de commerce et d'industrie (CFACI). "L'idée est de distinguer les bonnes pratiques pour démontrer que nous avons tous intérêt à travailler ensemble, détaille Guy Maugis, son président. Les initiatives permettant d'illustrer ce travail commun sont nombreuses et s'appuient sur le développement d'un business sur les deux marchés ou par le biais de relations bilatérales de recherche et développement".

S'affirmer sur un marché

"Nous sommes l'essence même d'un projet franco-allemand qui fonctionne, estime d'emblée Stanislas Niox-Château, cofondateur et p-dg de Doctolib, la plateforme de prise de rendez-vous médicaux en ligne. L'ambition de faire de Doctolib une entreprise franco-allemande était présente depuis le premier jour". Créée en France en 2013, l'ETI est installée en Allemagne depuis 2016. Une stratégie qui poursuit l'idée de transformer le modèle de santé dans les deux pays pour, par la suite, le transposer à d'autres. "L'Allemagne et la France forment le meilleur duo pour créer une technologie européenne de pointe", ajoute-t-il.

Il faut dire que Doctolib ne lésine pas sur ses ambitions. "On va investir 35 millions d'euros de plus en Allemagne pour ouvrir une trentaine de villes, recruter une centaine de personnes en 2018 et ouvrir un centre d'ingénierie. Après Paris, nous ouvrons également notre deuxième siège à Berlin", affirme le cofondateur qui précise que "les résultats en Allemagne sont bien meilleurs en seulement dix-huit mois par rapport à la même période en France". Parce que l'idée est bel et bien d'assurer la crédibilité et la notoriété de l'entreprise auprès des personnels de santé allemands ainsi que des patients.

La coopération franco-allemande devient même parfois un facilitateur de développement et de croissance en ouvrant de nouvelles opportunités. La plateforme de coavionnage, Wingly, qui met en relation des pilotes d'avion légers et des passagers à la manière du covoiturage, en a fait l'expérience. "Lors de notre lancement en France, nous avons eu affaire à une opposition des syndicats de pilotes commerciaux sur des points de la réglementation du transport aérien en France. Face à ces difficultés, nous avons alors interrogé les pays européens sur leur interprétation du droit communautaire", explique Émeric de Waziers, un des cofondateurs.

L'Allemagne s'est alors montré ouverte et a permis à la start-up de se lancer sur le marché intérieur grâce à l'obtention d'une certification européenne. "Le travail réalisé en Allemagne nous a permis de rassurer la Direction générale de l'aviation civile et le Conseil d'État nous a donné raison, poursuit-il. Nous sommes un exemple typique de la réussite européenne".

Cette histoire singulière incite le président de la Chambre franco-allemande de commerce et d'industrie à vouloir encourager ce type de rapprochement : "Favoriser le travail entre les entreprises françaises et allemandes passe aussi par une volonté d'uniformiser les règles. C'est un travail de longue haleine".

Établir des partenariats stratégiques

Toujours est-il que la recherche de nouveaux marchés n'est pas la seule explication des velléités de coopération des entreprises françaises. Les relations permettent aussi de formaliser des partenariats stratégiques entre des entreprises des deux pays.

Fabricant de micro-écrans à très haute résolution, la PME grenobloise Microoled (40 salariés) est un des exemples de collaboration sur le plan de la R & D. Depuis 2015, elle coopère avec le principal centre de recherche et développement d'Allemagne, Fraunhofer FEP. "Leur démonstration de micro-écrans OLED à très faible consommation nous a séduits. Nous avons donc signé un contrat bilatéral avec l'institut de recherche pour développer ensemble un produit basé sur cette architecture", explique Gunther Haas, cofondateur de Microoled.

Une opportunité qui permet à l'entreprise française d'avoir un coup d'avance sur ses concurrents et de s'affirmer comme un acteur clé sur ce marché. "Le co-développement de ce composant nous a permis de gagner du temps pour le lancement de la phase d'industrialisation sur notre ligne de production". Et la collaboration entre les deux structures n'est pas près de s'arrêter puisque Microoled travaille d'ores et déjà avec l'institut allemand, sur un projet de micro-écran flexible OLED, intitulé LOMID dans le cadre d'un programme cofinancé par l'Union européenne.

Mais c'est également l'expertise allemande dans certains domaines qui est parfois recherchée. En pointe sur les énergies renouvelables, l'Allemagne figure comme un partenaire clé de l'entreprise française Eel Energy. Basée à Boulogne-sur-Mer, la TPE de huit salariés développe une technologie de conversion des ondulations formées par les courants marins en énergie renouvelable. "L'hydrolienne à membrane est une technologie de rupture qui permet de transformer l'ondulation de la membrane en énergie électrique", explique Grégoire de Laval, directeur du développement.

Mais avant de pouvoir commercialiser son produit, l'entreprise doit encore affiner son expérimentation et nécessite un large travail de recherche et de simulation sur le phénomène. "L'entreprise DHCAE nous apporte une adaptation d'un outil de simulation en fonction de nos besoins en nous aidant à formuler des hypothèses de recherche. Ce sont les seuls au monde à travailler sur cette niche", poursuit Grégoire de Laval. Une collaboration scientifique particulièrement importante aux yeux de l'entreprise française qui bénéficie ainsi d'une expertise d'ingénierie pertinente.

Toujours est-il que la coopération peut également être un moyen d'amélioration des services et des produits proposés par certaines entreprises. L'implantation de Doctolib en Allemagne où l'on trouve davantage de gros cabinets médicaux, aux besoins différents de ceux du marché français, a par exemple incité l'entreprise à développer des outils adaptés et sur-mesure. Des évolutions qu'ils n'hésitent pas à répliquer sur le service français. "On développe des fonctionnalités nouvelles qu'on n'aurait jamais imaginées", insiste Stanislas Niox-Château. Une coopération gagnant-gagnant.

Et les gagnants sont...

La 4e édition du prix Franco-Allemand de l'Économie, qui s'est déroulée lundi 11 décembre 2017 à Paris, a notamment consacré l'entreprise Microoled en partenariat avec l'institut allemand Fraunhofer FEP dans la catégorie Innovation, nouvelles technologies et industrie du futur 4.0. Dans la catégorie start-up, c'est Doctolib qui remporte le prix pour ses activités en France et en Allemagne.

Parmi les autres lauréats, Valeo a été sacré avec Siemens eAutomotive pour leur coopération industrielle, tandis que la société allemande H2 Mobility a été désignée lauréate dans la catégorie Environnement et climat pour ses diverses collaborations avec des entreprises allemandes et françaises. Le jury a décerné son coup de coeur à l'entreprise franco-allemande Panthea.



Pierre Lelièvre

Pierre Lelièvre

Journaliste

Depuis juin 2016, je suis journaliste pour Chef d’Entreprise, Commerce magazine, Artisans mag’. Intéressé par le monde de l’entreprise, j’écris sur tous [...]...

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