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Entreprises du patrimoine vivant: un savoir-faire pas si facile à transmettre

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La transmission des savoir-faire et des compétences s'illustrent comme l'un des principaux défis des entreprises du patrimoine vivant. Un enjeu de survie pour ces entreprises abordé lors d'une table-ronde organisée vendredi 15 septembre 2017 par l'Institut supérieur des métiers.

Entreprises du patrimoine vivant: un savoir-faire pas si facile à transmettre

Elles sont connues et reconnues pour leur savoir-faire d'excellence. Pourtant les Entreprises du Patrimoine Vivant (EPV) -elles sont 1393 à être labellisées en France- font face à un enjeu de taille : comment poursuivre et pérenniser leur savoir-faire ?

À l'occasion des Journées européennes du Patrimoine qui se sont déroulées du 15 au 17 septembre 2017, l'Institut supérieur des métiers (ISM) a organisé une table-ronde à la Maison de la Nouvelle-Aquitaine à Paris, portant sur la nécessité de transmettre ces savoir-faire particuliers.

Tandis qu'elles participent au rayonnement de la France à l'étranger - 78 % des EPV exportent -, les entreprises du patrimoine vivant sont confrontées à un défi global de recrutement et de formation. "Ces entreprises se trouvent dans une situation paradoxale puisqu'elles sont reconnues pour leur valeur d'excellence et participent à créer des emplois non-délocalisables dans les territoires mais font face à des difficultés en matière de recrutement et de transmission des savoir-faire", explique Anne de Blignières-Légeraud, présidente de l'ISM qui pilote un groupe de travail sur la question (voir plus bas).

Inadéquation des formations

En cause notamment, l'inadéquation voire l'absence d'offre de formations initiales à ces métiers. "Les compétences spécifiques que recouvrent ces métiers anciens ne sont pas proposées à travers les formations alors qu'elles sont porteuses d'une richesse patrimoniale reconnue", précise Romain Alès, président de la Commission nationale des EPV.

Pour remédier à ce déficit d'offre, les EPV n'ont d'autres choix que de mettre en oeuvre, elles-mêmes, des solutions spécifiques à leurs besoins. Des formations internes qui ne sont pas pour autant évidentes à organiser. "Le temps d'apprentissage est long, en trois et cinq ans, il mobilise une personne de l'entreprise qui n'a pas forcément les capacités pédagogiques pour transmettre et qui n'est pas attachée à des tâches de production durant ce temps", déplore Anne de Blignères-Légeraud. Romain Alès poursuit : "La transmission des savoir-faire ne se devine pas, c'est un exercice difficile et c'est couteux pour l'entreprise".

Valoriser le savoir-être

L'autre enjeu pour les entreprises du patrimoine vivant réside dans l'image que revêtent leurs métiers. Que ce soit l'implication du salarié ou sa polyvalence, les métiers du patrimoine vivant nécessitent un réel engagement des collaborateurs. "Le savoir-être est tout autant indispensable que le savoir-faire, précise la présidente de l'ISM. La logique d'apprentissage de nouveaux savoir-faire, la curiosité et la capacité de s'enrichir de nouvelles compétences doivent être valorisées." Un capital humain qui constitue, pour Romain Alès, "la première source de richesse des entreprises du patrimoine vivant".

"Le personnel doit avoir cette ouverture d'esprit et participer à développer le savoir-faire de l'entreprise", abonde Liza Bergara, dirigeante de Ainciart Bergara, une entreprise du Pays basque qui fabrique des Makhila, bâtons de marche traidtionnels. Septième génération à la tête de l'entreprise, Liza Bergara insiste sur la facette patrimoniale des EPV. "Transmettre c'est aussi conserver et pérenniser un savoir-faire sur le plan du patrimoine", considère-t-elle.

Preuve de cette vision, la jeune entrepreneuse dit vouloir maîtriser l'ensemble des savoir-faire de son entreprise : "J'ai un rôle patrimonial à défendre. Si demain s'avère compliqué, je veux pouvoir porter mon entreprise seule pour garder ce qui existe depuis des générations".

Trois pistes de réflexion à l'étude

À l'initiative de la DGE, le groupe de travail s'attache à réfléchir sur trois pistes de travail :

- identifier les métiers aux savoir-faire et techniques proches pour proposer un socle de compétences commun en vue de la définition d'une offre de formation spécifique,

- rapprocher l'apprentissage aux besoins des entreprises en favorisant la connexion avec le monde de l'entreprise (ouverture de l'apprentissage, validation d'acquis d'expérience, ...),

- poursuivre la valorisation des savoir-faire d'excellence.