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Le corporate venture, pour financer votre innovation

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Quoi de plus rassurant pour optimiser vos projets d'innovation que le soutien financier et opérationnel d'un grand compte ? C'est toute la vocation du corporate venture, une alternative au capital-risque classique soutenue par le gouvernement au travers d'un dispositif fiscal attractif.

Le corporate venture, pour financer votre innovation

PME innovantes, vous êtes à la recherche de fonds pour financer vos inventions ? Et, plus encore, d'un appui opérationnel pour mieux encadrer le lancement de vos nouveaux projets ? Alors, le corporate venture est fait pour vous ! La particularité d'un tel accompagnement, connu sous le nom de capital-risque d'entreprise, est " de se distinguer à 100 % des fonds financiers classiques de capital investissement, reposant sur des investisseurs individuels tels que les business angels ou autres acteurs de capital-risque ", rappelle Gérard Soularue, président de la commission économie et croissance à la CCI Paris Île-de-France.

Dans le cadre du corporate venture, le fonds est adossé à une société non financière, soucieuse de garder une longueur d'avance sur ses concurrents et de détecter de nouveaux marchés en finançant les start-up de son écosystème. Et c'est pour inciter les poids lourds du CAC 40 à booster leur prise de participation minoritaire dans des jeunes pousses innovantes que le gouvernement a instauré, dans l'article 8 du projet de loi de finances ­rectificative pour 2013, un dispositif fiscal incitatif : un amortissement des investissements effectués dans le cadre du ­corporate venture.

" La mesure, qui devrait être effective cet été, permet aux entreprises d'amortir sur cinq ans, dans la limite de 1 % de leur actif, leurs souscriptions minoritaires au capital de PME innovantes ", précise Denis Champenois, vice-président de l'Afic, Association française des investisseurs pour la croissance.

Dynamiser le capital-risque


Quid des PME innovantes pouvant bénéficier d'un tel financement ? " Celles qui consacrent au moins 15 % de leurs dépenses à la recherche, ou qui justifient de produits innovants reconnus par le label de la Banque publique d'investissement ", répond Pierre Battini, fondateur du cabinet ABC Private Equity. Par ailleurs, pour éviter que les start-up ne soient rachetées par les grands groupes, ces derniers ne pourront investir qu'à hauteur de 20 % du capital de la société choisie, et pour une durée de deux ans minimum. " Il s'agit donc bien d'un investissement de long terme engagé par un grand compte pour accompagner une PME ", analyse Jérôme Gayet, fondateur du cabinet de conseil BDC (business development consultants).

Cette mesure fiscale a un coût non négligeable - elle représente 200 millions d'euros par an pour l'État -, mais l'objectif est de taille : le gouvernement espère que le corporate venture viendra combler le manque de dynamisme du marché du capital-risque (274 millions d'euros investis au second semestre 2013, d'après l'Afic). Bercy espère ainsi augmenter de 30 % les financements des start-up par les entreprises. Un pari ambitieux : les investissements du corporate venture représentent 10 % à peine du capital-risque français, selon une étude Eurostaf / PME Finance publiée en 2012.

" Ils couvrent, sur les cinq dernières années, à peine 5 % du financement du capital-innovation en France, contre 16 % aux États-Unis ", constate Denis Champenois (Afic). C'est dire le potentiel de développement d'un tel marché, occupé en France par une vingtaine d'acteurs comme SFR, Total ou Seb, à travers leurs propres structures. À celles-ci s'ajoutent des fonds multicorporate tels Alster Venture, créé par Schneider Electric, et Alstom, ou encore Iris Capital, soutenu par Orange et Publicis.

Définissez les règles du jeu !


Ce dispositif fiscal devrait inciter plus d'un grand compte " à investir à moindre risque dans un projet d'innovation future, porté par une start-up ", comme le rappelle Jérôme Gayet (cabinet BDC). Sans compter les gains pour les PME innovantes. " Bénéficier d'un tel accompagnement constitue un signe fort de reconnaissance, analyse Pierre Battini (cabinet ABC Private Equity). Cela valide la technologie déployée par la petite entreprise et conforte son business, en lui permettant de s'appuyer sur les ressources et l'expertise d'une entreprise plus aguerrie pour développer ses innovations. " Car le corporate venture se prête au déploiement de démarches d'open innovation entre grands comptes et PME. Celles-ci peuvent être amenées à codévelopper des produits avec les équipes R & D du géant et, plus encore, à s'appuyer sur le réseau de distribution de ce dernier pour commercialiser leurs solutions dans des zones auxquelles elles n'auraient pas accès seules.
Mais pour réussir une telle collaboration, encore faut-il bien définir en amont les règles du jeu ! " À charge pour le patron de PME de s'assurer en amont des intentions du grand compte, à savoir contribuer au développement de la PME et non s'engager dans une démarche de rentabilité opportuniste. Les modalités de la collaboration doivent aussi être clairement définies : le partage des tâches et des droits de propriété intellectuelle, notamment ", développe Pierre Battini. Bien calibrer la collaboration, oui, mais tout en préservant votre autonomie.
" Le patron de PME doit rester seul maître à bord. Et ne pas laisser l'actionnaire minoritaire décider à sa place des orientations stratégiques ", poursuit Pierre Battini. Le corporate venture favorise largement les relations de confiance. En témoigne Jean-Michel Planche, dirigeant de Witbe, PME ayant profité de ce système de financement : c'est " un moyen de favoriser un travail constructif, davantage propice à la création de valeur qu'à l'interventionnisme ", assure-t-il.

Jean-Michel Planche, cofondateur de Witbe



Lever 12 millions d'euros grâce notamment au corporate venture : c'est le challenge relevé par Witbe, société spécialisée dans le monitoring des services voix, data et vidéo. " En 2001, nous avons levé des fonds auprès de plusieurs investisseurs dont Innovacom, le fonds de capital-risque créé initialement par France Télécom ", indique Jean-Michel Planche, cofondateur de la PME, en rappelant qu'Innovacom figure encore aujourd'hui parmi les actionnaires minoritaires de l'entreprise. Un avantage non négligeable pour la société ? " Oui, répond le dirigeant, car il est facile de parler stratégie et technologie avec un fonds "corporate" de notre secteur, qui s'impose comme un véritable acteur du "capital patient". "
D'autant qu'Innovacom est l'un des seuls fonds de corporate venture à avoir nommé à temps plein un coordinateur structurant la relation de business entre l'opérateur téléphonique et les sociétés dans lesquelles il a investi. Si la PME n'a toutefois pas déployé de partenariats de co-innovation avec le grand compte favorisant le transfert de technologies, elle a pu tester ses solutions auprès de l'opérateur pour accélérer son time-to-market. " Par exemple, nous avons été les premiers à lancer, en 2006, la technologie monitoring vidéo en basse définition, puis en 2007, la version en haute définition, via des partenaires télécoms en Asie. "

Witbe
Activité : Logiciels, télécommunications, Internet
Ville : Paris, La Défense (Hauts-de-Seine)
Forme juridique : SA
Dirigeants : Marie-Véronique Lacaze, p-dg, 53 ans, et Jean-Michel Planche, directeur général délégué innovation et technologie, 49 ans
Année de création : 2000
Effectif : 95 salariés
CA 2013 : 13 M€