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Transmission d'entreprises : réussir l'étape du financement

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Dans un rapport publié le 7 décembre 2016, l'Observatoire du financement des entreprises juge positive l'offre existante de financement des transmissions des TPE et PME. Cependant, il pointe un manque de préparation de dossiers de reprise.

Transmission d'entreprises : réussir l'étape du financement

Le sujet revêt une importance capitale. Alors que plus de 600 000 petites et moyennes entreprises seront concernées dans les dix prochaines années par la question de la transmission, la problématique du financement pointe comme un véritable enjeu en termes de dynamisme économique et de préservation d'emplois.

Dans la continuité du rapport de la députée Fanny Dombre-Coste sur la transmission d'entreprise (à lire intégralement ici), publié en juillet 2015, Fabrice Pesin, président de l'Observatoire du financement des entreprises - organisme rattaché à la Médiation du crédit - a remis un rapport sur la question du financement des transmissions à Michel Sapin et à Martine Pinville, mercredi 7 décembre 2016. Si les auteurs du document dressent un bilan plutôt positif de l'état actuel du financement des transmissions des entreprises, ils proposent, par ailleurs, des pistes d'amélioration dans le but de renforcer et d'assurer la réussite du processus de reprise.

Dans la foulée de la remise du rapport, le gouvernement a salué le travail réalisé par l'Observatoire et annoncé la mise en place, au premier trimestre 2017, de groupes de travail réunissant les acteurs impliqués.

"C'est un vrai sujet", estime Fabrice Pesin. En effet, l'enjeu du financement de la reprise des TPE et PME répond à la fois à une problématique structurelle et macroéconomique. "D'une part, une cohorte d'entreprises va, dans les années à venir, être cédée en raison du départ des babyboomers et d'autre part, la transmission doit être réalisée proprement, notamment en termes d'investissement pour pérenniser les activités", précise-t-il.

Avant toute chose, le rapport relève que "la réussite d'un plan de financement dépend de la capacité du repreneur à remplir certaines conditions". Une démarche qui s'établit parmi plusieurs facteurs tels que le profil du candidat, les modalités de cession, la constitution du dossier de reprise ainsi que la situation économique de l'entreprise. "Le financement dépend du profil du repreneur et de l'entreprise cible, juge le président de l'Observatoire, pour qui la situation diffère si c'est une transmission familiale ou à un salarié de l'entreprise ou bien si le repreneur vient d'un autre secteur d'activité".

Des sources de financement diverses

Face à la diversité des sources de financement existantes, deux dispositifs sont privilégiés par les candidats à la reprise d'entreprises. L'Observatoire note ainsi que l'apport personnel est mobilisé dans plus de 80 % des cas de reprise, tandis que le crédit bancaire demeure la principale source externe dans plus de sept situations sur dix.

Un plébiscite pour ce type de financement qui laisse apparaître également que le rôle des banques s'est légèrement modifié depuis une dizaine d'années. La tendance au cofinancement entre plusieurs acteurs bancaires augmente notamment pour les PME. Par exemple, sur un dossier de reprise compris entre 500 000 et 5 millions d'euros, le cofinancement à deux banques minimum sera privilégié dans 75 % des cas, selon les acteurs interrogés dans le rapport. Une situation qui reste "marginale" concernant les transmissions de TPE ou de fonds de commerce.

Au-delà de ce constat, les auteurs notent que d'autres sources de financement permettent de boucler un dossier de reprise pour concrétiser le processus d'acquisition directe ou pour participer au renforcement des fonds propres. "Les banques se montrent de fait très attentives à la constitution des dossiers de financement en raison du contexte financier actuel qualifié par des taux d'intérêts accommodants et le contexte prudentiel des établissements bancaires, pas assez stable. Dans le même temps, trop d'entrepreneurs sous-estiment les dossiers de reprise", estime Fabrice Pesin.

Pour assurer davantage de chance à la reprise, l'Observatoire liste les différents moyens annexes permettant de conforter la solidité des dossiers de reprise : prêt d'honneur, financement participatif, crédit-vendeur, dispositif public, fonds de capital-transmission ou encore garanties de Bpifrance. Ces "financements de niche", comme les qualifie Fabrice Pesin, permettent de renforcer la crédibilité des dossiers et de favoriser leur réussite.

Renforcer les dispositifs existants

Chaque année, 40 000 entreprises sur les 100 000 prêtes à être reprises, ne le sont pas. Pour conjurer cette tendance, la secrétaire d'État chargée du commerce, de l'artisanat, de la consommation et de l'économie sociale et solidaire, Martine Pinville a choisi de mettre à l'honneur la transmission-reprise d'entreprise au coeur d'une campagne de communication visant à "changer le regard des entrepreneurs sur la reprise". En parallèle, s'est tenu le 21 novembre 2016, une journée de conférence sur cette thématique à Paris.

Le rapport prône ainsi des pistes de réflexion et d'amélioration pour tenter de pallier les difficultés auxquels font face les cédants et les repreneurs potentiels, ainsi que les différents acteurs qui participent au processus de transmission. La question du prix de cession est déterminante. Le cédant doit arriver à distinguer le juste milieu entre un prix trop élevé et le prix du marché. Un premier enjeu qui s'appuie également sur la difficile distinction entre le juste prix et la valorisation de l'entreprise. Aussi, l'Observatoire estime qu'il est "essentiel pour les cédants de s'entourer de spécialistes". Selon une étude Transfair de 2015, 91 % des chefs d'entreprise estimaient nécessaire d'être accompagnés dans la démarche de cession-transmission.

Un conseil qui prévaut également pour les repreneurs. L'Observatoire remarque que les dossiers de financement souffrent souvent d'impréparation et recommande un suivi de la préparation d'un dossier par un expert-comptable, un cabinet spécialisé ou un réseau d'accompagnement.

Par ailleurs, si les échecs peuvent se révéler être le fait d'un manque de crédibilité des dossiers ou, à l'inverse, d'un prix trop élevé, l'Observatoire constate que la multitude d'offres de financement souffre d'une méconnaissance de la part des acteurs à la reprise et des acteurs bancaires, comme l'illustre la faible popularité des "financements de niche". Si la question de l'apport de fonds propres dans un plan de financement est primordiale à la réussite du processus - avec notamment l'entrée d'un fonds de capital transmission -, le crédit vendeur ou les garanties de la banque publique d'investissement constituent des solutions à la réussite d'une transmission.

Enfin, la formation des futurs repreneurs doit devenir "impérative" à la fois sur les opportunités de financement mais également sur la manière d'entreprendre. "L'entrepreneuriat s'apprend. Tout le monde ne peut pas s'improviser chef d'entreprise", considère Fabrice Pesin.