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Les entreprises de l'ESS en quête de financement

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Véritable enjeu pour le développement de l'économie sociale et solidaire, les sources de financement public et privé se diversifient et s'étoffent pour soutenir le secteur et lui permettre d'enclencher une nouvelle dynamique. Malgré tout, la mesure de leur impact social reste majeure.

Les entreprises de l'ESS en quête de financement

Porteurs de projets, coopérateurs mais surtout entrepreneurs de l'économie sociale et solidaire, tous attendent des signes d'une économie davantage tournée vers l'action sociale. Le cadre légal formulé par la loi Hamon de 2014 a permis au secteur de se développer en fédérant, en 2015, plus de 2,4 millions de salariés, soit près de 14 % de l'emploi privé en France. L'influence économique du secteur pèse également davantage, en concentrant plus de 10 % du PIB, contre 6 % en 2013.

Deux ans après, "les clignotants sont au vert", annonce Odile Kirchner, déléguée interministérielle à l'ESS, lors d'un colloque le 23 novembre 2016 à Bercy. Une preuve, s'il en fallait une, du succès et du dynamisme du secteur, ainsi que de la nécessité d'en dessiner les contours.

Si le secteur est désormais en ordre de bataille et les premiers résultats positifs, les offres de financement s'ajustent aux particularités du modèle. "Les solutions de financement commencent à s'adapter et devraient être suffisantes", estime Alain Durand, trésorier du Conseil national des chambres régionales de l'ESS (CNCRESS). Un constat corroboré par Françoise Bernon, déléguée générale du think-tank, Labo de l'ESS : "La palette actuelle de financements répond aux besoins des entrepreneurs et est complémentaire, même si il y a encore un manque d'information et de pédagogie sur les offres existantes".

Des financements solidaires spécifiques

Le secteur peut notamment compter sur les produits solidaires existants pour étoffer ses capacités de financement. En 2015, l'encours des placements solidaires - qui a plus que doublé depuis 2011 - représente plus de 8,4 milliards d'euros, selon l'association Finansol, promotrice de la finance solidaire. Composée en majorité par l'épargne salariale (5,2 mds d'euros) et bancaire (2,7 mds d'euros), la finance solidaire est également agrémentée, dans une moindre mesure, par l'investissement en capital-risque, à hauteur de 6,4 %. Odile Kirchner rappelait notamment que "l'ESS offre aux investisseurs un couple rendement-risque particulièrement attractif".

Test du biocarburant produit par Gecco en laboratoire.

Un choix stratégique pour lequel a opté Julien Pillette, fondateur de Gecco, une société spécialisée dans la transformation d'huiles usagées en biocarburant. Porteur d'un projet scientifique et logistique conséquent, il a souhaité éviter les financeurs traditionnels pour ne chercher que "des financements fléchés ESS".

De fait, outre le soutien de banques coopératives - qui financent l'économie sociale -, l'entrepreneur s'est également tourné vers les clubs Cigales (1) pour faire entrer au capital de sa société près d'une quinzaine d'investisseurs en capital-risque solidaire. "Ce type d'investissement nous apporte de l'argent mais également du réseau afin d'asseoir notre impact sur un plan local. Cette participation citoyenne est extrêmement importante", défend l'entrepreneur lillois.

Des produits dédiés au secteur qui sont amenés à se développer dans le futur, sous l'impulsion des entreprises. Alain Durand confirme : "les acteurs de l'ESS cherchent à convaincre toujours davantage les financeurs privés des bénéfices de l'économie sociale".


Les acteurs publics s'investissent

Un tour de table financier qui s'appuie aussi sur les subventions publiques spécifiques de l'Union européenne et des collectivités locales. Les acteurs institutionnels s'activent également pour accompagner le développement des projets ancrés dans l'ESS. À l'instar de la Caisse des dépôts, Bpifrance participe au financement de l'ESS en fournissant des garanties bancaires ou des prêts notamment.

En trois ans, la banque publique d'investissement a engagé près d'un milliard d'euros sur le créneau de l'ESS. Un chiffre qui s'ajoute aux 100 millions d'euros gérés par la Caisse des dépôts dans le cadre du Programme d'Investissements d'Avenir (PIA). Un soutien dont a pu bénéficier la société nordiste à hauteur de 400 000 euros.

Au-delà de ces opportunités de financement, les levées de fonds peuvent également être obtenues par la voie du financement participatif. Alain Durand plaide pour le développement du crowdfunding estimant que "c'est un moyen très intéressant et porteur lorsqu'on met en place des projets spécifiques".

Un double défi

Symbole de l'importance du sujet du financement, l'agrément "Entreprise solidaire d'utilité sociale" (ESUS) - permettant de bénéficier d'aides financières spécifiques - a été réformé à la rentrée 2016 pour assurer un meilleur accès aux potentiels investisseurs. Malgré tout, les entreprises de l'ESS se heurtent à un double frein. D'une part, le manque de fonds propres de ces entreprises rend plus périlleux la poursuite des projets et des investissements. Pour le trésorier du CNRESS, les fonds propres sont "déterminants" dans l'obtention de financements bancaires. "Un banquier analysera en priorité ce critère, ce qui permettra, ou non, d'enclencher un effet de levier", assure-t-il.

D'autre part, la question de la mesure de l'impact social de l'activité devient indispensable alors que la rentabilité économique des entreprises reste faible. "Derrière la recherche de financements, la question centrale est de pouvoir mesurer l'impact de notre action. Cela permet de rassurer les investisseurs", constatait Christophe Itier, directeur général de La Sauvegarde du Nord, lors du colloque. "Cette question est très importante pour valoriser les investissements", soulève également Françoise Bernon qui se dit convaincue du "besoin d'avoir des indicateurs qui ne mesure pas seulement l'aspect financier."

Preuve de sa nécessité, la Caisse des dépôts a lancé, en juin 2016, l'indicateur MESIS qui mesure le volume et la qualité des emplois créés, des produits et services proposés ou encore le profil des bénéficiaires. Un réel enjeu pour les acteurs de l'ESS.

(1) Club d'Investisseurs pour une Gestion Alternative et Locale de l'Épargne Solidaire.

La Conciergerie Solidaire s'ouvre aux investisseurs solidaires

Facebook/La.Conciergerie.Solidaire


Faciliter le quotidien de ses clients en proposant un service de conciergerie en entreprise mais également dans les quartiers, tel est la mission que porte la Conciergerie Solidaire. Fondée par Sylvain Lepainteur, la Conciergerie s'inscrit pleinement dans l'économie sociale et solidaire en favorisant l'insertion de personnes éloignées de l'emploi et en faisant appel à des prestataires respectueux de valeurs sociales et environnementales.

Josselin Noire, directeur associé de La Conciergerie Solidaire


Après Bordeaux en 2011, puis quatre autres villes, la PME de 25 salariés se déploie actuellement à Paris et Lyon. Pour développer le modèle, "le financement s'est fait en trois étapes", confie Josselin Noire, directeur associé. Subventions publiques, prêts d'honneur et fonds d'amorçage ont été nécessaires pour lancer le projet. "L'étape de consolidation, ensuite, s'est appuyée sur des subventions et des prêts bancaires pour un total de 140 000 euros. Aujourd'hui, nous sommes dans la phase d'essaimage pour laquelle nous ouvrons le capital à des investisseurs solidaires afin de renforcer nos fonds propres." Un défi qui répond à l'objectif de développer l'offre de la Conciergerie Solidaire sur tout le territoire national.

Repères :
Raison sociale : SAS Conciergerie Solidaire
Activité : Service de conciergerie
Ville : Bordeaux (Gironde)
Dirigeant : Sylvain Lepainteur
Date de création : 2011
Effectif : 25 salariés
CA 2016 : 750K€
CA 2017 : > 1M€ (prévisionnel)
Twitter :@ConciergerieSO